Les mesures d’aide seront lentes à faire sentir leurs bienfaits. Pour Martin Cauchon, propriétaire du Groupe Capitales Médias, il est trop tard.

Taxer Internet? L’idée a du bon.

ÉDITORIAL / Les difficultés financières des journaux canadiens remontent à plusieurs années. Celles vécues par le quotidien Le Droit et son ex-propriétaire, le Groupe Capitales Médias, n’y font pas exception.

La tourmente s’est déchaînée, lundi, avec la demande de protection contre ses créanciers, n’a fait qu’illustrer encore plus bruyamment le défi des entreprises de presse écrite. 

Le tollé n’est pas unanime, mais il est largement partagé : il faut faire quelque chose pour assurer aux médias écrits une meilleure pérennité. 

Les journaux sont des vecteurs essentiels d’une meilleure démocratie, et nombreuses ont été les voix dans ce sens au cours des derniers jours. 

Le gouvernement de Justin Trudeau, au fédéral, a déjà prévu une aide de 595 millions $ pour l’ensemble des journaux du Canada, répartis sur cinq années. 

Cela prendra la forme d’un nouveau crédit d’impôt sur les coûts de main-d’œuvre, de reçus d’impôt pour les dons à des entreprises de presse, et un autre crédit d’impôt de 15 % pour encourager les abonnements aux médias numériques canadiens. 

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Mais le programme tarde à se mettre en branle. 

Annoncé en novembre 2018, les premières sommes ne seront versées qu’en 2020. 

Bref, les mesures d’aide seront lentes à faire sentir leurs bienfaits. Pour Martin Cauchon, propriétaire du Groupe Capitales Médias, il est trop tard. 

D’autres voix suggèrent que le Québec prenne le pas sur le fédéral et organise son propre crédit d’impôt. 

L’idée fait son chemin, mais encore là, il faudra du temps avant d’en voir les effets bénéfiques.

Ces moyens sont tous très vertueux, mais ne s’attaquent pas, il faut le reconnaître, à la mainmise des géants que sont Google et Facebook. 

Ensemble, ils se sont accaparé pas moins de 80 % des revenus publicitaires des journaux au pays. C’est énorme. 

Pire, ils soutirent ces revenus sur le travail des médias traditionnels. 

Les médias ont aussi leurs fautes. Certains, comme La Presse, à Montréal, offrent tout leur contenu gratuitement. L’expérience, vieille de quatre ans, tend à prouver que si cela augmente la résonance du travail des journalistes, cela le dévalue à la fois. 

Tous les autres médias le partagent en partie, et beaucoup via la plateforme Facebook, ou d’autres comme Twitter. 

Parallèlement, plusieurs journaux songent à délaisser l’impression de leur édition papier pour se consacrer qu’à une édition numérique. 

Encore une fois, cela aura pour effet de dévaluer le travail journalistique.  

Il faut regarder également ailleurs, comme la taxation directe de l’accès à Internet. L’idée avait été explorée il y a deux ans pour aussitôt être coulée par le premier ministre Justin Trudeau. 

Un comité parlementaire avait proposé l’ajout d’une surtaxe de 5 % sur l’Internet haute vitesse afin d’identifier une nouvelle source d’aide financière pour les médias traditionnels.

Cette fois, c’est le Québec qui la considère. 

Des voix au sein du gouvernement caquiste de François Legault s’en sont fait l’écho. 

Cela aurait l’effet direct d’imposer le canal par lequel les lecteurs canadiens consomment leurs nouvelles en ligne. 

Ce mécanisme augmente le coût d’Internet, mais il y a peu d’autres alternatives aussi directement liées à Google et Facebook. 

Entre temps, les diverses communautés touchées par la faillite du Groupe Capitales Médias amorcent leurs campagnes d’abonnement et de fidélisation de leur lectorat. 

Cela aura un effet bénéfique, il est certain, mais pour combien de temps ? 

C’est pour cela que l’option d’une taxe Internet doit faire partie des moyens étudiés sérieusement par le gouvernement de François Legault.

Pierre Jury

Des promesses inaperçues

ÉDITORIAL / Andrew Scheer a dévoilé deux éléments clefs de son programme politique cette semaine : d’abord, une baisse universelle des impôts sur le revenu, puis une baisse de l’aide aux entreprises. Ce sont deux mesures phares qui s’inscrivent tout à fait dans la pensée conservatrice.

Mais ces annonces sont passées presque inaperçues devant la tempête médiatique qui a marqué le Canada à la suite de la publication de photos montrant le chef du Parti libéral déguisé et le visage peint en noir dans le style « blackface » populaire entre 1850 et 1960. 

Les conservateurs ne sont pas innocents dans toute cette affaire, puisqu’ils ont admis avoir coulé au moins une des photos compromettantes de Justin Trudeau à un réseau de télévision. 

D’une certaine manière, ils ont eux-mêmes court-circuité la campagne électorale fédérale, lui dérobant deux éléments de substance et les interchangeant pour un débat vain et superficiel. C’est de la propre faute des conservateurs si l’on constate que la campagne est détournée des enjeux de fond, qui touchent l’ensemble des Canadiens.

Mais Justin Trudeau n’aide pas sa cause en étant incapable de préciser s’il n’y aurait pas d’autres photos « compromettantes » de lui, malgré ses excuses répétées aux personnes victimes de racisme. 

Mais revenons à la coupure annoncée par M. Scheer.

Il retrancherait 1,25 % au premier palier fédéral d’imposition. La baisse de 15 % à 13,75 % serait répartie sur trois années. Tous les contribuables verraient leurs impôts diminuer.

Le coût de cette mesure ? Pas moins de 6 milliards $, une somme considérable pour un futur gouvernement qui serait déjà confronté à sa volonté de mettre fin aux déficits des libéraux. M. Scheer a déjà retardé son plan d’équilibre budgétaire, originalement prévu sur deux ans, à cinq ans, au-delà d’un mandat électoral donc. 

Il s’agit du premier engagement d’envergure dévoilé par un parti politique au cours de cette campagne. Et il est de taille. Six milliards $, c’est la même somme que Stephen Harper avait engagé lorsqu’il a annoncé qu’il réduirait la TPS de 7 % à 6 %, puis à 5 % — et au coût d’un autre 6 milliards $ — en 2006, puis en 2007. 

L’autre annonce que M. Scheer a faite est de promettre une réduction de 7 milliards $ à 5,5 milliards $ l’aide financière aux entreprises. Cette économie de 1,5 milliard $ ne suffira absolument pas à compenser la promesse de la baisse d’impôt de 6 milliards $, et il faudra s’attendre à d’autres mesures dans les quatre semaines qu’il reste avant le scrutin.

Ces réductions des coûts aux contribuables s’avèrent des éléments majeurs qui s’inscrivent en droite ligne dans la pensée conservatrice.

Ils ne favorisent pas les grands plans ambitieux d’investissement dans le transport en commun, comme l’ont fait les libéraux depuis quatre ans, ou l’assurance-médicaments pour tous, comme le souhaite le Nouveau Parti démocratique.

Pour le reste, les bleus y vont pour des mesures à la pièce qui relèvent du clientélisme cher à M. Harper. Notamment le retour des crédits d’impôt pour les activités de loisir des enfants et celle pour compenser les coûts du transport en commun.

Préférez-vous un gouvernement qui aligne les déficits, mais qui investit des milliards dans le transport en commun, par exemple, ou préférez-vous un gouvernement qui vous aide à déduire les frais de transport en commun ? Voilà les choix de société auxquels sont confrontés les Canadiens. Réponse le 21 octobre.

Pierre Jury

Un «blackface» qui profite du vide

ÉDITORIAL / Justin Trudeau a passé la journée d’hier à tenter de se défaire de l’ombre du politicien raciste qui vient avec l’étiquette du «blackface», ce maquillage utilisé pour parodier les Noirs au XIXe et XXe siècle, particulièrement aux États-Unis. Il est aujourd’hui considéré irrespectueux et offensif, et ce n’est pas une surprise si des médias américains se sont lancés sur cette histoire.

Le Canada n’a pas la même histoire de discrimination que les États-Unis, mais il en a une malgré tout. Mais toutes les histoires de blackface n’y résonnent pas comme chez nos voisins du Sud. Et le Québec ne réagit pas du tout...

Pierre Jury

Une guerre en vue au Québec

ÉDITORIAL / Après avoir « réglé » la question de la laïcité au Québec, le gouvernement de François Legault s’en prendra prochainement aux commissions scolaires. Ce n’est pas une surprise, car cela faisait partie du programme de la Coalition avenir Québec, mais le moment choisi est particulièrement mauvais.

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, avait commandé en janvier dernier une étude sur des malversations concernant la Commission scolaire English-Montreal. Des éléments du rapport, publié la semaine dernière, font mention de contournements au processus d’appel d’offres, de livraisons de contrats de plus de 100 000 $ de gré à gré, d’« extras » versés sans justification, etc. Le bilan est lourd et s’inscrit dans une durée de plus de 10 ans.

Pierre Jury

Le train léger, une grande victoire

ÉDITORIAL / Le train léger a roulé ses premiers kilomètres à Ottawa, et le tout s’est fait sans anicroche. Six ans après la signature du contrat et après un retard de plus de 15 mois, ç’aurait été le comble !

Car après tout, c’est tout ce qu’on s’attend d’un réseau de transport en commun, c’est qu’il fonctionne. Et les premières heures du train léger se sont bien déroulées. Bravo.

Pierre Jury

Que Bernier soit permis aux débats

ÉDITORIAL / Lundi sera la date-butoir pour que la Commission des débats des chefs accepte de nouveaux participants. En fait, il n’y a qu’une personne qui attend encore une invitation : Maxime Bernier. Souhaitons que la commission l’accepte.

Le chef du Parti populaire du Canada milite pour sa participation, et les avis sont partagés. Certains soutiennent qu’il s’est discrédité, notamment lorsqu’il a qualifié la jeune militante pour l’environnement, Greta Thunberg, de « mentalement instable ». Ce n’était que la plus récente salve qu’il a décochée, il y en a plusieurs autres sur l’avortement, sur les mouvements islamistes, etc.

D’autres arguent cependant que le droit de parole des élus est primordial. Et que le candidat Bernier mérite d’aller défendre ses positions devant les Canadiens. Nous en sommes.

Et si Maxime Bernier y promeut des idées saugrenues, et bien soit ! Cela sera transparent et les Canadiens pourront tirer leurs propres conclusions sur lui et son parti. 

Nous ne partageons pas les idées de Maxime Bernier, qui se réclame d’un esprit libertarien. Cette pensée met la liberté individuelle au-dessus de toutes les autres. Cela s’exprime notamment par une opposition à l’État-providence. Au Canada, M. Bernier l’articule autour de son opposition à l’aide de l’État aux entreprises — associé au « corporate welfare » de sociétés comme Bombardier —, à la gestion de l’offre (qui garantit aux producteurs de lait, d’œufs et de volaille des prix planchers), mais aussi aux politiques d’immigration et à la péréquation, de même qu’à la réglementation des industries de communication.

Au contraire, nous croyons qu’il faut que l’État canadien joue un rôle de niveler l’égalité des chances, pour aider les moins fortunés à atteindre un niveau de vie décent. Cela passe par des impôts progressifs, par une main-d’œuvre syndiquée, par de l’aide des gouvernements via des programmes d’assurance-emploi, des programmes sociaux, etc. Nous croyons à l’interventionnisme de l’État, jusqu’à une certaine mesure.

Mais nous n’en sommes pas là avec Maxime Bernier. 

Tout d’abord, il faut régler sa présence aux débats des chefs fédéraux. Il n’est pas question de lui fermer la porte, tout en l’ouvrant toute grande à Andrew Scheer et Justin Trudeau, à Jagmeet Sing et Elizabeth May, ainsi qu’à Yves-François Blanchet. 

Certes, il y a des critères précis pour justifier une participation. Mais le comité joue sur les mots. En précisant que seront admis aux débats tous ceux qui ont un député qui a été élu sous la bannière, cela donne l’impression que le texte a été écrit de manière à écarter M. Bernier. Il a été élu comme candidat du Parti conservateur, mais se présente maintenant comme chef du PPC. 

Le Parti populaire du Canada n’enregistre qu’environ 3 % d’appuis lors des récents sondages. C’est bien peu, mais M. Bernier a de bonnes chances d’être réélu dans sa circonscription de la Beauce. S’il est le seul élu de son parti, sa situation ne serait pas très différente de celle d’Elizabeth May, chef du Parti vert, qui a la seule élue de son parti depuis 2011.

La Commission des débats des chefs s’est embrouillée dans ses critères de sélection. Elle doit errer dans le sens de l’inclusion plutôt que le contraire, pour offrir aux Canadiens le plus large éventail d’idées. L’objectif n’est pas de bâtir des consensus. Ça, ce sera le travail du prochain gouvernement. Pour le moment, le temps est au partage d’idées et celles de Maxime Bernier, quoiqu’extrêmes à certains égards, méritent d’être largement connues.

Pierre Jury

Laïcité : la paix... jusqu’au 22 octobre

ÉDITORIAL / François Legault n’a rien à craindre. Aucun des chefs de partis fédéraux ne s’immiscera dans le débat sur la loi sur la laïcité au Québec. Le sujet est si explosif, il n’y a aucun doute que personne ne voudra s’en mêler.

D’ailleurs, les premières réactions à la loi sur la laïcité ont été probantes. 

Andrew Scheer ne veut pas s’en occuper et lors des premiers jours de la campagne, il a martelé les thèmes traditionnels à son Parti conservateur : finances publiques, probité, taxes. Jagmeet Singh, le chef du Nouveau Parti démocratique, s’est contenté de parler d’accès au logement et d’assurance-maladie. Les autres aussi. Et Justin Trudeau, le chef du Parti libéral, a été le plus volubile, mais n’en a pas dit davantage. Sauf pour deux mots.

« Pour l’instant, nous trouvons que c’est contre-productif pour un gouvernement fédéral de s’engager directement dans cette cause », a-t-il expliqué.

Les deux mots clefs sont « pour l’instant ».

Comme dans : le temps de la campagne électorale, je ne m’en occuperai pas, mais dès le 22 octobre, lendemain du scrutin, vous pouvez être certain que je ferai tout en mon pouvoir pour démanteler cette loi.

Alors vous voyez, le premier ministre du Québec peut remballer son coffre à outils. Sa loi sur la laïcité ne souffrira aucune contestation... jusqu’au lendemain du vote, ou peu après.

Pourquoi ? Parce que la laïcité vient en choc avec les principes de tolérance et de société multiculturelle qui sont chers à Justin Trudeau. 

La loi va trop loin, nous l’avons souvent dit. En incluant les enseignants dans la liste des « personnes en autorité », la loi défriche plus loin que le compromis de la commission Bouchard-Taylor, qui se limitait aux juges, aux policiers, etc. 

D’ailleurs les premières applications douloureuses de la loi se sont matérialisées au cours des deux dernières semaines, avec les mesures disciplinaires appliquées contre quelques musulmanes qui refusaient de se départir de leur voile. La loi doit abandonner cette clause s’appliquant aux enseignants, de foi musulmane et autres, car le statut d’autorité qu’on leur confère s’avère très discutable. 

Dans le doute, il faut s’abstenir. 

La contestation de la loi québécoise sur la laïcité viendra, il ne faut pas en douter, des libéraux de Justin Trudeau, s’ils sont élus, bien sûr. De là le sens des mots « pour l’instant ». Ce sont eux qui sont les grands défenseurs du multiculturalisme. Mais les conservateurs ne pourront y échapper non plus. S’ils ne veulent pas s’en mêler pendant la campagne électorale, les appels à une implication fédérale se feront pressants après le 21 octobre. 

Car l’idée que le multiculturalisme soit battu en brèche au Québec est intolérable pour bien des Canadiens. Ils ne comprennent pas que la Belle Province puisse discriminer contre le port de signes religieux à ce point. 

Il existe ainsi un fossé profond entre les visées des Québécois et des Canadiens sur ce sujet. 

Les Québécois ont été convaincus par le ministre Simon Jolin-Barrette et le premier ministre Legault que la loi sur la laïcité ne portait pas à conséquence. 

Aujourd’hui, ils sont une majorité à partager cette croyance. 

La fin de la campagne électorale marquera malgré tout un moment clef dans la contestation de la loi sur la laïcité. Elle fera alors l’objet de procédures juridiques pour protester contre l’application de la loi aux enseignants, et ce ne sera pas trop tôt. 

Pierre Jury

Une loi qui était trop restrictive

ÉDITORIAL / L’aide médicale à mourir, telle que définie tant au Québec qu’au Canada, est trop restrictive. C’est pourquoi la juge Christine Baudouin, de la Cour supérieure du Québec, a invalidé cette disposition. Cette avancée, car il en s’agit réellement d’une, élargit légèrement l’aide médicale à mourir pour inclure les personnes atteintes de sévères maladies dégénératives incurables, comme les plaignants Jean Truchon et Nicole Gladu, d’en faire la demande.

Il y avait des incongruités dans les lois québécoise et canadienne. La version du Québec projetait que l’aide médicale à mourir ne s’appliquerait qu’aux personnes en fin de vie. Concrètement, cela signifiait que la grande majorité des demandeurs étaient des victimes de cancers incurables qui bénéficiaient de quelques semaines de répit. Ils pouvaient s’éviter les souffrances atroces des derniers jours, et pouvaient ainsi fixer le moment de leur mort. La version canadienne prévoyait que la mort soit « raisonnablement prévisible » : cela élargissait le moment de la mort de quelques mois, rarement plus.

Ces deux dispositions ont été abattues par la décision de la juge Baudouin. 

Les deux plaignants pourront donc en faire la demande dès aujourd’hui. Pour les autres, il faudra attendre la révision de la loi, et la juge a donné six mois au gouvernement pour faire ce travail. 

Ce nouveau principe élargit ainsi les critères de la demande pour inclure les gens qui sont victimes de maladies dégénératives incurables ; il faut croire que les législateurs du Québec, lorsqu’ils ont promulgué la loi en 2014, craignaient la réaction du public et des autorités médicales devant cette loi nouvelle qui défrichait de nouvelles contrées juridiques. Ils ont pris des précautions extrêmes en ne permettant l’aide médicale à mourir qu’aux gens en fin de vie. 

Le public a reçu cette loi de façon très calme. Il y a eu certaines plaintes, elles étaient prévisibles, mais il n’y a eu aucune fureur.

Cinq ans plus tard, cet épouvantail n’existe plus. La juge était tout à fait justifiée de soulever l’inadéquation entre les deux lois québécoise et canadienne. Véronique Hivon, la députée du Parti québécois et marraine du projet de loi, l’a par ailleurs applaudie. Bref, tout était préparé pour que la loi soit élargie. Cette disposition de la loi ne sera pas aussi populaire que l’aide médicale à mourir. Ce ne sont pas toutes les personnes qui souffrent de maladies dégénératives incurables qui souhaitent mettre fin à leurs jours. Mais pour les quelques centaines auxquelles une nouvelle loi pourrait être attirante, ils auront dorénavant le choix. Dans six mois, lorsque la loi aura été réécrite, faut-il rappeler. 

La population n’est pas dans les souliers de ces personnes qui doivent traverser des souffrances immenses. Quelque part, cela s’apparente aux pratiques sur l’avortement. Qui sommes-nous pour juger pour autrui ? Comme des femmes qui décident de mettre fin à une grossesse non désirée, il y a des malades incurables qui souffrent atrocement et pour lesquels il est incongru de décider de ce qu’ils peuvent disposer de leur corps ou non.

Cela met toutefois à l’abri les personnes qui n’ont pas la capacité mentale de décider de leur propre sort. Celles-là, qui s’avèrent les personnes les plus faibles de notre société, méritent toujours d’être protégées. Ce n’est pas une euthanasie libre et ouverte à tous que la juge Baudouin a décidée. Les personnes ciblées devront toujours présenter un dossier étoffé et faire la preuve de leurs grandes souffrances.

En ce sens, il s’agit là d’une avancée bienvenue de la loi sur l’aide médicale à mourir.

Pierre Jury

Les trois enjeux de la campagne

ÉDITORIAL / L’élection de 2015 avait porté sur le bilan des conservateurs de Stephen Harper, et le verdict avait été net. Quatre années plus tard, l’élection fédérale qui démarre aujourd’hui s’avère un référendum, en quelque sorte, sur la performance de Justin Trudeau.

Ce bilan est teinté selon la province où vous habitez, selon certaines croyances politiques qui vous tiennent à cœur, selon votre performance économique. Si vous êtes de l’Ontario, vous avez de la chance, votre choix déterminera probablement le prochain gouvernement. Si vous êtes du Québec, vous avez de la chance également, votre choix déterminera l’ampleur de la victoire du parti gagnant. Car rien n’est certain à ce moment-ci.

Pierre Jury

Premières nations: à peine subtiles...

ÉDITORIAL / Comme d’autres organisations, l’Assemblée des Premières nations a fait connaître sa liste d’épicerie à l’aube de la campagne électorale qui doit mener au vote du 21 octobre. L’organisation tente de mener cet exercice de façon apolitique puisqu’elle devra travailler avec n’importe lequel des partis, ou du moins, des deux grands partis qui risquent de former le prochain gouvernement. Ce sont les libéraux et les conservateurs. Tous les autres militent pour la balance du pouvoir, dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire.

Mais Perry Bellegarde et les 634 communautés qu’il représente ne réussissent pas vraiment à demeurer apolitiques. Leur jupon rouge paraît trop. Il fallait le voir tout excité, il y a quatre ans, dans un ralliement politique à Ottawa, pour apprécier qu’il favorise, et de loin, l’élection du Parti libéral du Canada. L’Assemblée des Premières nations sortait d’une décennie difficile dans ses relations avec le fédéral et elle était juste contente de ne plus avoir Stephen Harper dans ses pattes. Cette fois, M. Bellegarde utilise un langage à peine voilé pour passer son message. 

S’il désire gagner des appuis des peuples des Premières nations, ce serait bien qu’il ne copie pas l’approche de M. Harper, a dit en résumé le chef de l’Assemblée des Premières nations.

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Stephen Harper n’avait pas beaucoup de sympathie pour les enjeux des autochtones, et cela s’est ressenti notamment avec l’émergence du mouvement Idle No More, en 2012 et 2013. Les libéraux de M. Trudeau les ont ciblés... avec succès. Huit candidats libéraux issus des Premières nations ont été élus, et leur principale voix au cabinet fut celle de Jody Wilson-Raybould, qui fut ministre de la Justice jusqu’à la débâcle de l’affaire SNC-Lavalin, au début de 2019. Elle se présente comme indépendante cette fois.

M. Bellegarde misait sur sa relation privilégiée avec Justin Trudeau pour établir de nouvelles bases de relations entre les peuples autochtones et le fédéral. M. Trudeau n’a pas seulement misé sur des candidats, il s’était engagé à améliorer la relation avec eux. Il s’était engagé à mieux respecter, les Premières nations, à mieux les consulter, à tenir une enquête sur les femmes disparues et assassinées, à mettre de l’argent dans l’éducation. Il a livré la marchandise à tous les niveaux, injectant 21 milliards $ en nouveaux investissements. Mais le résultat demeure couci-couça. Les relations avec les autochtones sont grandement améliorées, et ça se voit notamment dans les nominations politiques. Il y a eu un grand effort de choisir, dans les processus de nomination, des personnes qui avaient des accointances autochtones. Ce fut un juste retour du balancier qui a servi à effacer un tant soit peu un déséquilibre en place depuis la Confédération.

Sur la nomination d’un juge à la Cour suprême, ce que les autochtones souhaitent ardemment, ce vœu risque de s’opposer à celui des francophones qui désirent une cour pleinement bilingue...

M. Bellegarde désire poursuivre l’effort de rééquilibrage, sans trop vouloir le dire pour ne pas irriter les conservateurs. Il continuera de parler des enjeux autochtones, et ils sont nombreux. Les changements climatiques, la justice et les droits des autochtones seront au premier plan. La déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones sera aussi en tête de lice. Mais dans bien des communautés, l’accès à l’eau potable s’avère encore déficient. Perry Bellegarde devra parler des grands enjeux, tout en misant sur d’autres qui sont très près de la population. En cachant son penchant vers les libéraux en plus !

Pierre Jury

Une querelle qui augure mal pour le NPD

ÉDITORIAL / Les semaines se suivent, mais rien ne s’arrange pour le Nouveau Parti démocratique. Le voilà pris dans une querelle avec le Parti vert sur la défection de néo-démocrates du Nouveau-Brunswick — ils étaient supposément 14, au départ — à la faveur du parti d’Elizabeth May.

La réalité ne serait pas de 14, mais de neuf, ce qui est une pure question sémantique. Qu’ils aient été 9 ou 14 ou 15, un fait demeure : le Parti vert attire alors que le NPD, lui, a toutes les difficultés au monde à tirer son épingle du jeu. 

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, prétend que les défections étaient « un acte de désespoir de la part de May et du Parti vert ». Il faut plutôt lire que ce serait un geste d’impatience de la part d’une poignée de militants du NPD face à leur chef qui, deux ans après son élection à la tête de son parti, n’a toujours pas visité le Nouveau-Brunswick. Quoi ? M. Singh, qui est souvent venu au Québec, n’a pas trouvé quelques jours depuis deux ans pour aller séduire ses troupes dans la seule province officiellement bilingue au pays ? Quel chef de parti peut tolérer une telle aberration ?

Nous savons que le Parti vert a failli prendre le pouvoir lors des récentes élections à l’Île-du-Prince-Édouard. Ce fut une lutte à trois avec les conservateurs et les libéraux... chacun récoltant entre 23 000 et 29 000 voix. Les conservateurs l’ont emporté tandis que le NPD a récolté... moins de 2500 votes. Et aucun siège. A-t-on peur que cette déconfiture se transmette au Nouveau-Brunswick ?

Cette querelle survient à la veille du déclenchement des élections fédérales qui culmineront avec le jour du vote, le 21 octobre prochain. La campagne décidera qui, du Parti libéral ou du Parti conservateur, l’emportera. Ce sera serré. Mais ce sera tout aussi serré plus bas dans le palmarès des partis. Et cette engueulade politique, c’est ce qui survient lorsque deux partis ne sont qu’à quelques points d’écart. Le NPD amasse 13,5 % des intentions de vote selon la moyenne des sondages compilée par Radio-Canada, et le Parti vert, 10,4 %. Cette proximité dérange le NPD et excite les Verts qui étaient traditionnellement autour de 5 %. Le fait qu’ils aient doublé leurs appuis les rend plus affamés. Les Verts ne sont plus que le parti d’une seule députée, Mme May, mais pourraient bien en récolter entre 5 et 10 sièges si tout se déroule bien pour eux. Et décrocher la balance du pouvoir dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire. 

Évidemment, tout cela n’est que des suppositions de pré-campagne. Nous verrons bien comment cela se déroulera une fois la course électorale entamée, et lorsque le Parti vert sera confronté aux dures questions des journalistes. Il pourrait déchanter.

Revenons au NPD. Le parti a un double défi à quelques jours du déclenchement. Il lui manque encore beaucoup de candidats ; nous avons dit qu’il n’en avait pas un au Nouveau-Brunswick, mais il lui en manque encore une bonne trentaine au Québec. Le chef Jagmeet Singh mentionne lui-même la difficulté de recruter des candidats issus des communautés minoritaires — des femmes, mais aussi des autochtones, des gais et lesbiennes, etc. Ce sont des barrières que le NPD s’est lui-même imposées, mais il a toutes les misères du monde à les franchir. Cela illustre bien que les principes viennent parfois en choc avec la réalité sur le terrain.

L’autre défi du NPD s’avère celui du financement. Avant même l’élection, il traîne une dette de 4,5 millions $, et il devra faire sans un avion pendant la campagne électorale. Dans un pays vaste comme le Canada, c’est un handicap majeur.

Comment le NPD s’en sortira-t-il ? La course électorale nous le dira.

Pierre Jury

Trop gros pour un seul homme

ÉDITORIAL / Il existe une iniquité effroyable entre Ottawa et Gatineau : le nombre de centres de recherche fédéraux. Il y en a pas moins de 26 du côté ontarien... et pas un seul — pas un seul ! — de l’autre côté de la rivière des Outaouais. Ce débalancement aurait dû être corrigé depuis longtemps. Mais ce n’est pas le cas.

Au fil des années, les autorités qui auraient pu faire quelque chose à ce niveau ne l’ont pas fait. Elles ont laissé cette situation perdurer, sans agir ni même trouver le courage de le faire. Cette situation incompréhensible doit cesser.

Pierre Jury

UOF: allez, on y est presque!

ÉDITORIAL / L’Université de l’Ontario français n’est pas encore sauvée, mais cela ne saurait tarder. Le gouvernement fédéral et celui de l’Ontario ergotent sur des détails de dernière minute qui pourraient faire crouler une entente possible. Mais dans ce jeu où la mise est éminemment importante pour la communauté franco-ontarienne, 126 millions $ sont sur la table et c’est à qui clignera les yeux le premier.

Cela ne saurait tarder, car Ottawa a le plus intérêt à régler à la veille de l’élection fédérale imminente. Les rumeurs font état d’un déclenchement des élections le 7 ou le 15 septembre : d’une manière ou d’une autre, cela ne laisse que quelques jours à chacune des parties pour finaliser cette entente bipartite où chacun des partenaires investirait 63 millions $ dans l’aventure de cette toute nouvelle université en Ontario.

Pierre Jury

Santé: cafouillage bien en vue

ÉDITORIAL / Le long week-end de la fête du Travail représente le retour en classe et marque le début non officiel de l’automne avec le retour au boulot des équipes complètes de travailleurs. Pour les infirmières du CISSSO, cela représente un tout autre défi : une autre longue fin de semaine pendant laquelle il y aura surcroît de travail et baisse des effectifs. Avec les fins de semaine de trois jours de la Saint-Jean-Baptiste et de la fête du Canada, ce sont les deux temps forts de l’été. Des temps forts en pénurie de personnel.

Il ne faut pas se surprendre d’avoir vu les infirmières monter aux barricades avec une déclaration incendiaire, jeudi. Le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO) est allé jusqu’à suggérer à la population de se tourner vers l’Ontario. C’est un pas qu’elles n’avaient pas voulu franchir auparavant. C’est dire l’ampleur de leur désespoir devant la pénurie de personnel tant d’infirmières que de préposés aux bénéficiaires.

La réponse du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais ? Offrir le double du salaire à celles qui voudront bien répondre à l’urgence, plutôt que les 150 % habituels.

Sauf que la manœuvre a éclaté au visage du CISSSO. Cela « ne respecte pas les conventions collectives ». C’est ce que le CISSSO a annoncé, vendredi, dans un communiqué laconique de six lignes.

Les réactions du SPSO et du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de la santé et des services sociaux de l’Outaouais ont témoigné d’un découragement certain.

« Ce n’était peut-être pas une mesure pour combattre l’épuisement, mais au moins, c’était une reconnaissance des efforts pour les heures supplémentaires », a confié Jeremy Berthiaume, du STTSSSO.

Là, le personnel se retrouve à la case départ.

Mais de façon plus importante, c’est le gouvernement de la Coalition avenir Québec qui est interpellé avec ce cafouillage. 

La CAQ avait promis un retour à une gestion plus humaine de la santé après les années difficiles et autocratiques sous le ministre Gaétan Barrette. Spécifiquement sur la situation des infirmières, la CAQ s’était engagée à « augmenter le nombre d’infirmières à temps complet, abolir les heures supplémentaires obligatoires, réviser le rapport du nombre de patients par infirmière et déployer des infirmières praticiennes spécialisées ». 

En Outaouais, le verdict après 10 mois de gestion n’est pas au rendez-vous. La ministre Danielle McCann doit s’impatienter. Elle peinera à trouver de nouvelles solutions... sans débloquer davantage de sous pour l’Outaouais.

Il y a une légère croissance dans le nombre d’infirmières, mais les collèges ne réussissent pas à combler les sièges en classe. Cela se répercute ensuite dans le marché du travail. À l’Université du Québec en Outaouais, on ne se convainc pas d’abaisser les critères d’entrée. Ce serait une solution à court terme, mais cela n’aiderait personne sur plusieurs années. En effet, qui voudrait être soignée par une infirmière qui a peiné à passer ses cours ? La question se pose aussi pour les médecins et pour tout le personnel des hôpitaux. On peut se demander si la situation d’alarme dans laquelle l’Outaouais est plongée depuis 15 ans n’a pas effrayé les meilleurs postulants, laissant l’Outaouais avec des candidats de seconde zone...

Entre-temps, nul doute que le personnel fera son gros possible pour livrer les services du mieux qu’il le pourra. Le sentiment du devoir accompli est fort, en Outaouais comme ailleurs, c’est à n’en point douter. Mais l’épuisement vient à bout de bien des sacrifices. Les rapports de coroners en font le constat final, et il y en a trop dans la région.

Pierre Jury

Mince victoire, mais victoire d’étape

ÉDITORIAL / Un groupe de citoyens de Grenville-sur-la-Rouge, aux confins entre les régions de l’Outaouais et des Laurentides, poursuivent leur bataille contre Canada Carbon. Ils ont obtenu une victoire, cette semaine, mais une bien petite victoire. Ce n’est qu’une étape dans un long combat contre la compagnie minière.

Cette dernière veut aménager une carrière de marbre et une mine de graphite à ciel ouvert dans la municipalité. L’ancien conseil de Grenville-sur-la-Rouge avait donné son aval, car de toute façon, elle ne pouvait s’y opposer vraiment. Elle craignait une poursuite-bâillon... ce qui lui est arrivé une fois le nouveau conseil élu. Le nouveau maire Tom Arnold et les élus municipaux ont amorcé une bagarre rangée contre Canada Carbon, qui a répliqué avec une poursuite de 96 millions $.

Pierre Jury

L’épouvantail derrière Fréchette

ÉDITORIAL / Depuis lundi, l’entrée en scène de Sylvie Fréchette a de quoi réjouir le Parti conservateur du Canada. Du même coup, cela met les projecteurs sur l’une des questions de fond au pays: l’avortement.

Son arrivée a été saluée. La nageuse synchronisée de 52 ans s’avère une véritable vedette et le lieutenant du parti au Québec, Alain Rayes, peut se féliciter de l’avoir convaincu. Elle n’a reculé devant aucune entrevue, ne s’est effacée devant aucun micro. Elle donne tous les indices d’être une candidate de choix, prête à relever le défi. Comme les autres personnalités sportives, un bastion dans lequel les partis aiment bien puiser, car cela leur procure une visibilité instantanée. Pensons à Richard Martel, l’entraîneur de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, ou à l’ex-gardien de but Ken Dryden. Ou Lionel Conacher, George Hees, Otto Jelinek, George Laraque ou autres George Springate. Et ça, ce n’est qu’au fédéral...

Pierre Jury

Langues officielles: la refonte nécessaire

ÉDITORIAL / L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario s’est retrouvée au beau milieu d’une tempête médiatique, au début de juillet, au sujet de son mariage d’intérêt avec Quebec Community Groups Network. Le débat avait dérapé et l’objectif de l’AFO, de QCGN et du troisième partenaire, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, s’était détourné. Ensemble, elles misaient sur la réforme tant attendue de la Loi fédérale sur les langues officielles, que tous les partis entendent mettre de l’avant, disent-ils.

À la place, des commentateurs et des gens du public étaient tombés à bras raccourcis sur l’AFO pour décrier cette alliance ponctuelle avec une organisation qui défend des Anglo-Québécois « riches et avantagés ». Alors que l’AFO milite pour la reconnaissance des droits des Franco-Ontariens, une tâche ardue.

Pierre Jury

Air Canada : prudence !

ÉDITORIAL / Les actionnaires d’Air Transat ont fait leur nid : ils ont approuvé à 94 % la prise de contrôle d’Air Canada sur le transporteur québécois.

Certes, Air Canada a dû rallonger plus d’argent pour la conclure. Sa première offre était de 13 $ l’action, ce qui semblait nettement insuffisant. C’était à la fin juin. Cela représentait une valeur de 520 millions $ pour Air Transat. Il fallait que cette somme soit bonifiée.

Cela s’est concrétisé quelques semaines plus tard. Entretemps, il y a eu des pressions d’un autre prétendant, le Groupe Mach, qui a livré une offre à 14 $. Et Pierre-Karl Péladeau, le propriétaire de Québecor et du câblodistributeur Vidéotron, qui tournait autour...

Finalement, Air Canada est revenue à la charge avec une offre à 18 $ l’action. Cela représente 720 millions $, ce qui apparaît beaucoup plus raisonnable pour Transat A.T., la société mère du transporteur aérien. Devant cette offre bonifiée, le principal actionnaire, la firme d’investissement Letko, Brosseau et Associés, s’est ralliée. Elle s’était laissée tirer l’oreille à 13 $, mais à 18 $, elle a cédé.

Air Canada a juré qu’elle continuera d’exploiter Air Transat séparément, que son siège social de Montréal demeurera, et que ses 5000 emplois seront préservés. Mais il est permis d’en douter, du moins à moyen terme. À court terme, Air Canada démontrera patte blanche, mais d’ici trois ans environ, si jamais il y a un quelconque ralentissement, il ne faudra pas se surprendre de voir des rationalisations et des économies d’échelle être mises en place.

Le prix est plus acceptable, mais il demeure trois grands freins à cette transaction.

D’abord, l’opinion du Tribunal de la concurrence. 

Ensemble, les deux sociétés contrôlent une trop grande portion du marché canadien du voyage. Elles représentent dorénavant 63 % du marché des vols internationaux, où les deux se livraient une lutte sans merci. Sur le marché de l’Europe, notamment, les deux ont multiplié une offre diversifiée pas seulement vers la France et l’Angleterre, mais sur l’Italie, l’Espagne, les pays d’Europe de l’est. Il faudra voir comment se jouera ce marché maintenant que les deux entreprises sont intégrées. Verra-t-on le retrait de l’une pour laisser le champ libre à l’autre ? À moyen terme, cela semble bien possible. Avec un léger rehaussement des prix, en prime. Car il ne faut certainement pas voir la concurrence des prix redémarrer.

Et il y a le marché du sud, surtout actif en hiver. Encore une fois, le duo Air Canada-Air Transat contrôle 46 % du marché, surtout affecté par la concurrence de Sunwing et de WestJet. 

Ces deux débouchés devraient intéresser le Tribunal de la concurrence qui s’inquiétera de la trop grande part de marché d’un transporteur Air Canada-Air Transat.  

Puis, le Commissariat aux langues officielles devait aussi jeter un coup d’œil. Air Canada s’est avérée, et de loin, le plus mauvais joueur au chapitre des plaintes sur la langue à bord. Les services en français y sont nettement insuffisants et ce, depuis de nombreuses années. Le commissaire Raymond Théberge n’a pas un pouvoir d’approuver ou non la transaction, comme le Tribunal de la concurrence. Mais il possède un pouvoir de suggestion et le simple fait de prendre la parole dans ce dossier devrait lever des drapeaux rouges. Air Transat a presque toujours été un joueur modèle au plan linguistique, il ne faudrait certainement pas que sa situation se dégrade maintenant...

Les actionnaires ont parlé, mais il ne faut pas baisser la garde. Ils seront plusieurs qui auront Air Canada et Air Transat à l’œil, et il s’agit d’une très bonne chose.

Pierre Jury

Jim Watson et sa sortie malhabile

ÉDITORIAL / Le maire d’Ottawa, Jim Watson, est (enfin) sorti du placard samedi. Cette révélation n’en est pas réellement une. Si le maire n’avait jamais avoué son homosexualité, elle était un secret de Polichinelle pour quiconque s’intéresse un peu à la politique municipale.

Il s’agit d’un geste courageux. 

Même après 40 années à vivre secrètement sa sexualité et à se consacrer à sa carrière d’homme public, il faut une bonne dose de courage pour enfin avouer que l’on est homosexuel. 

Les raisons qui ont expliqué son long silence sont logiques. 

« Quand j’étais un adolescent, dans les années 1970, il n’y avait virtuellement aucune ressource pour offrir de l’aide, ou même juste parler », s’est-il rappelé. 

C’est cruellement vrai. Cela témoigne aussi combien la société canadienne a évolué au cours des 50 dernières années. Nous sommes passés d’une communauté où l’homosexualité était réprimée, interdite, voire illégale, à une société où elle est aujourd’hui reconnue, voire célébrée.

Pierre Jury

Les temps sont durs pour le NPD

ÉDITORIAL / La nouvelle de l’expulsion du député Pierre Nantel, ébruitée hier, poursuit la série de mauvaises nouvelles pour le Nouveau Parti démocratique. Son chef Jagmeet Singh aura fort à faire pour ramener son parti dans le droit chemin... et plusieurs doutent qu’il ait l’autorité morale pour le faire.

Le NPD aura fort à faire pour conserver les 15 députés du Québec qu’il a fait élire en 2015, ce qui était déjà très loin des 59 sièges qu’il avait remportés en 2011. C’était l’époque de la «vague orange», au Québec surtout mais dans le reste du Canada également. Le NPD avait fait élire 103 candidats et avait relégué le Parti libéral loin en troisième place. Un Parti libéral mené par Michael Ignatieff...

Aujourd’hui, huit ans plus tard, c’est au tour du NPD de patiner dans le vide. 

À LIRE AUSSI : Nantel se voit retirer sa candidature néo-démocrate pour avoir parlé au Parti vert

Le parti a éliminé Thomas Mulcair de sa direction; c’était en quelque sorte une semonce pour avoir perdu plus de la moitié de son caucus... et pour avoir tenté d’imprimer un certain virage vers le centre au NPD. En 2015, les néodémocrates se sont retrouvés avec 44 députés «seulement». Plusieurs néo-démocrates ont pris très difficilement cette défaite. Ils caressaient même les rêves les plus fous après la victoire de Rachel Notley qui arracha l’Alberta des mains conservatrices quelques mois plus tôt.

Ces 44 étaient pourtant mieux que le record passé du NPD, qui était de 43 sous Ed Broadbent, en 1988. Mais ils n’entendaient rien. Il fallait faire payer cette défaite à quelqu’un, et ce fut M. Mulcair. Bref, l’aile gauche du parti a voulu rétablir son autorité... mais n’avait pas vérifié auparavant s’il y avait des candidats solides pour prendre le relais. Ils avaient été sept à prétendre à la couronne à la suite du décès de Jack Layton, en 2011. Ils n’étaient plus que quatre en 2017 : Charlie Angus, Niki Ashton, Guy Caron et M. Singh. Ce dernier l’a emporté avec 53,8 % des votes, dès le premier tour de scrutin.

Mais son turban de sikh — ainsi que son poignard cérémonial, son kirpan, qu’il dissimule savamment sous son veston — ne cesse de faire jaser. Son bilinguisme est l’un de ses points forts, ses contacts personnels aussi, mais de grands pans de la population se demandent ce qu’il fera lorsqu’il devra arbitrer entre les droits religieux et d’autres droits, au Canada. Le ton de Jagmeet Singh se veut rassurant, et il l’est, mais il ne peut convaincre tout le monde. Et puis, il y a la force des autres candidats, notamment Justin Trudeau, du Parti libéral, et Andrew Scheer, du Parti conservateur. Et Elizabeth May, du Parti vert...

C’est justement Mme May qui lui cause des soucis, ces jours-ci. Pierre Nantel, élu député de Longueuil-Pierre Boucher en 2011 (aujourd’hui Longueuil-Saint-Hubert), puis réélu en 2015, flirte avec le Parti vert en vue de l’élection fédérale de 2019. Le verdict du parti a été net : aussitôt la nouvelle ébruitée, il a été destitué du NPD. Le parti amorcera un processus pour lui trouver un remplaçant. 

Cela indique que des gens au NPD sentent la soupe chaude. Ils ont perdu les députés Hélène Laverdière et Roméo Saganash, démissionnaires après huit ans. Outre les «grosses» pointures que sont Alexandre Boulerice, Guy Caron et Ruth-Ellen Brosseau, il n’y a pas de valeur sûre au NPD. S’il y en a.

Pierre Nantel, qui s’est aussi décrit comme souverainiste, a écopé. Les temps sont durs pour le Nouveau Parti démocratique, très durs.

Pierre Jury

Un scandale qui fera mal à Trudeau

ÉDITORIAL / L’affaire SNC-Lavalin continuera d’être un poids sur les épaules de Justin Trudeau. Mais pour combien de temps ? Le premier ministre en souffrira-t-il jusqu’au soir des élections, le 21 octobre prochain, ou saura-t-il mettre cette histoire derrière lui ?

Ce scandale lui colle à la peau depuis février, mais bouillonne depuis un an. Il a à voir avec un « accord de réparation » qu’il privilégiait dans le dossier de la firme d’ingénierie montréalaise SNC-Lavalin, accusée d’avoir payé 47 millions $ en pots-de-vin pour obtenir des contrats en Libye entre 2001 et 2011. Ces accords, qui existent dans plusieurs pays occidentaux, permettent d’éviter un procès si l’entreprise reconnaît sa culpabilité et verse une « réparation » au gouvernement. Mais voilà, l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, avait de gros doutes sur l’à-propos d’un tel accord. Plusieurs mois de discussions se sont déroulés entre septembre 2018 et janvier 2019, pendant lesquels plusieurs proches collaborateurs de M. Trudeau ont été mêlés.

Pierre Jury

Recyclage : une lueur d’espoir

ÉDITORIAL / Depuis lundi, une commission parlementaire se penche sur le recyclage du verre dans l’espoir de trouver une manière de stopper son envoi aux dépotoirs. Cette discussion pourrait être importante... si elle n’avait pas été initiée par la solidaire Ruba Ghazal. D’ordinaire, une telle commission aurait pu plancher sur de nouvelles solutions de recyclage, mais ce n’est pas le cas : le ministre de l’Environnement, Benoît Charette, en est absent et toute solution doit nécessairement passer par le gouvernement de la Coalition avenir Québec.

En ce sens, cette commission parlementaire jase beaucoup, mais aboutira à bien peu.

Pierre Jury

Immigration : il faut l’augmenter

ÉDITORIAL / Le gouvernement de la Coalition avenir Québec souffle le chaud et le froid sur les questions d’immigration. D’un côté, il a diminué la cible de 50 000 à 40 000 immigrants, et de l’autre, il explore déjà la possibilité de la ramener à 50 000 d’ici l’échéance électorale de 2022. Pendant ce temps, le Québec Inc. réclame au moins 60 000 immigrants par an !

L’abaissement de la cible d’immigration avait fait grand bruit, et pour cause. 

Les plus critiques accusaient le parti de François Legault d’intolérance. 

L’objectif était d’accepter moins d’immigrants, mais de mieux s’en occuper. 

Par le résultat électoral net en faveur de la CAQ, les Québécois avaient conclu qu’ils étaient en accord avec ce virage politique.

Pierre Jury

Facebook changera-t-il ?

ÉDITORIAL / L’amende de 5 milliards $ US que les autorités américaines ont imposée à Facebook frappe l’imagination. Cinq milliards $ ! Américains ! Pourtant, ce ne sont que des broutilles pour le plus grand réseau social au monde qui promet bien des choses, mais tarde à les livrer.

Cette amende constitue un record absolu pour une entreprise technologique. 

Mais cela ne représente qu’une fraction des revenus de 56 milliards $ US de la multinationale américaine en 2018, et moins du quart de ses profits de 22,8 milliards $ US. 

L’amende équivaut à environ trois mois de profits, ce qui est considérable, mais qui pourrait ne s’avérer qu’un blip dans son histoire économique.

Pierre Jury

Un processus bien «canadien»...

ÉDITORIAL / Le nouveau juge à la Cour suprême, Nicholas Kasirer, a témoigné devant un auditoire typiquement... canadien, hier, alors que les élus et sénateurs ont respectueusement accepté ses réserves et ses excuses de ne pouvoir répondre plus longuement à plusieurs de leurs questions.

Depuis une quinzaine d’années, le Canada a entrepris une étape supplémentaire de validation de ses juges au plus haut tribunal. 

Ce processus s’est raffiné au fil des ans, la dernière mouture ayant été adoptée en 2016, sous le gouvernement libéral de Justin Trudeau. 

Cette dernière mécanique prévoit que la personne nommée « prendra part à une période de questions et de réponses avec des membres du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes, du Comité sénatorial permanent des Affaires juridiques et constitutionnelles et des représentants » des partis. 

C’est cette période de questions et de réponses qui a eu lieu, hier, de manière typiquement canadienne. 

Par opposition à la manière américaine où le processus de confirmation des juges peut donner lieu à des controverses. 

Rappelons-nous des audiences entourant la nomination du juge Clarence Thomas, en 1991, et des accusations de nature sexuelle soulevées contre lui. 

Cela s’était conclu par une approbation à 52-48 au Sénat américain.

Pierre Jury

Cormier vient à la rescousse

ÉDITORIAL / C’est une véritable calamité qui est tombée sur les épaules du Mouvement Desjardins, le 20 juin dernier. C’est à ce moment que Desjardins a avoué qu’un ex-employé avait volé les informations confidentielles de 2,7 millions de leurs membres et de 173 000 entreprises. Les correctifs posés se sont par la suite avérés aussi problématiques que le vol lui-même. Le patron de Desjardins, Guy Cormier, a donc annoncé des mesures supplémentaires pour lutter contre le piratage informatique. Non sans avoir admis la « situation déplorable et inacceptable » provoquée par l’incapacité de répondre adéquatement à la crise par Equifax, la multinationale engagée aux côtés de Desjardins pour prémunir les membres d’autres problèmes.

Le vol n’était que le premier des soucis de Desjardins. L’employé malhonnête a eu accès aux noms, prénoms, dates de naissance, numéros d’assurance sociale, adresses, téléphones et courriels ainsi que les produits bancaires des membres. Il y a là de quoi manigancer une énorme fraude, à partir des noms, des adresses et des numéros d’assurance sociale. Imaginez avec le reste.  

Par chance, aucune fuite n’a été rapportée encore. Mais les informations pourraient être enfouies pendant plusieurs mois avant d’être ramenées à la surface et infliger des dommages aux membres.

Les risques sont diminués avec une inscription à un forfait de surveillance chez Equifax mais voilà, le processus exigeait une longue attente et même parfois des communications déficientes en français. Ce qui a fait sauter les plombs à M. Cormier, le président et chef du Mouvement Desjardins. Sa réaction a été exemplaire : le service chez Equifax « n’est pas à la hauteur des standards de Desjardins », a-t-il avoué. Mais plutôt que de juste leur en faire le reproche, il se porte à leur rescousse. Ainsi, un millier d’employés dans les nombreux centres d’appels de Desjardins seront mis à contribution. Ils pourront colliger les informations au nom d’Equifax. À peine 100 000 membres de Desjardins avaient réussi à s’inscrire chez Equifax, deux semaines après l’annonce de la fuite, soit 3 %. C’est anémique. Les nouvelles dispositions devraient augmenter leur nombre de façon importante.

À LIRE AUSSI: Vol de données chez Desjardins: rien pour calmer l’angoisse

Il faut cependant comprendre Equifax. Elle n’était pas prête à accueillir les inscriptions de centaines de milliers de détenteurs de comptes chez Desjardins. Mais elle a accepté de le faire malgré tout, se plaçant dans de beaux draps, et Desjardins aussi. Cette dernière aurait pu se fâcher : à la place, son coup de pouce sera bienvenu. Cela réglera le cas litigieux de dizaines de milliers d’autres sociétaires, et il faudra être patient. Si trop de gens se ruent sur leurs téléphones pour s’enregistrer, lundi, les parties seront coincées à la case départ.

M. Cormier le sait et il prévient déjà les coups. Encore là, il est prévoyant dans sa malchance. 

Il va plus loin même en offrant une couverture d’assurance de 50 000 $ en cas de vol d’identité, valable pour cinq ans au lieu de 12 mois. Cette prolongation est bienvenue puisque les vols d’identité peuvent se prolonger dans le temps, bien au-delà d’une année.

Et à l’automne, Desjardins doit dévoiler une solution « permanente » pour assurer la protection de données de ses membres, qui sera gratuite.

Guy Cormier tente fort de tourner cette calamité en occasion de prémunir ses clients affectés d’une protection particulière. Après deux semaines, il semble réussir son pari. Il doit être heureux que ce soit ne pas une source externe et hostile qui le place dans cette situation embarrassante.

Pierre Jury

Pas comme les tours Brigil...

ÉDITORIAL / Le plus récent projet du promoteur immobilier Multivesco rappelle le long et acrimonieux débat que la Ville de Gatineau a eu avec Gilles Desjardins pour son projet Place des peuples. Souhaitons que cela ne soit pas le cas.

Place des peuples, qui incluait un projet de deux tours de 35 et 55 étages sur la rue Laurier, face au Musée canadien de l’histoire, a déchiré pendant des mois la population de Gatineau. En fin de compte, le gouvernement municipal a tenu tête au promoteur et refusé de modifier le zonage pour ce coin de Gatineau que les résidants avaient rebaptisé «Quartier du Musée».

Pierre Jury

Anglade, première à sortir des blocs

ÉDITORIAL / Ainsi, Dominique Anglade est la première candidate à la direction du Parti libéral du Québec. La nouvelle arrive très tôt dans le processus de sélection d’un nouveau chef, qui se concrétisera en 2020.

Mme Anglade se présente avec de longs états de service professionnels : elle est ingénieure de formation et elle a œuvré pour quelques employeurs avant de passer en politique active en 2012, lorsqu’elle devient présidente de la Coalition avenir Québec. Mais après 18 mois et une défaite électorale dans la circonscription de Fabre, elle passe au Parti libéral. Elle séjourne pendant trois années dans le gouvernement de Philippe Couillard, élue lors d’une élection partielle à la suite de la démission de Marguerite Blais, qui a démissionné après le décès de son mari.

Pierre Jury

Iqaluit, prélude au sommet de Québec

ÉDITORIAL / Vendredi a pris fin la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne, à Iqaluit, au Nunavut. Certains ont fait les gorges chaudes du fait qu’à peine six des 13 ministres responsables de la Francophonie au pays se sont donné la peine de s’y présenter. En fait, ce n’était pas mieux l’an dernier, où ils n’étaient que six. C’était à Whitehorse, dans les Territoires du Nord-Ouest, un autre endroit décentré qui ne facilite pas les déplacements.

La faible participation est tout de même remarquable. 

Avec un gouvernement assez ouvert et une ministre Mélanie Joly qui s’est refait une virginité dans la Francophonie après un passage difficile au Patrimoine canadien, il y avait là des ingrédients pour assurer une participation soutenue. 

La raison du désenchantement ? 

L’élection de conservateurs dans plusieurs provinces qui ne sont pas a priori très ouverts sur le sujet.

Pierre Jury

Insubordination à la STO

ÉDITORIAL / Il y a quelque chose qui cloche à la Société de transport de l’Outaouais. C’est le moins que l’on puisse dire.

Deux chauffeurs ont fait l’objet d’enquêtes pour conduite avec les facultés affaiblies, l’un en novembre, le second, la semaine dernière. 

Le premier cas est survenu le 21 novembre dernier, en après-midi, à la station de la Gappe du Rapibus. Une plainte a été déposée au Service de la police de la Ville de Gatineau à la suite d’une plainte au service à la clientèle. Il n’est plus à l’emploi de la STO.

Dans l’autre cas, il est trop tôt pour connaître le dénouement. Mais nous savons ce qui s’est passé le 19 juin. Le chauffeur de l’autobus du circuit 93 a été immobilisé à la sortie de l’autoroute 50, où des policiers lui ont barré la route. L’employé a refusé de souffler dans l’ivressomètre. Il a été arrêté immédiatement, son permis de conduire suspendu pour 90 jours. Il a été suspendu le temps de l’enquête.

Le problème, c’est la manière que la STO a traité l’information, préférant se terrer derrière le silence plutôt que d’aviser la population tout de suite de l’écart de conduite de son employé. 

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Ce ne sont pas les politiques qui sont en cause. La Société de transport de l’Outaouais adopte une politique de tolérance zéro pour tous les employés qui occupent « des postes à risque élevé », c’est à dire où l’erreur de l’employé peut compromettre la santé ou la sécurité de la clientèle ou du public. Cette tolérance zéro est la bonne marche à suivre, comme ce l’est aussi pour les autres sociétés de transport du Québec, et même d’Ottawa. 

Ces cas ont été dépistés rapidement. Des passagers sont intervenus pour rapporter les cas à la direction, qui a contacté la police, qui a agi avec célérité.

La STO se défend à mots couverts en prétextant qu’elle a suivi les conseils de la police en ne dévoilant pas ce qui s’est passé. C’est suspicieux quand une grande organisation comme la STO s’inspire des pratiques secrètes de la police concernant des détails aussi publics qu’une arrestation en plein jour, compte tenu des informations qui sortiront nécessairement. La police a ses habitudes qui sont ancrées dans le secret, et cela la sert bien dans la plupart des cas. La STO a le devoir d’être bien plus transparente. 

Il y a un autre cas, non relié à l’alcool au volant, mais à la courtoisie d’un chauffeur. Au début de novembre, un chauffeur a traité une passagère de « salope » dans une altercation filmée par un quidam. Il a été remercié quelques semaines plus tard.

Les cas d’alcool au volant sont vraiment hors de l’ordinaire. La STO ne doit tolérer aucun passe-droit à ce sujet. Mais l’impolitesse du troisième chauffeur indique qu’il y a peut-être un problème sous-jacent à la STO. Un problème qui n’est pas du niveau de la présidente Myriam Nadeau, qui n’est qu’une victime qui se retrouve à être responsable compte tenu de sa fonction. Le problème semble davantage relever de l’administration intermédiaire. Il existe du laxisme au sein de la STO où les consignes sont mal communiquées aux chauffeurs et autres employés. Ou mal comprises, malgré la sévérité des conséquences. Deux cas d’alcool au volant, c’est du jamais vu qui doit être interdit avec plus de fermeté encore. Un atelier de rafraîchissement sur le sujet serait de mise. 

Quant au cas d’impolitesse, cela ne pourrait bien être qu’une question d’époque, où certaines personnes ne considèrent pas le sérieux de leurs actes. Cela se voit fréquemment sur les médias sociaux. N’empêche, cela doit cesser.