Le nouveau chef des troupes conservatrices, Andrew Scheer, a été chaudement applaudi par son caucus en Chambre, lundi.

Scheer? Harper avec un sourire

ÉDITORIAL / À la veille du congrès à la direction du Parti conservateur, plusieurs se doutaient que ce n'était pas tout à fait dans la poche pour Maxime Bernier, même s'il dominait dans les sondages. Favori de beaucoup... mais acceptable pour la majorité ? Les deuxièmes et troisièmes choix des 13 candidats le diraient.
C'est ainsi qu'Andrew Scheer s'est faufilé en tête, représentant systématiquement la solution de compromis des 141 000 membres votants. Progressivement, il a grugé l'avance dont jouissait M. Bernier à chaque tour. Au fil, le Saskatchewanais Scheer a coiffé le Beauceron par 51 % à 49 %. 
Andrew Scheer est peu connu. On l'a connu comme président des débats à la Chambre des communes, une tâche qui exige une personne conciliante, qui obtient le respect de tous les députés dont il doit modérer l'ardeur des débats. Son ton posé était à l'opposé des querelles partisanes entendues pendant les années de Stephen Harper (et avant).
Pendant la campagne à la direction, Andrew Scheer s'était hissé parmi les candidats de compromis. Lorsque la vedette de la télévision Kevin O'Leary s'est désisté, il avait le podium pas mal assuré. Mais il restait à voir comment le dépouillement départagerait les principaux candidats. Et à voir les scores de chacun parce que dans la course que tous anticipaient serrée, quelques éléments suffiraient pour changer la donne.
C'est ainsi que l'Union des producteurs agricoles, du Québec, a joué un premier rôle dans la campagne, aux côtés des défenseurs de la gestion de l'offre. Les gens de la terre se sont ligués pour combattre Maxime Bernier. Libertarien sur le plan des idées, M. Bernier s'oppose philosophiquement au rôle de l'État. Puisque sous le mécanisme de la gestion de l'offre, il contrôle les prix du poulet, du lait et des oeufs au profit des producteurs agricoles, Maxime Bernier ne pouvait appuyer cette idée. De la même manière, il s'oppose au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, qui gère ces industries au nom des consommateurs. M. Bernier favorise un libre-marché total et il a au moins le mérite d'avoir été ferme sur ses idées jusqu'à la fin. Même si elles lui ont donné un premier coup de Jarnac, samedi.
L'autre coup est venu des conservateurs sociaux au sein du PC. Ils militent contre l'avortement, le mariage gai, etc. 
Leur impact a sans doute été sous-estimé. 
Deux de leurs trois préférés ont affiché des scores étonnants dès le premier tout : ce sont Brad Trost et Pierre Lemieux. Ce dernier, député de Glengarry-Prescott-Russell de 2006 à 2015, a mené une campagne discrète, refusant les invitations d'entrevue du quotidien Le Droit. Mais de toute évidence, son travail a porté.
Vers la fin de la course, les appuis de MM. Lemieux et Trost ont penché vers Andrew Scheer. Pourquoi ? « Il est un catholique romain dévot », a expliqué M. Trost, à l'émission Power & Politics, sur CBC News. C'était la première qualité qui lui est venue à l'esprit. M. Bernier, un divorcé imprévisible, ne cadrait plus.
M. Scheer était le troisième pilier de la droite religieuse dans la course du Parti conservateur. Ils lui ont procuré la victoire au dernier tour.
Les comparaisons entre M. Scheer et Stephen Harper sont nombreuses. Préoccupé par l'économie d'abord, tiède face au rôle de l'État, et sensible aux enjeux de la droite religieuse. M. Harper en parlait peu, mais ne les appuyait pas moins. Andrew Scheer aura l'avantage d'un visage enjoué, souriant. Mais ses positions sont déjà bien campées pour l'élection de 2019.