Jim Watson vogue vers une victoire facile qui pourrait le voir surpasser les 76 % d’approbation qu’il avait eus en 2014.

Un 3e mandat pour Jim Watson

ÉDITORIAL / Lundi s’achèvera l’une des campagnes électorales les plus mornes qu’Ottawa n’ait jamais connues. Nulle part est-ce aussi tranquille qu’à la mairie : Jim Watson vogue vers une victoire facile qui pourrait le voir surpasser les 76 % d’approbation qu’il avait eus en 2014.

Sous sa gouverne, la Ville d’Ottawa se porte mieux : rappelons-nous le fiasco des années de la mairie de Larry O’Brien, avec ses augmentations de taux d’impôt foncier promises à 0 %, mais livrées à 3,9, 0,3, 4,9 et 4,9 %. En comparaison, M. Watson a promis des taux maximaux de 2,5 % et de 2 %, pour ses deux mandats, et il a tenu parole. Pour le prochain mandat, il promet des hausses dans une fourchette de 2 à 3 % pour chaque année, et tout indique qu’il livrera la marchandise.

Ottawa vit aussi le plus grand projet d’infrastructure de son histoire avec la construction du train léger. Malgré deux retards qui repoussent son inauguration au printemps 2019, le train léger respectera son budget initial de 2,1 milliards $. Il promet d’être beau en plus, ce qui explique que l’on pense déjà à démarrer la phase 2.

Jim Watson a inauguré des années de collaboration avec son vis-à-vis de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, entre autres à la table de la Commission de la capitale nationale. Ces échanges sont fructueux et aplanissent les écueils.

Par contre, Ottawa n’est pas sans défis. Il y a celui, immense, de la montée des homicides et des fusillades qui atteint des niveaux records. De 2015 à 2016, le nombre d’homicides est passé de 7 à 24 alors que ce total était stable partout au pays, sauf à Toronto. Il est retombé à 15 en 2017. Cette augmentation n’est pas la faute de M. Watson : il soumet l’augmentation de 65 policiers. L’histoire dira si cela fera une différence.

Le bilan de Jim Watson sur les enjeux de la francophonie est, là aussi, moins brillant. Il s’est contenté de demi-mesures. L’annonce d’un projet de loi reconnaissant le caractère bilingue d’Ottawa, en novembre 2017, a obtenu l’appui de M. Watson... simplement parce qu’il enchâssait le statu quo. Il ne garantissait aucun nouveau droit aux francophones et le maire sortant s’est dépêché de l’oublier dans son bilan annuel. Comme si cette loi « historique », selon le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin, ne comptait pas pour lui. 

Jim Watson reconnaît que son bilan n’est « pas parfait ». 

Quelle est l’alternative ? Bruce McConville, le commerçant qui s’est lancé dans la bataille de SOS Vanier pour lutter contre le refuge de 350 lits que l’Armée du Salut veut construire sur le chemin Montréal (et avec laquelle M. Watson est d’accord) ? Malheureusement, ce n’est pas sérieux. 

Cela laisse Clive Doucet qui, à 72 ans, tente un retour en politique. Il avait fini troisième dans la course à la mairie en 2010, après 13 années comme conseiller. Cette réapparition tardive pourrait être saluée pour sa persévérance. S’il soulève des questions légitimes sur l’influence des promoteurs immobiliers sur la Ville d’Ottawa, son propos offre des indices d’essoufflement : il s’est d’ailleurs lancé dans la course dans la dernière heure des mises en candidature pour éviter un couronnement du maire sortant.

À 57 ans et après 27 ans en politique active, M. Watson n’offre pas une nouvelle recette pour l’avenir d’Ottawa, juste quatre autres années de la même chose : être un gestionnaire efficace, à défaut d’être flamboyant. Après la turbulence sous Larry O’Brien, et face à l’imprévisibilité du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, c’est loin d’être négligeable. 

Bref, Jim Watson paraît encore comme l’homme de la situation.