Tuiles à l'université

En trois petites journées, l'Université d'Ottawa a été ébranlée par le comportement inacceptable d'une poignée de ses étudiants. L'institution, qui n'a aucune responsabilité dans les écrits et les gestes répréhensibles, a bien fait d'en prendre ses distances ; la direction a annoncé qu'elle suspendait son programme de hockey masculin après avoir informé les autorités judiciaires de ce qu'elle savait.
Rappelons que des joueurs de l'équipe font l'objet d'une enquête policière pour leur participation à une agression sexuelle qui se serait produite à Thunder Bay, le ou autour du 1er février, où les Gee Gees ont joué un match contre l'équipe de l'Université Lakehead.
La suspension du programme s'avérait la seule voie à suivre, mais elle est sans réelle conséquence puisque la saison de hockey universitaire est terminée à Ottawa. Pour le moment, il s'agit d'un geste plutôt symbolique. Si la suspension devait se poursuivre jusqu'à la saison prochaine, nous pourrions alors parler de pénalités d'une vraie sévérité puisqu'elle aurait des impacts sur tout le reste du club, l'équipe d'entraîneurs, les budgets du service des sports et la renommée de l'université.
Au début de la fin de semaine, d'autres étudiants étaient la cible du courroux populaire - tout à fait justifié là aussi. Ils ont tenu des échanges dégradants à propos d'Anne-Marie Roy, la présidente de la Fédération étudiante de l'Université d'Ottawa. Fait doublement répréhensible, ces étudiants étaient des élus comme Mme Roy ; ils ont rapidement démissionné mais le dommage était fait.
Que des jeunes écervelés tiennent entre eux des propos dégradants à propos d'autrui n'a rien de nouveau. Cette manifestation de puérilité machiste n'en est pas plus acceptable.
Idem pour les gestes potentiellement criminels qui auraient été posés à Thunder Bay par des athlètes de l'université. Ils sont tristement courants dans les rangs universitaires américains, là où les sportifs sont traités comme des rois au point pour certains de se sentir tout permis.
Que se passe-t-il pour que des hommes au début de leur vie adulte agissent de la sorte ? Nous ne parlons pas ici de vieux machos, témoins d'une époque révolue où la place des femmes n'était qu'à la maison. Ce sont des jeunes qui ont baigné - ou du moins l'espère-t-on - dans des valeurs d'égalité des sexes, d'équité salariale, de respect d'autrui. Au lieu d'exemples de tolérance et d'acceptation de l'autre, nous voici témoins de gestes et de paroles à l'enseigne de la violence faite aux femmes (en fait, les actes n'auraient pas été plus acceptables si les cibles avaient été des hommes - l'agressivité est aveugle).
Internet ne peut être blâmé
Par ailleurs, Internet ne peut être blâmé. Il ne s'agit que d'un nouveau véhicule de communication mais son omniprésence aujourd'hui bouleverse les habitudes des usagers par rapport à celles des générations passées. Les outils sont toujours plus performants et miniaturisés, au point où ils incarnent une certaine banalité. Les frontières tombent, la pudeur aussi. Mais l'on ne peut mettre tout sur le dos de la technologie.
La société doit malheureusement constater que malgré tous les bons sentiments qu'elle a voulu inculquer à la nouvelle génération, cette dernière est capable de mêmes horribles gestes que celles qui l'ont précédée. Les causes pourraient être autres. Certains pointent du doigt l'accès facilité par Internet à la pornographie, sa banalisation, la disparition des valeurs chrétiennes, le retour en force de certains modèles machos, l'éclatement des familles, le rôle trop discret joué par les pères, etc. Bref, elles sont potentiellement nombreuses et plusieurs pourraient même s'appliquer à des degrés divers chez un même individu.
Cette crise qui ébranle l'Université d'Ottawa lui jette un discrédit qu'elle ne mérite pas. Le recteur Allan Rock avait suffisamment de défis devant lui sans que ces tuiles ne lui tombent sur la tête.