Postmedia, propriétaire du Ottawa Citizen, entre autres, a acquis 22 hebdomadaires et annoncé la fin de 21 d’entre eux.

Qui s’inquiète des médias fragilisés?

ÉDITORIAL / Le paysage médiatique canadien a subi un choc, hier, alors que deux des grands groupes de presse de l’Ontario se sont échangé 30 journaux... pour aussitôt mettre la clef dans la porte.

Postmedia, propriétaire du Ottawa Citizen, entre autres, a acquis 22 hebdomadaires et annoncé la fin de 21 d’entre eux, plus la fermeture des quotidiens gratuits Metro Ottawa et Metro Winnipeg.

Torstar, propriétaire du Toronto Star, a pour sa part fermé trois des quatre quotidiens régionaux reçus de Postmedia, et huit hebdos. En plus, Torstar a annoncé la fin des gratuits 24 H Toronto et 24 H Vancouver.

Ce n’était pas une vente. La transaction n’incluait aucun transfert d’argent ou d’actions. 

En fait, les deux empires médiatiques ont simplement éliminé la compétition dans deux marchés. Dans la région de la capitale, cela signifie la fin de plusieurs hebdomadaires avec une longue tradition locale à Kanata, Orléans, Nepean, etc. Cela permet à Postmedia d’éliminer des journaux qui venaient gruger son marché publicitaire au profit de son compétiteur Torstar.

Cet échange permet à Torstar de faire de même autour de Toronto.

Une transaction gagnant-gagnant pour les deux compétiteurs. Mais perdant-perdant pour les quelque 300 employés des quelque 30 médias touchés, et pour l’information locale qui perd autant de voix dans ces communautés.

Mais c’est un air connu.

Le Québec a vécu de semblables bouleversements alors que le groupe Transcontinental a acquis 74 hebdomadaires de Québecor en 2013, pour en fermer 20 peu après et en revendre à la pièce depuis 2015. 

Le paysage des médias est en profonde métamorphose depuis l’émergence des médias sociaux et des informations en ligne. La population n’a plus le même appétit pour les journaux traditionnels. Cette désaffection touche télévisions, magazines, quotidiens et hebdos, à des niveaux et des vitesses différents. Parallèlement, les Google et autres Facebook ont accaparé l’essentiel des revenus publicitaires en ligne, fragilisant davantage les « vieux » médias. 

Mais disons que l’odieux de cette transaction Postmedia-Torstar est particulièrement frappant.

Plusieurs petits hebdomadaires n’étaient que des véhicules publicitaires, avec très peu de journalistes ou d’information locale. On ne pourra dans ces cas constater un déficit démocratique mesurable. Mais l’effet combiné de toutes ces fermetures et de ces réductions d’effectifs ne pointe que dans une seule et même direction : l’anéantissement à petit feu de nombreuses voix qui permettent au citoyen de s’informer sur son milieu. Depuis 10 ans, plus de 200 médias ont disparu à travers le pays, estimé la Ryerson School of Journalism.

Tant que ce ne sont que des médias locaux, les gouvernements ne s’en préoccupent pas. Le Québec et l’Ontario expriment des regrets, mais tardent à mettre en place des moyens de ralentir cette érosion. Comme si personne n’arrivait à trouver une voie pour le faire, tandis que les médias sont frileux de voir leur indépendance d’esprit questionnée par des aides gouvernementales qui sont pourtant courantes en Europe, par exemple. Quant au fédéral, il fait la sourde oreille, même face aux médias en situation minoritaire fort isolés qui crient famine. 

Attend-on que de grands médias soient touchés ? Des rumeurs de fermeture du Ottawa Citizen ont récemment circulé. Ce n’était sans doute qu’un ballon d’essai, mais c’est peut-être ce genre d’électrochoc, une capitale sans quotidien anglophone d’envergure, qui forcera le gouvernement de Justin Trudeau à s’interroger sur l’avenir de l’information au Canada.