Qui espionne le parlement?

ÉDITORIAL / Selon une enquête de Radio-Canada, des appareils espions des communications cellulaires ont été détectés autour du Parlement.
Cela survient alors qu'au Québec, la nouvelle commission Chamberland a amorcé ses travaux pour faire la lumière sur l'écoute électronique dont certains journalistes ont fait l'objet par les forces policières depuis plusieurs années, à leur insu. Maintenant, nous apprenons que les communications d'élus, de leur personnel et de tous les citoyens circulant dans les environs de la Colline parlementaire auraient aussi été espionnées. Pour qui, par qui, quand et où, ailleurs qu'à Ottawa? Le mystère demeure.
Justement parce que nous possédons bien peu d'informations, ce que les journalistes Brigitte Bureau et Sylvie Robillard ont trouvé demeure extrêmement préoccupant. Toutes les options sont sur la table.
La technologie qui permet d'intercepter les communications cellulaires est simple. Normalement, le signal de l'appareil est relayé à une antenne de télécommunications. L'appareil espion, parfois appelé «Stingray», s'insère discrètement entre le téléphone et l'antenne... comme s'il était lui-même une antenne. Au passage, toutes les informations des appareils sont interceptées. Jusqu'ici, cela se limitait aux métadonnées: numéro appelant, numéro entrant, heure, durée, géolocalisation, etc. C'est le type d'informations que les forces policières ont recueilli des appareils des journalistes Patrick Lagacé, Alain Gravel, Marie-Maude Denis et Isabelle Richer. Mais de nouveaux gadgets espions, plus puissants, pourraient même écouter les conversations, épier les textos, etc.
Les forces policières canadiennes doivent obtenir des mandats de la cour pour espionner les Canadiens. 
Mais dans les cas de pistage révélés ces dernières heures, le mystère demeure entier sur l'identité des personnes, des organisations ou des pays qui pourraient être derrière. 
Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a par ailleurs affirmé qu'aucune organisation canadienne n'y était mêlée. Nous parlons de la Gendarmerie royale du Canada, du Service canadien du renseignement de sécurité (le service d'espionnage) et sans doute aussi du Centre de sécurité des télécommunications. 
Cet aveu en lui-même s'avère exceptionnel parce que ces agences sont d'ordinaire très discrètes et refusent d'affirmer ou d'infirmer toute enquête, ni même les moyens qu'elle utilise. 
Auraient-elles pu camoufler des informations au ministre et accessoirement, au premier ministre Justin Trudeau? C'est là qu'il faut avoir une foi prudente dans les institutions nationales ainsi que les garde-fous dont elles font l'objet, comme le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité.
Si ce ne sont pas des Canadiens qui espionnent, qui alors? Des puissances étrangères? Du secteur privé? De quels pays? De quelles informations étaient-ils en quête? Selon les fabriquants des appareils espions, la Russie, la Chine et Israël auraient les capacités technologiques de telles interventions.
Au Canada, nous avons une sensibilité particulière sur la protection de la vie privée des citoyens. L'enquête ne doit pas être laissée qu'aux organisations jalouses des secrets d'État que sont la GRC, le SCRS et le CST. Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada doit également jeter un oeil scrutateur sur cette enquête afin d'informer la population canadienne des atteintes à la vie privée. Dans le monde ultra-secret de l'espionnage et du commerce des données personnelles, il représente l'un des plus solides remparts contre les invasions dont nous serons de plus en plus les cibles ignorantes.