Le salaire moyen des dirigeants des 100 plus grandes entreprises publiques au Canada atteint 9,5 millions $.

Trudeau et les salaires des PDG

ÉDITORIAL / Dès les premiers jours de janvier, réapparaît la manchette qu'après quelques jours de travail, les patrons des plus grandes entreprises du pays ont déjà empoché autant que le travailleur moyen. Répétons pour plus d'effet : plus de 49 510 $ pour à peine trois journées de travail. Hallucinant.
Le gouvernement de Justin Trudeau, qui avait promis de s'attaquer aux allégements fiscaux pour les plus riches, doit trouver une manière de réduire cette inégalité flagrante entre Canadiens. Une des manières les plus simples de le faire serait d'imposer davantage les actions et options d'achat d'actions. Il peut le faire dès son prochain budget, qu'il livrera au printemps. 
Les informations sur les salaires des patrons sont inattaquables. Si elles sont colligées par un organisme de gauche, le Centre canadien des politiques alternatives, qui les tire des rapports annuels des entreprises même. Ainsi, le salaire moyen des dirigeants des 100 plus grandes entreprises publiques au Canada atteint 9,5 millions $.
Nous ne parlons pas ici d'une anomalie statistique mais plutôt d'une tendance lourde depuis plusieurs décennies. 
À chaque année, les plus hauts salariés gagnent toujours plus, et la croissance de leurs revenus s'accélère constamment en relation avec le salaire industriel moyen. Cette année, les patrons font 193 fois le salaire moyen, et c'était 184 fois l'an passé. Il y a 20 ans, c'était 103 fois. Et ainsi de suite. La récession et les gels de salaires ne semblent jamais s'appliquer à ces dirigeants.
Au fil des ans, les cadres ont déjoué toutes les tentatives de restreindre leurs augmentations de salaire par une panoplie de tactiques ingénieuses. La population est bernée par le flot d'information, par le langage financier hermétique ou par la simple envie. 
Aujourd'hui, le salaire n'en est qu'un élément. Parfois, ce sont les bonis qui font gonfler les revenus, parfois les actions ou les options d'achats, ou toute une panoplie d'avantages comme le paiement d'assurances, des prêts sans intérêt, une allocation domiciliaire, l'accès à des clubs et avions privés, à des services personnalisés : concierge, coiffeur, chauffeur, etc. 
Ceux qui défendent le système en place avancent toutes sortes d'arguments dans l'espoir de tempérer les accusations de cupidité. Ils soutiennent que les plans de rémunération sont liés aux performances des entreprises, aux prix incertains des actions, au fait qu'il faut bien payer pour attirer des cadres de qualité qui créeront de la valeur, ou qu'ils représentent une goutte d'eau par rapport aux bénéfices qu'ils engrangent pour les entreprises, etc. 
Mais en bout de ligne, l'argument final demeure que malgré tous les artifices utilisés pour justifier les rémunérations des dirigeants, elles ne reculent jamais. Ils ne souffrent jamais comme leurs employés. Les bulles spéculatives finissent toujours par les avantager, et les comités « indépendants » de rémunération qui se basent sur des entreprises comparatives aplanissent les risques vers le haut. 
Quand un système aboutit toujours au même résultat, il est raisonnable de conclure que les dés sont pipés. Tous les moyens utilisés jusqu'ici ont failli à contrôler l'inflation des salaires patronaux. Il en reste un à la portée du gouvernement Trudeau ; il doit imposer davantage les actions et les options d'achat d'actions s'il désire réellement aider la classe moyenne comme il le prétend.