Justin Trudeau en a tout juste assez dit sur le dossier SNC-Lavalin pour calmer la grogne.

Trudeau en a dit juste assez...

ÉDITORIAL / Justin Trudeau a enfin pris la parole dans le dossier de SNC-Lavalin. Après un mois, il était temps. Il est des responsabilités que le premier ministre du Canada ne peut ni ne doit éluder trop longtemps.

Ainsi, après Jody Wilson-Raybould, Gerald Butts, Nathalie Drouin et Michael Wernick, c’était logiquement à son tour de parler. Il en a tout juste assez dit pour calmer la grogne.

Il ne s’est pas excusé pour les gestes de son gouvernement : le tout est le résultat d’un malentendu entre l’ex-ministre de la Justice Wilson-Raybould et son administration sur l’accord de réparation qui était discuté avec la multinationale québécoise SNC-Lavalin.

Il a mis ça sous le coup d’une «érosion de confiance » dont il aurait dû être au courant, tout comme il aurait dû être plus perspicace sur les insatisfactions que vivait l’ex-ministre. Elle s’est dite victime de pressions indues et inappropriées dans son témoignage devant le comité de la Justice, la semaine dernière.

«L’un des éléments centraux de mon leadership est de cultiver un environnement dans lequel mes ministres, le caucus et les employés sont à l’aise de venir me voir quand ils ont des préoccupations. En fait, je m’attends à ce qu’ils le fassent», a-t-il exposé. Dans le cas de Mme Wilson-Raybould, elle n’est pas venue me voir. Et j’aurais aimé qu’elle le fasse.

«Nous, on considérait que Mme Wilson-Raybould était toujours ouverte à considérer de nouveaux facteurs, et elle (...) considérait qu’à chaque fois qu’on lui en parlait, c’était inapproprié.» Bref, tout cela ne consistait qu’en un désaccord entre le Bureau du premier ministre et celui de Jody Wilson-Raybould.

Est-ce que les Canadiens seront satisfaits ? Cela dépend de l’endroit où vous êtes, et de votre point de vue.

Si vous êtes de la Saskatchewan ou de l’Alberta, rien ne sera suffisant : la rancoeur est grande face à ce premier ministre du Canada qui défend des valeurs qui sont étrangères à ces régions, notamment le multiculturalisme, la réconciliation avec les peuples autochtones et les excuses à qui mieux mieux à tous ceux qui ont été lésés dans le passé. Ils oublient sciemment de parler des pipelines, car M. Trudeau, à ce chapitre, en a fait davantage que son prédécesseur Stephen Harper.

Si vous êtes du Québec, vous achetez grosso modo la version de Justin Trudeau, si ce n’est que pour la sauvegarde des 9000 emplois de SNC-Lavalin au Canada.

Si vous êtes des Maritimes, où le Parti libéral a fait un balayage parfait en 2015, vous êtes partial à M. Trudeau. Avec quelques bémols.

Si vous êtes de la Colombie-Britannique, d’où vient Mme Wilson-Raybould, vous avez tendance à croire cette dernière. Elle y est très respectée.

Cette affaire est pas mal terminée dans la tête des Canadiens, qui ont hâte de passer à autre chose.

Il reste toujours la question académique à savoir si les emplois de procureur général et de ministre de la Justice devraient être séparés comme au Royaume-Uni. Cela sera référé à un comité de sages... qui en traitera aux calendes grecques.

Pour le reste, chacun des côtés a épuisé ses arguments et à moins de nouveaux faits, les nouvelles de SNC-Lavalin s’estomperont lentement. Ainsi le souhaite le Parti libéral du Canada. Le Parti conservateur, lui, continuera de marteler que M. Trudeau est aujourd’hui indigne de gouverner plus longtemps, mais ça ne durera pas. Andrew Scheer a tiré ses grosses munitions trop tôt et son fusil tire maintenant à blanc.

Et Justin Trudeau pourra prononcer d’autres excuses...