Sotchi: le bilan

La page est tournée sur les Jeux olympiques de Sotchi, ils appartiennent maintenant à l'histoire. L'équipe canadienne de hockey masculin en a marqué un merveilleux point final avec une médaille d'or, miroir de la performance des femmes. Dans plusieurs autres sports, le Canada a livré des résultats plus qu'honorables. Au final, ses 25 médailles le placent au quatrième rang mondial, à la hauteur des grandes puissances que sont la Russie, les États-Unis ou l'Allemagne.
L'histoire olympique canadienne aux Jeux d'hiver se lit en trois temps. Des premiers Jeux en 1924 à 1988, de Chamonix à Calgary, le Canada a été un joueur marginal. La décennie 1992-2002 a marqué un éveil, fouetté par les anémiques cinq médailles de 1988, perçues comme un affront pour un pays hôte. En 1994, le total est passé à 13, 15 puis 17 en 2002. Enfin, le troisième temps naît de la perspective de Vancouver en 2010. Cela a provoqué en 2004 un coup de massue collectif alors que le fédéral, le Comité olympique canadien et les fédérations sportives ont mis leurs efforts en commun pour hausser de façon substantielle le financement des sports olympiques. Les athlètes ont vu l'appui fédéral quintupler, de 15 à 80 millions $. Cette infusion soudaine explique l'essor canadien aux Jeux de Turin, en 2006 (24 médailles), de Vancouver en 2010 (26 médailles) et de Sotchi (25 médailles).
Bref, l'argent achète des médailles... et Ottawa a emboîté le pas parce qu'il croit que cela renforce la fierté nationale (et accessoirement, met en veilleuse les velléités nationalistes du Québec).
Tout indique que la tendance qui s'est poursuivie à Sotchi continuera en 2018 et au-delà. La perspective d'accueillir une autre édition des Jeux olympiques, peut-être à Québec en 2026 - envisagée par le président du COC, Marcel Aubut -, nourrira cette ambition de faire encore mieux.
Bref, le Canada a pris sa place sur l'échiquier sportif d'hiver ; cela tombe sous le sens, compte tenu de notre climat. C'est plutôt la pauvre performance du Canada jusqu'aux années 1990 qui paraît aujourd'hui comme un anachronisme.
Si le Comité international olympique peut voir d'un oeil favorable une candidature canadienne pour 2026, chose certaine, la témérité de ses derniers choix fait sourciller. On avait espéré que les Jeux de Beijing stimulent un rapprochement de la Chine avec des principes de démocratie : raté. Les prochains Jeux d'été se tiendront à Rio de Janeiro, les premiers dans l'hémisphère sud : le pari reste à être tenu.
Pour Sotchi, le CIO s'était laissé charmer en 2007 - le choix de la ville olympique se fait sept ans avant les Jeux - par le chant d'une sirène appelée Vladimir Poutine. Il avait proposé un budget ambitieux de 13 milliards $, il l'aura multiplié par cinq. Sotchi s'est (re) construite, certes, mais au détriment de ses habitants qui vivent aujourd'hui entourés de palais de béton qui ont plus enrichi quelques amis du régime que ses bâtisseurs. À moyen terme, cela desservira le CIO en tenant à l'écart les villes qui craindront la débandade financière.
Il y a un an, personne n'anticipait qu'une loi homophobe en Russie ferait plus parler de Sotchi que les jeux eux-mêmes. La frilosité des administrateurs sportifs face aux questions politiques aura gardé le couvercle sur cette marmite une fois les Jeux amorcés. Depuis John Carlos et Tommy Smith, en 1968, aucun athlète n'ose se servir du podium olympique pour décrier l'intolérable ; combien de temps encore le CIO réussira-t-il à les faire taire ?
Pour le reste, les Jeux ont été un succès d'organisation technique. La menace terroriste a été tenue en échec par un bouclage à grande échelle. Une fois à l'intérieur de la zone olympique, tout a eu lieu à temps, dans des théâtres sportifs dignes des plus majestueux... mais à quoi serviront-ils dorénavant ? Les Québécois ont vécu l'expérience des éléphants blancs et peuvent sympathiser avec les gens de Sotchi qui se souviendront longtemps de l'ambition sportive de Vladimir Poutine.