Sondage révélateur

En campagne électorale comme à d'autres moments, les sondages sont des instantanées qui illustrent une situation éphémère. Seul l'accumulation dans le temps de ces portraits, ou des écarts substantiels, permettent de tirer quelques conclusions. Le plus récent coup de sonde de la présente campagne électorale au Québec, réalisé par Léger pour le compte du Journal de Montréal, affiche les données les plus révélatrices jusqu'ici.
Le Parti libéral serait confortablement en avance avec 40 % des intentions de vote, sept points devant le Parti québécois à 33 % ; Cet écart est de beaucoup supérieur à la marge d'erreur de 1,9 %, 19 fois sur 20. Il a été réalisé auprès de 3692 répondants sur Internet, permettant même une ventilation du vote par région.
Sans surprise, l'Outaouais loge solidement derrière les libéraux, doublant presque le score du PQ, 49 à 26. Le parti de Pauline Marois l'emporte dans quatre régions, les libéraux dans 12.
Ce sondage illustre que le glissement du PQ se concrétise réellement.
Les libéraux subtilisent des votes au PQ mais davantage encore à la Coalition avenir Québec dont les appuis auraient glissé à 15 % aujourd'hui. À l'élection du 4 septembre 2012, la CAQ avait récolté 27 % du vote, à peine 4 % derrière les libéraux et les péquistes. Le parti de François Legault, créé avec l'appui de l'homme d'affaires Charles Sirois, voulait profiter d'une ouverture qu'ils percevaient dans l'électorat : lassitude constitutionnelle, désaffection libérale après neuf années sous Jean Charest, et attirance vers des idées de droite. Dix-huit mois plus tard, cette ouverture semble s'être refermée. Depuis le début de la campagne, la CAQ recule. L'avenir dira comment ses appuis se répartiront à travers les 125 circonscriptions du Québec ; cela donnera une idée combien de sièges la CAQ pourrait conserver parmi les 18 qu'elle détient encore.
Là se terre la plus grande indication du résultat électoral du 7 avril... si la tendance se maintient.
Par ailleurs, le début de la campagne a été marqué par un grand coup, l'arrivée de l'homme d'affaires Pierre-Karl Péladeau dans l'équipe du Parti québécois. Le Québec compte sur les doigts d'une main les gens d'affaires de ce calibre. Qu'il fasse le sacrifice de ses entreprises pour une carrière politique, avec le regard scrutateur qui vient avec, est tout à son honneur. Qu'il ait choisi le PQ et livré publiquement une telle profession de foi souverainiste est d'autant plus renversant. Deux semaines plus tard, cette annonce semble pourtant coïncider avec le recul du parti de Mme Marois.
Ce qui devait être l'as dans la manche de la première ministre est devenu son joker qui plombe tous les pronostics. Le message péquiste a dérapé vers la tenue d'un troisième référendum. Tous savaient que les libéraux se serviraient de la menace référendaire pour conforter leur base fédéraliste. Sauf qu'en 2014, ils ont vu cette option leur être présentée tôt dans la campagne, et sur un plateau d'argent. Ils s'en sont servis allègrement et cela a permis au chef Philippe Couillard de cacher son manque d'expérience, son équipe à peine renouvelée, l'héritage pas lointain de M. Charest.
Le sondage Léger/Journal de Montréal survient à deux semaines du vote. Beaucoup d'eau coulera encore sous les ponts. Pauline Marois et François Legault ont redoublé leurs attaques à l'endroit des libéraux. Le ton de la campagne pourrait bien devenir encore plus acerbe alors que ce duo lutte de toute évidence pour sa survie politique. Le PQ n'est pas patient avec ses chefs. Quant à M. Legault, on s'interrogera vite sur son avenir si la balance du pouvoir lui échappe entre les doigts et si son programme de droite recule dans l'électorat.
Demain se tiendra un second débat des chefs, sur TVA celui-là. Cela marquera le blitz final de la campagne. Une campagne dans laquelle l'Outaouais tient une place plus effacée que jamais alors qu'il est bien possible qu'aucun des chefs des grands partis ne viennent même y mettre les pieds. Même pas quelques heures.