Le Québec et l’Ontario ont difficilement jonglé avec l’arrivée d’Uber, une entreprise technologique que plusieurs ont placée sous l’étiquette de l’économie de partage.

Uber et cie sous observation

ÉDITORIAL / Le Québec et l’Ontario ont difficilement jonglé avec l’arrivée d’Uber, une entreprise technologique que plusieurs ont placée sous l’étiquette de l’économie de partage. Son compétiteur, Lyft, sera sous peu disponible à Ottawa. Et les gouvernements continueront de s’interroger sur ces sociétés qui bouleversent l’industrie du taxi et qui n’acceptent qu’au prix de menaces d’en respecter les pratiques sur le plan de la sécurité et de la taxation.

La plus vaste question du transport interpelle déjà d’autres acteurs de la filière. Les médias ont largement rapporté le récent rapport d’un coroner sur la mort accidentelle d’une étudiante de l’Université d’Ottawa alors qu’elle prenait place dans un véhicule trouvé sur le site de l’entreprise AmigoExpress, qui jumelle chauffeurs et passagers. Pneus et freins de l’auto étaient finis, bien que la conductrice avait une obligation contractuelle de posséder un véhicule en bon état pour offrir des passages à des étrangers. Le coroner propose ainsi de resserrer les contrôles des automobiles.

La chauffeuse utilisait AmigoExpress mais ç’aurait bien pu être Uber. Ou un site d’annonces classées où pullulent les offres et les demandes de covoiturage payant, particulièrement pour le transport intervilles. Les adeptes du « pouce » d’autrefois utilisent aujourd’hui la technologie mobile pour trouver leur passage à leurs conditions : destination, coût, espace, etc. Mais les gouvernements et les compagnies d’assurance ont de la difficulté à s’ajuster à cette industrie émergente qui concurrence les sociétés de transport comme l’autobus et le train. Le décès de Mme Torres illustre certains des enjeux de ces transports fantômes. Il ne faudrait pas attendre une tragédie pour s’apercevoir que les passagers de ces services quasi commerciaux n’ont aucun recours contre le conducteur, le propriétaire du véhicule ou de la plateforme technologique lorsque le pire survient.

Cela ne signifie pas que ces transports doivent être interdits – ce serait impossible à faire de toute façon. Mais ils fonctionnent dans une zone grise que les compétiteurs combattent, dont les consommateurs profitent sans se soucier des conséquences potentielles et que les gouvernements ignorent ou tolèrent tacitement.

Ainsi, il faut applaudir l’initiative du gouvernement du Québec qui vient de créer un Groupe de travail sur l’économie collaborative. Les conséquences juridiques et fiscales de ce que l’on a aussi baptisé « économie du partage » sont brouillées. C’est réellement le cas quand un citoyen emprunte le taille-bordure de son voisin ; cette bonne entente a toujours existé et est aujourd’hui facilitée par de nouveaux outils technologiques comme NextDoor.com. Cela relève du bon voisinage au XXIe siècle. Mais ce n’est plus le cas lorsqu’un géant tel Uber bafoue les règles et que ses abonnés-chauffeurs se servent de leur téléphone intelligent pour recruter des clients 8 h par jour comme un taxi régulier.

Quand les enjeux se complexifient, mieux vaut avoir pensé aux conséquences avant qu’après. Ce que Québec a vu venir. Le comité présidé par l’universitaire Guillaume Lavoie tiendra des consultations avec l’industrie et avec le public ; espérons que l’Outaouais aura voix au chapitre. Son rapport est prévu en mai 2018, un échéancier fort serré pour l’éventail des enjeux qui seront soulevés.

Les gens ont longtemps entendu claironner que la technologie nous mènerait à la société du loisir et au travail occasionnel, pour le simple plaisir. Plus personne n’y croit. Mais il faut se préparer à ce que les futurologues n’avaient pas anticipé.