Les 19 personnes qui ont voté contre le cimetière musulman à Saint-Appolinaire sont venues «refuser d'écrire une belle page de l'histoire du Québec et du Canada dans l'avènement du bien vivre ensemble», estime le CCIQ.

Saint Apollinaire, priez pour nous...

ÉDITORIAL / Peur, préjugés, racisme ou intolérance : peu importe les motifs à la base du refus de l'implantation d'un cimetière musulman à Saint-Apollinaire, les résultats de ce référendum ne donnent pas une bonne image au Québec. Même le Globe and Mail de Toronto s'est intéressé à cette histoire il y a 10 jours, tentant d'expliquer les circonstances d'un aussi gros débat pour une parcelle de terrain dans une si petite municipalité.
Le rejet de ce projet de cimetière est un triste chapitre dans nos relations avec la communauté musulmane, qui nous avait touchés dans sa tristesse et sa dignité en janvier à la suite de l'attentat à la Grande Mosquée de Québec. Après un tel échec, c'est à nos élus municipaux et provinciaux qu'il appartient de trouver une solution. Après tout, Philippe Couillard, Régis Labeaume et Denis Coderre avaient prononcé de belles paroles de solidarité et de compassion à la suite de ce drame.
Il ne faut pas grand-chose pour attiser les passions et diviser les peuples. Il a suffi du code de vie d'un petit village méconnu, Hérouxville, en 2007, pour créer une tempête médiatique à l'échelle de toute la province. 
Dans le cas de Saint-Apollinaire, il ne s'agissait que d'un cimetière. Pourtant, qu'y a-t-il de plus calme et de plus paisible qu'un tel endroit? Et qu'y a-t-il de plus normal que de vouloir être enterré dans un endroit auquel on peut s'identifier pour des raisons personnelles ou religieuses?
Vous êtes-vous posé la question? À quel endroit voulez-vous que l'on dispose de votre dépouille ou de vos cendres après votre décès? Faites l'exercice si vous n'avez jamais réfléchi à cette question... Vous voulez être incinéré? Mais que fera-t-on de vos cendres? Les envoyer au même cimetière qui a accueilli vos parents ou d'autres membres de votre famille? Les retourner dans votre région natale? Les disséminer dans le fleuve ou dans le Grand Nord? Les conserver dans une urne au-dessus du foyer dans le salon de vos enfants? Je vous mets au défi de me fournir la réponse. Votre réponse...
Je suis né à Rimouski, j'ai des parents dans le lot d'un cimetière à un kilomètre de la ferme où j'ai été élevé. Bel endroit pour aller dormir pour l'éternité. Mais non, la vie m'a amené ailleurs et je ne sais pas encore quoi faire de mes restes à la fin du grand voyage. Je ne sais pas, mais j'ai bien l'intention de choisir. Parce que la vie, c'est important, mais la mort aussi. Voilà pourquoi il est impensable qu'on ne puisse trouver un lieu pour le dernier repos de nos concitoyens d'origine musulmane. Ils sont venus de très loin. Il est cruel de les condamner à retourner dans leur pays pour y trouver un cimetière qui réponde à leurs souhaits. Et il est triste de voir qu'on a laissé à une petite poignée de gens le soin de décider pour tout le Québec de la façon d'accommoder cette communauté.
J'utilise délibérément le mot «accommoder» parce qu'il ne s'agit pas des accommodements qui ont tellement fait controverse au Québec depuis Hérouxville. Il s'agit d'utiliser un petit lot québécois dans un territoire immensément grand, pour accueillir, avec respect et amitié, les membres d'une communauté qui y a droit.
Que dirait Saint-Apollinaire de Ravenne des résultats de ce référendum dans un territoire baptisé à son nom? Lui qui vint d'Antioche à Rome avec saint Pierre, qui fut envoyé à Ravenne pour y prêcher la foi, et qui fut martyrisé à cause de sa foi?  Peut-être qu'il prierait pour nous et qu'il nous enseignerait une plus grande ouverture aux autres.