Le sénateur Don Meredith.

Rien d'honorable chez ce Meredith

ÉDITORIAL / Le Sénat n'avait certainement pas besoin de Don Meredith et ses propensions libidineuses. L'institution contestée aurait dû profiter d'un peu d'accalmies après tout ce qu'elle a traversé avec les Mike Duffy et compagnie. Mais entretemps, survient cette liaison d'une jeune femme, encore d'âge mineur à l'époque, et cet ancien candidat du Parti conservateur. Le Sénat arrivera-t-il un jour à tourner la page et à être reconnu pour le travail qu'il ne réussit à faire qu'épisodiquement ?
M. Meredith avait été nommé par Stephen Harper dont la feuille de route, pour plusieurs nominations partisanes, est plus que douteuse. Mais les problèmes du Sénat n'ont pas débuté sous M. Harper et à peu près tous les premiers ministres aimeraient revenir en arrière pour changer certaines de leurs nominations, au Sénat ou ailleurs. Il y a beau y avoir une enquête sommaire sur tous ceux qui sont susceptibles d'être nommés à une fonction ou une autre, personne n'est à l'abri d'une catastrophe. Même pas Justin Trudeau qui a mis en place les mesures de nomination les plus exigeantes à ce jour. Le temps dira si c'est plus judicieux. 
Le court passage de M. Meredith se classe au rang de ces catastrophes. Ministre du culte, militant de causes reliées à la jeunesse, il semblait afficher un certain nombre d'atouts pour diversifier les voix à la Chambre haute. Si quelqu'un avait pressenti un doute avec sa candidature, il n'a certainement pas parlé assez fort. En lieu et place, le Parlement s'est retrouvé avec un membre problématique autour duquel des rumeurs ont circulé quelques années à peine après sa nomination en décembre 2010.
Don Meredith n'a pas nié les faits sordides entourant les abus sexuels avec cette jeune femme, les attribuant à des « faiblesses morales » (« moral failings »). De sa bouche, cela sonnait davantage comme un manière de se disculper de toute réelle responsabilité. Ne sommes-nous tous pas susceptibles à des faiblesses passagères ? Quant à ses détracteurs, ils faisaient preuve de racisme, a-t-il laissé entendre.
Pendant au moins la moitié de son mandat, il a été un poids pour le Sénat.
 Il a été la cible d'un premier rapport interne en 2015, qui a mené à son expulsion du caucus conservateur. Puis, l'an dernier, une enquête de la conseillère sénatoriale à l'éthique a donné un autre rapport, soutenant qu'il avait violé le code d'éthique. 
Au moins deux sénateurs, Peter Harder et André Pratte, l'ont récemment exhorté à démissionner en raison de son comportement indigne d'un membre de la Chambre haute. Il n'a par exemple jamais offert d'excuses à sa victime, ni reconnu quelque problème que ce soit dans la gestion de son personnel de bureau.
Il a poussé l'élastique du Sénat à bout. Il a étiré les procédures au-delà de décembre 2016, ce qui lui garantit, lui qui aura passé six ans et quelques mois au Parlement... une pension de 24 000 $ par an à partir de ses 60 ans.
Tout récemment, après l'exhortation, les sénateurs sont allés jusqu'à la menace d'expulsion, une procédure exceptionnelle au Sénat. 
Même lorsqu'il a finalement offert sa démission au gouvernement, il a voulu se draper dans un voile de responsabilité qu'il avait ignoré jusqu'alors. Comme s'il faisait la chose honorable pour le Sénat, refusant la « guerre constitutionnelle ». Lui dont le comportement n'aura pas eu grand-chose d'« honorable » malgré son affection pour le titre...