Le salaire minimum est passé à 14 $ en Ontario cette semaine et selon qui on écoute, ce sera ou bien le paradis sur Terre, ou la fin du monde.

Salaire minimum, décision politique

CHRONIQUE / Le salaire minimum est passé à 14 $ en Ontario cette semaine et selon qui on écoute, ce sera ou bien le paradis sur Terre, ou la fin du monde. Même les économistes, divisés sur la question, ne nous aident pas.

Des employeurs prédisent le désastre de dizaines de milliers d’emplois perdus. Des militants anti-pauvreté se réjouissent qu’enfin des milliers de travailleurs auront des revenus plus décents. Évidemment, la vérité se retrouve quelque part entre les deux. 

Cela fait quelques années que le Canada est la cible de demandes pour hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure, une intention empruntée aux États-Unis, où les salaires sont bien plus bas encore. En mai 2016, nous qualifiions la demande canadienne de « beau slogan vide » car l’appel des mouvements de travailleurs n’était basé sur aucune étude sérieuse. Ce 15 $ rond sonne bien mais qui peut dire si c’est le bon chiffre ? Pourquoi pas 13, 14... ou 17 $ ?

Le gouvernement libéral en Ontario a emboîté le pas à ce mouvement et la première ministre Kathleen Wynne a ainsi annoncé une première hausse à 14 $ au 1er janvier 2018, suivie d’une autre à 15 $ le 1er janvier 2019.

Les avertissements lancés par les prophètes de malheur ont repris de plus belle cette semaine. Dans nos pages comme ailleurs, les médias tentent de faire le tour de la question. Mais on n’y arrive pas vraiment parce que les arguments vont dans tous les sens, souvent en fonction des convictions politiques des gens que l’on consulte.

À première vue, cette augmentation du salaire minimum aidera les quelque 1,5 million d’Ontariens qui travaillent au bas de l’échelle économique. À 11,60 $ l’heure, on vit bien mal à Ottawa. C’est encore plus vrai dans la région de Toronto où le coût du logement est encore plus élevé. La centaine de dollars de plus par semaine que représente cette hausse ne sera pas thésaurisée dans un matelas mais sera dépensée et fera à son tour rouler l’économie locale, générant des revenus pour d’autres entreprises et de nouvelles entrées de taxes et d’impôt pour les gouvernements. 

Cette analyse associée à la gauche économique est probablement ce qui a mû Mme Wynne. À noter que le Québec, aussi sous un gouvernement libéral, n’a pas fait le même calcul...

Par contre, la sagesse populaire nous pousse à croire que bien des PME, le réel moteur de notre économie, auront de la difficulté à absorber une hausse de 30 % du prix de sa main-d’œuvre qui travaille au salaire minimum. Et que diront les employés qui faisaient déjà 14 $ l’heure ? Eux aussi voudront des augmentations afin de maintenir l’écart avec leurs collègues qui entrent dans l’entreprise ! Tous ces frais plus importants seront-ils refilés aux consommateurs (stimulant l’inflation)... ou aux travailleurs eux-mêmes qui verront des emplois disparaître, ou leurs heures réduites ? C’est ce raisonnement qui pousse les grandes banques à prédire des réductions de dizaines de milliers d’emplois dès les prochains mois. Ça semble logique mais les économistes ne sont pas unanimes sur la question.

Ce que nous savons avec assurance, c’est que la décision de hausser le salaire minimum est d’abord et avant tout... politique plutôt qu’économique. Et que le calcul de la libérale Kathleen Wynne tient d’abord à sa lecture qu’elle fait de ses adversaires à l’Assemblée législative. Cette proposition populaire, comme l’élimination des frais de médicaments pour les moins de 25 ans ou la baisse des frais d’électricité, l’aide à gagner des votes en vue des élections de juin 2018. 

Cela compte bien plus que la logique des économistes.