Le régime de Nicolas Maduro est réélu lors d’élections douteuses à la fin de l’année 2018.

Que faisons-nous au Venezuela ?

ÉDITORIAL / Dans quel bourbier Justin Trudeau nous a-t-il embarqués ? Car la situation au Venezuela prend bel et bien la forme d’un bourbier duquel le Canada ne pourra s’extirper facilement.

En suivant les traces des États-Unis, le Canada imite docilement son voisin du sud. Il met du même coup ses prétentions de servir comme agent de paix. Ce n’est pas conséquent avec sa position des 25 dernières années où le Canada agissait comme facilitateur de la bonne entente plutôt que comme belligérant.

Parce que c’est particulier ce qui arrive au Venezuela. Le régime de Nicolas Maduro est réélu lors d’élections douteuses à la fin de l’année 2018. C’est le plus récent chapitre d’une histoire tortueuse dans ce pays d’Amérique du Sud qui a traversé la révolution bolivarienne sous le président Hugo Chavez. Décédé à 59 ans d’un cancer, les années Chavez avaient été prometteuses sur le plan de la justice sociale et de la redistribution d’une richesse grandement basée sur le pétrole, quoique controversées par ses liens avec certains régimes totalitaires et une gestion des finances élastique.

M. Maduro a tout fait pour poursuivre les réformes de Hugo Chavez mais les forces vénézuéliennes commençaient à craquer de toutes parts. Surtout les recettes pétrolières qui avaient commencé à souffrir de la mauvaise gestion et de l’utilisation de ses profits à toutes sortes de fins, plutôt que d’être dirigées vers le Trésor public. Mais dès ses premiers pas au pouvoir, Nicolas Maduro est confronté à des crises alimentaires, inflationnistes et politiques qui font de Caracas la ville la plus meurtrière au monde. Cela pave la voie à l’entrée à l’Assemblée nationale de forces de l’opposition. La querelle prend une ampleur démesurée avec la suspension des pouvoirs de l’Assemblée nationale et l’usurpation des pouvoirs par la Cour suprême du Venezuela et une Assemblée constituante crée par M. Maduro.

En 2018, les élections présidentielles enregistrent le plus bas taux de participation électorale, estimé entre 32 et 46 %, selon diverses sources.

Avance rapide jusqu’aux dernières semaines de 2019 alors que Juan Guaido s’autoproclame « président en exercice » du Venezuela, le 23 janvier dernier. Il obtient aussitôt la reconnaissance des États-Unis, du Canada, du Brésil, de la Colombie et du Pérou.

Bon, les États-Unis, on peut comprendre, avec leur histoire d’immixtion dans les affaires internes de pays étrangers. Quoique cela ne soit pas tellement compatible avec Donald Trump et son Make America Great Again, et cette obsession de tourner son pays vers soi plutôt que vers l’étranger. Le Brésil aussi, avec l’élection récente du droitiste Jair Bolsonero. Mais le Canada ? Le Canada de Justin Trudeau ?

Pour le moment, toutes les énergies vénézuéliennes se concentrent sur le crucial appui de l’armée. Elle a pris position pour le régime Maduro, mais pour combien de temps ?

Justin Trudeau camoufle son silence derrière la crise des relations Chine-Canada, avec le congédiement de l’ambassadeur John McCallum, dans l’affaire de l’emprisonnement de Meng Wanzhou, de la multinationale Huawei. Les Américains ont justement déposé des accusations contre elle, hier.

Mais M. Trudeau ne pourra se taire bien longtemps.

Pourquoi s’est-il impliqué dans le conflit au Venezuela ? Le Canada ne pouvait-il pas rester sur les lignes de côté, comme il l’a souvent fait, et se servir de ce statut pour être un apôtre de la paix ? Qu’avons-nous à gagner, comme pays, à nous impliquer dans un conflit entre ces deux factions qui se guerroient depuis quatre, cinq, six ans ?