Le premier ministre Justin Trudeau a soutenu que « le Canada maintiendrait sa position à l'effet que l'ALENA a permis la création de millions de bons emplois des deux côtés de la frontière » et que « nous continuerons de négocier de bonne foi ».

Trudeau réplique par la sagesse

ÉDITORIAL / Dans une autre de ses diatribes enflammées, mardi en Arizona, Donald Trump a laissé entendre qu'il « pourrait bien mettre fin à l'ALENA ». C'était une autre de ses attaques contre l'Accord de libre-échange nord-américain qui aplanit les obstacles commerciaux entre le Canada, les États-Unis et le Mexique depuis 25 ans.
Lorsqu'il n'était qu'un candidat à l'investiture du Parti républicain, M. Trump le qualifiait déjà du « pire traité jamais signé ». Depuis qu'il est président, un comité de négociateurs s'est mis à l'oeuvre et cherchera des manières de bonifier le contrat qui lit les trois pays. En soi, cela n'est pas une mauvaise chose : toute convention est perfectible, surtout une qui a subi l'inexorable test du temps. La première ronde de discussions a eu lieu la semaine dernière.
Mais M. Trump n'a pu s'empêcher de salir une fois de plus l'ALENA avec ses gros sabots. Son discours à Phoneix était endiablé. Ce n'était pas le président des États-Unis qui parlait, mais bien le candidat Trump, celui qui tente par tous les moyens de charmer ses troupes républicaines, qui cherche les applaudissements et les approbations de la foule. Cela n'avait rien de présidentiel, de posé, de mesuré.
Voilà pourquoi il ne faut pas trop porter attention aux menaces même pas voilées de M. Trump à l'endroit de l'ALENA. Ce n'est pas tant qu'il ne croit pas ce qu'il a dit, mardi, mais sa jeune carrière politique nous a appris que le candidat Trump n'a pas peur des excès et des imprécisions s'ils peuvent lui procurer une salve d'applaudissements. Il n'a aucune gêne à se dédire. 
C'est pour cela qu'il est un politicien si atypique, Donald Trump.
Généralement, la classe politique fait attention à ce qu'elle dit, même au risque de sombrer dans une langue de bois ennuyeuse et paralysée, par crainte qu'on lui rappelle ses paroles passées. M. Trump n'en a que faire. Ce qu'il a dit une journée, devant tel ou tel témoin, ne vaut pas la salive qu'il gaspille à le faire. Il n'aura qu'à dire qu'il a changé d'idée entretemps, ou que tout cela a été détourné par des médias malhonnêtes qui colportent des fake news pour le nuire. 
Depuis un mois, il a soulevé la possibilité d'une attaque nucléaire contre la Corée du Nord, laissé poindre la perspective d'une intervention armée au Venezuela. Contrairement à ses positions passées, il a renoncé à retirer les troupes américaines de l'Afghanistan. Ça va dans tous les sens.
Il faut par ailleurs saluer les réactions sages et posées du gouvernement canadien devant cette provocation trumpienne.
La ministre des Affaires globales, Chrystia Freeland, a confié que les échanges s'échauffent parfois et que le Canada allait maintenir le cap sur son objectif d'améliorer l'ALENA. 
Le premier ministre Justin Trudeau a soutenu que « le Canada maintiendrait sa position à l'effet que l'ALENA a permis la création de millions de bons emplois des deux côtés de la frontière » et que « nous continuerons de négocier de bonne foi ». 
Les deux, encore de jeunes politiciens, démontrent un sang-froid exemplaire.
Ce serait si facile de tomber dans le panneau et de décrier le double message du président Trump, ses volte-face constantes, etc. 
Dans l'épineux dossier des relations canado-américaines, le gouvernement de Justin Trudeau fait vraiment preuve de son sérieux et de sa détermination. C'est vraiment l'un de ses points forts jusqu'ici, alors que les attentes étaient bien modestes.