Le premier ministre Justin Trudeau

Un bilan en trois mots

ÉDITORIAL / Trump, finances et désorganisation sont trois mots qui résument la session parlementaire qui s'est achevée, hier, à Ottawa. Rien d'insurmontable pour le gouvernement Trudeau mais il en entendra parler longtemps. Surtout des deux premiers. Le troisième ? Il n'en tient qu'à lui...
Plus rien n'est certain depuis l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Une allusion incertaine, une référence de trop et voilà l'homme d'affaires qui dégaine un tweet qui remet tout en cause. Son comportement n'est sans doute pas présidentiel mais il faut s'en faire une raison. Les premiers contacts qu'il a eus avec Justin Trudeau ont semblé très positifs, au point où l'Accord sur le libre-échange -- honni pendant la campagne électorale américaine -- ne nécessitait plus que des « ajustements ». Puis, au lendemain d'un ralliement partisan au Wisconsin, tout filait par la fenêtre. Depuis, le premier ministre a été beaucoup plus prudent dans ses propos sur les États-Unis, misant sur la bonne entente et les relations commerciales historiques entre nos deux pays.
De toute évidence, le fédéral s'est passé le mot de ne pas prendre M. Trump de face et de se concentrer sur le positif, comme le réinvestissement annoncé d'Ottawa dans l'armement militaire, qui doit entre autres servir à faire du Canada un partenaire plus fiable pour la défense des pays membres de l'OTAN, l'Organisation du Traité de l'Atlantique nord. Ainsi, le ministre de la Défense nationale a annoncé une hausse des dépenses militaires à 32,7 milliards $ d'ici 2027 et l'augmentation des troupes de 5000 soldats. Sont inclus dans le lot l'achat de nouveaux avions de chasse, un dossier qui a embarrassé le précédent gouvernement conservateur pendant des années. Le réinvestissement, qui était déjà en retard sous Stephen Harper, l'est encore davantage aujourd'hui. La différence, c'est que Justin Trudeau a délié les cordons de la bourse et n'essaie plus de ménager la chèvre et le chou comme M. Harper.
Ces dépenses militaires ne sont qu'une goutte d'eau dans l'océan d'investissements en infrastructures, et autres dépenses -- comme la nécessaire réconciliation avec les peuples autochtones --, que le gouvernement Trudeau s'était engagé à faire en campagne électorale. Ces libéraux n'ont pas peur des déficits, ils stimuleront l'économie canadienne, soutiennent-ils. C'est en bonne partie vrai pour ces investissements en transport en commun annoncés pour Montréal, Toronto et Ottawa, notamment, mais les retombées seront bien réduites si les sociétés de transport achètent des trains fabriqués à l'étranger et pas au Canada...
Le dernier budget Morneau réitère la demande aux contribuables de croire les libéraux sur parole quant à la gestion du déficit mais cela est impossible quand le ministre des Finances n'a aucun plan pour un retour à l'équilibre financier avant la prochaine élection fédérale, en 2019.
Enfin, la désorganisation de l'État. Le Droit a fait une large place au débat sur l'incapacité de ce gouvernement à combler des postes cruciaux à l'administration comme les essentiels agents du Parlement, dont le Commissaire aux langues officielles. Qui trop embrasse mal étreint, rappellera-t-on à la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly. Réformer le Sénat a mené à de l'incertitude. Et à vouloir perfectionner tous les processus de nomination de l'État, un voeu très louable, nous constatons aussi un immobilisme qui résonne dans de grands pans de l'appareil fédéral. Les consultations sur la Feuille de route sur les langues officielles s'éternisent et en attendant, l'ACFO de London-Sarnia, vient de rendre son dernier souffle. La réflexion ne doit pas se substituer à l'action. En verra-t-on les preuves avant la fin de 2017 ?