La gestion de l'offre dans le secteur laitier est loin de faire l'unanimité dans le camp conservateur.

Trump bouscule le litre de lait

ÉDITORIAL / L'industrie laitière canadienne est très chatouilleuse quand quiconque remet en question la gestion de l'offre, une mécanique protectionniste qui garantit une stabilité de revenus aux producteurs en contrepartie d'un contrôle des prix des produits laitiers. Elle a particulièrement mal réagi lorsque la salve est venue directement de la bouche du président des Etats-Unis, en tournée au Wisconsin, mardi.
Donald Trump a qualifié de «marché à sens unique» une clause qui affecterait négativement les producteurs laitiers de cet état. Ils allèguent que des ventes de 150 millions $US leur échappent depuis que l'industrie canadienne a baissé ses prix des protéines laitières pour fournir son marché au pays.
Tout au long de sa campagne électorale, M. Trump a martelé que l'Accord sur le libre-échange nord-américain s'était avéré une très mauvaise entente pour les Etats-Unis et que les électeurs pouvaient compter sur lui pour le revoir en profondeur parce qu'il est un si bon négociateur. Après sa victoire électorale et sa rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau, les clauses de l'ALÉNA avec le Canada ne nécessitaient plus que des «ajustements». Cela nous rappelle que le président américain est fort en paroles, multipliant les épithètes laudateurs, mais que la réalité ne lui donne pas toujours raison, quoiqu'il proclame pour flatter son ego surdimensionné.
Mardi, M. Trump se trouvait de surcroît devant un auditoire partisan qu'il voulait charmer, d'abord celui du Wisconsin, puis celui d'une élection partielle en Georgie. Il n'est pas le premier politicien qui dore la pilule de ses accomplissements passés et futurs. L'enflure verbale est un symptôme dont souffrent bien des politiciens canadiens aussi.
Faut-il donc prendre au sérieux la salve trumpienne de mardi? 
Oui, bien sûr. Parce que tout ce qui sort de la bouche d'un président américain est susceptible de provoquer des répercussions importantes. 
Et puis ce n'est pas comme si la gestion de l'offre était sans faille. Même au Canada, elle fait régulièrement l'objet de remises en question. L'un de ses plus féroces adversaires, récemment, est Maxime Bernier, candidat à la direction du Parti conservateur du Canada. Ses influences libertariennes le rendent allergique à tout contrôle de l'État sur le libre-marché. Ce système est loin d'être parfait, entre autres parce qu'il maintient artificiellement des prix élevés pour les produits laitiers. Ce sont donc les consommateurs canadiens qui en paient ultimement le prix. Mais il faut se méfier des alternatives simplistes à la gestion de l'offre dont l'abandon, au pays, provoquerait de nombreux bouleversements dans les fermes laitières. Le secteur agricole canadien est déjà suffisamment sous pression sans s'aventurer vers l'inconnu.
Au-delà de toute la remise en question de la gestion de l'offre provoquée par l'attaque de Donald Trump, la réponse la plus sage est venue de notre ambassadeur  à Washington, David MacNaughton. 
En contrepartie de ces 150 millions $US qui échapperaient au Wisconsin, l'émissaire a rappelé que le commerce entre le Canada et les Etats-Unis se chiffrait à... 2 milliards $ par jour. Et qu'entre deux partenaires de cette taille, «il y aurait toujours des irritants», rappelant l'interminable conflit sur le bois d'oeuvre. 
Pour le reste, la relation entre nos deux pays est «magnifique» et «un modèle pour le reste du monde». Quant aux faits entourant le lait du Wisconsin... «les faits ne justifient pas» les critiques de M. Trump.
Il faudra s'habituer aux montagnes russes de cette présidence américaine, faut-il croire.