Le ministre des Finances, Carlos Leitao, discute avec le premier ministre, Philippe Couillard, avant le dépôt du budget.

Qui croira les libéraux?

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard a déposé un budget assez fidèle aux valeurs de son parti, hier. Mais les libéraux auront-ils fait assez pour tourner la page sur les années d'austérité budgétaire lorsqu'auront lieu les prochaines élections, en 2018 ?
Le Parti libéral avait bien dit qu'il redresserait les finances publiques, et Philippe Couillard a réuni un triumvirat économique autour de Carlos Leitao, Martin Coiteux et Jacques Daoust dont les intentions étaient claires (seul M. Leitao a conservé son poste). Mais la véhémence de la restructuration de l'État québécois a dépassé ce à quoi les contribuables s'attendaient. Il y a eu une refonte majeure des structures gouvernementales et de façon plus cruciale, des coupures massives dans les budgets du Québec qui ont rogné les services aux citoyens, contrairement à ce que soutenaient les ministres. Le tollé a été majeur.
Si cela n'avait pas été de ces années de tourments, les Québécois auraient toutes les raisons d'applaudir le budget du ministre des Finances. Carlos Leitao propose un train de mesures qui allégeront le fardeau fiscal, appuieront le développement économique et social, tout en dégageant un troisième surplus budgétaire consécutif, à hauteur de 2,5 milliards $. La nouvelle exemption personnelle de base d'impôt représentera une économie de 55 $ pour 4,3 millions de Québécois, et la contribution santé sera remboursée. Les dépenses en santé et en éducation profiteront d'une injection supplémentaire de 4,2 %, et il y aura des investissements dans les réseaux de transport en commun et en technologie. Les entreprises applaudiront des mesures fiscales qui aideront les investissements. Le bas de laine que représente le Fonds des générations continuera de grossir.
Tout cela a été grandement rendu possible par l'élagage de l'État québécois de 2014 à 2016, promettait le ministre Leitao. Il a pu être encore plus généreux qu'il ne l'anticipait parce que l'économie québécoise se porte bien mieux que prévue. 
L'Ontario et le fédéral doivent envier cette performance. L'Ontario peine à sortir des budgets à l'encre rouge, malgré sa promesse d'y arriver l'an prochain. Quant au gouvernement de Justin Trudeau, il est fermement engouffré dans des budgets déficitaires sur la foi d'un programme d'infrastructures qui doit redonner de l'espoir à la classe moyenne.
Trois gouvernements, tous libéraux, mais trois trajectoires bien différentes.
Mais le Québec n'y est pas arrivé sans casser des oeufs. 
Les espoirs des malades que les services de santé allaient s'améliorer et les temps d'attente réduire, ils peinent à être exaucés. Nulle part la situation est elle aussi catastrophique qu'en Outaouais, qui n'est pourtant ni pauvre ni éloignée. Les services d'appui aux écoliers en difficulté ont été amputés aveuglément -- et le ministre des Finances l'avoue tacitement en réinjectant autant en éducation qu'en santé dans son budget d'hier. Mais des milliers d'enfants n'ont pas reçu l'aide académique et autres à laquelle ils auraient normalement eu droit ; des années de retard les attendent... s'ils peuvent même les rattraper. Rien n'est certain à ce chapitre.
Leurs familles passeront-elles l'éponge lorsqu'arriveront les prochaines élections provinciales ? Ou se tourneront-elles vers les partis d'opposition ? La réaction du Parti québécois, hier, a bien délimité le plan pour 2018 : il aurait fallu réinvestir dans les structures. La Coalition avenir Québec aurait préféré redonner aux contribuables. La voie centriste des libéraux s'avère encore la plus sage -- un équilibre entre dépenses, baisses fiscales et réinvestissements... mais les Québécois les croiront-ils encore ?