Sous la loupe

Assemblée nationale reprend ses travaux aujourd'hui et tous les yeux seront tournés vers Philippe Couillard. Le chef du Parti libéral fera son retour sur la colline parlementaire à Québec, cinq ans après son départ comme ministre de la Santé.
Si les travaux parlementaires ne génèrent pas beaucoup d'intérêt au sein de la population, les observateurs de la scène politique seront aux aguets... et tout particulièrement ceux qui travaillent pour le Parti québécois. Ce n'est un secret pour personne que la première ministre Pauline Marois songe à déclencher des élections générales ce printemps et la performance de M. Couillard devrait lui donner un argument de plus à ajouter dans la balance des pour et des contre d'une élection anticipée.
Jusqu'à tout récemment, Philippe Couillard avait eu une carrière sans trop de soucis. Aucune de ses campagnes électorales, en 2003, 2007 et 2013 ne lui a provoqué de maux de tête. Son autorité morale et son don pour les communications l'ont nettement placé au-dessus de la mêlée pendant ses années comme ministre. Il avait été l'un des ministres vedettes de la campagne de 2003 et les attentes envers le gouvernement de Jean Charest étaient énormes, surtout en regard aux promesses ambitieuses de régler les problèmes du système de soins de santé.
Bref, rien n'a entaché sa réputation pendant 10 ans en politique. Il n'y a que sa sortie, en 2008, qui a été inélégante, lorsqu'il s'est négocié un emploi dans le secteur privé pendant qu'il était encore ministre.
Son retour en politique active, à l'automne 2012, s'est aussi fait dans l'ambiance d'un noble qui daigne revenir servir ses sujets. Avant même qu'il ne confirme son intention de se présenter à la direction du Parti libéral, il dominait dans les sondages. La course lui est gagnée d'avance et il l'emporte dès le premier tour, sans surprise.
Normalement, le retour à l'Assemblée nationale aurait dû être son premier vrai test politique en cinq ans. Les Québécois ont hâte de voir s'il saura s'élever dans la fonction de chef de parti dans l'arène bien particulière qui est celle des travaux parlementaires. Des députés font parfois de bien bons ministres, mais de bons ministres font parfois de bien mauvais chefs de parti, et de bons chefs de parti font parfois de mauvais chefs de gouvernement. Rien n'est garanti à ce chapitre et il n'y a que le test de la réalité qui en fournisse des réponses.
La rentrée parlementaire sera cependant le second test du chef Couillard parce que la Charte de la laïcité s'est dressée sur son chemin au cours des derniers mois. C'est devenu son premier test et il n'en est pas sorti vainqueur. Sa valse-hésitation et le départ de Fatima Houda-Pepin du caucus libéral l'ont fait mal paraître.
Le travail au Parlement est particulier. Sa partie la plus évidente est sans contredit la période de questions pendant laquelle le chef de l'Opposition doit adopter le bon ton, accusateur sans être agressif, mettant en évidence les lacunes du gouvernement. Il doit avancer les pistes de solution sans trop en dire pour ne pas donner trop d'idées au gouvernement. Personne ne sait comment M. Couillard se débrouillera dans ce rôle bien différent de celui de ministre de la Santé.
S'il devait trébucher à l'Assemblée nationale comme dans le dossier de la Charte, cela fournira donc un argument de plus à l'équipe de Pauline Marois de déclencher des élections. Quelle sorte de meneur de campagne sera M. Couillard ? Son don des communications opérera-t-il encore dans le cadre bien différent d'une campagne électorale ? Quel rapport de proximité saura-t-il bâtir avec les électeurs aux quatre coins du Québec ? Comment se débrouillera-t-il lors d'un débat des chefs ? Comment gérera-t-il les inévitables crises qui surviennent inévitablement pendant une campagne longue d'un mois ?
Toutes ces questions forment le troisième test de Philippe Couillard. Avant de se rendre au troisième, place au second test, aujourd'hui, à Québec. Les yeux sont tournés vers lui.