Les détails du nouveau décret seront connus plus tard lundi.

Trump-Trudeau : un sentier miné

ÉDITORIAL / Il semble acquis que Justin Trudeau rencontrera le président Donald Trump, la semaine prochaine à Washington. Ce sera le premier échange entre les deux hommes depuis une conversation téléphonique, le 21 janvier dernier, quelques jours après l'assermentation du président.
Les indices de la visite imminente de M. Trudeau dans la capitale américaine se sont multipliés cette semaine avec les séjours successifs de la ministre canadienne des Affaires extérieures, Chrystia Freeland, du ministre des Finances, Bill Morneau, et du ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan. De toute évidence, ils préparent le terrain pour le passage de leur patron à une date encore non divulguée. 
Nonobstant le fossé des valeurs intrinsèques aux deux hommes, cette rencontre sera de la plus grande importance surtout en raison des étroites relations économiques entre nos deux pays. En valeur totale, les échanges sont évalués à 1,5 milliard $ par jour à la frontière. Au premier rang des produits exportés sont le pétrole et ses dérivés, suivi des automobiles et ses pièces. Le feu vert annoncé par le président Trump pour le pipeline Keystone XL devrait stimuler encore davantage l'exportation de pétrole des sables bitumineux de l'Alberta et de la Saskatchewan vers les raffineries américaines. 
Mais en même temps que M. Trump pave la voie à plus d'échanges avec le Canada, il a envoyé un net message qu'il entend renégocier le pacte de libre-échange. Il en a vite voulu aux entreprises qui transfèrent des emplois vers la main d'oeuvre économique du Mexique. Il ne faut pas conclure d'emblée que le président ne voudra pas aussi réécrire les règles avec le Canada dans ce qui pourrait être un ALÉNA 2. Dans son « ancienne » vie d'homme d'affaires, il n'a jamais été timide à vouloir faire pencher la balance de son côté ; rien n'indique qu'il a changé. Il agit encore avec la subtilité d'un bulldozer et le premier ministre Justin Trudeau doit être prêt à tout.
Des négociations sont déjà en cours sur le commerce du bois d'oeuvre, une ressource encore plus essentielle pour l'économie américaine maintenant que le moteur économique de la construction y a redémarré. Les États-Unis n'ont jamais craint de jouer de leurs gros sabots dans ce dossier. Parallèlement, il ne serait pas surprenant qu'ils questionnent la mécanique canadienne de la gestion de l'offre, conçue pour protéger les secteurs agricoles de la volaille, des oeufs et du lait. Et il faut se préparer à des demandes pour décloisonner la culture, ce à quoi le Québec s'est toujours opposé, avec justesse d'ailleurs. 
Pour le reste, la stratégie canadienne est déjà évidente : les ministres multiplient les occasions de faire valoir les avantages de nos échanges bilatéraux pour les États-Unis. C'est la chose à faire : convaincre les négociateurs de l'autre côté de la table qu'ils ont tout autant besoin de nous que nous, d'eux.
Il faut éviter, surtout dans les discussions entre les deux hommes, de donner prise au président Trump pour une réplique assassine. Très prévisible et primaire dans ses communications (surtout sur Twitter), M. Trump ne doit pas sortir de cette rencontre en interprétant que le Canada agisse de manière contraire aux intérêts américains et à ses priorités électorales. Il faut que Justin Trudeau soit courtois et simple, tout en étant ferme et accommodant en même temps. Il doit être un solide ambassadeur de son pays, sans passer pour un tapis.