Prudence budgétaire

Le ministre des Finances Jim Flaherty prédit ces jours-ci un budget équilibré pour 2015. Ce n'est ni une surprise ni un engagement périlleux ; cela fait des mois que le fédéral planifie un retour à l'équilibre financier.
Encore en novembre dernier, devant les comités des finances de la Chambre des communes ou du Sénat, le ministre Flaherty avait fait la même prévision. « Nous aurons un budget équilibré d'ici environ 14 mois... et nous prendrons alors les décisions sur ce que nous ferons de ce surplus », avait-il avancé.
M. Flaherty, qui agit comme ministre des Finances depuis que les conservateurs ont repris le pouvoir en janvier 2006, est en train de suivre dans les traces de l'un de ses illustres prédécesseurs, le libéral Paul Martin, qui avait mené le Canada sur la voie des surplus financiers à partir de son budget historique de 1995.
Les deux l'auront fait un peu en raison d'importantes influences extérieures. Dans le cas de
M. Martin, cela a commencé avec la décote de la dette canadienne en 1994 qui a convaincu le gouvernement de Jean Chrétien de s'attaquer aux déficits historiques du pays depuis 1963. M. Martin l'a fait en diminuant les budgets militaires, en réduisant les transferts aux provinces, en s'appropriant les surplus de la caisse de l'assurance-emploi, en réduisant la fonction publique. En 1997, l'encre rouge était disparue.
M. Flaherty a trouvé sa motivation dans la crise financière de 2008 qui a viré un surplus financier de 13,8 milliards $ en un horrible trou de 55,6 milliards $ en 2009. Il s'agissait d'un affront inacceptable pour les conservateurs, qui se targuent d'être les meilleurs gestionnaires des fonds publics. Il s'est lui aussi embarqué dans une gigantesque opération de réduction de la fonction publique et des dépenses de l'État.
(Certaines de ses coupures ne commencent à peine qu'à s'apprécier, notamment les réductions des transferts aux provinces en santé, les baisses des prestations de l'assurance-emploi, certaines révisions organisationnelles de l'État, la réforme des prestations aux aînés, etc.)
Sous Stephen Harper, les conservateurs s'avèrent de fins calculateurs dans l'atteinte de leurs succès électoraux. Et depuis la dernière élection fédérale du 2 mai 2011, tout est mis en oeuvre afin de répéter leur victoire par laquelle ils sont devenus majoritaires.
Trois éléments extérieurs sont venus influencer leurs plans : le décès du chef néo-démocrate Jack Layton et son remplacement par le non moins efficace Thomas Mulcair, l'accession de Justin Trudeau à la tête des libéraux, et la crise au Sénat. Cette dernière pourrait n'être que passagère, du genre qui éprouve les gouvernements pendant une année ou deux mais qui ne serait pas ce qui fait balancer l'électorat. Ses adversaires à la Chambre des communes s'avèrent une menace plus coriace contre laquelle les basses manoeuvres des attaques négatives qui ont tant affecté Stéphane Dion et Michael Ignatieff, en 2008 et en 2011.
Une opposition plus efficace en 2015 par MM. Mulcair et Trudeau exige justement du présent gouvernement conservateur qu'il doive être si efficace dans sa gestion des finances publiques pendant ce présent mandat.
Les importantes réductions de dépenses fédérales et une reprise de l'activité économique aux États-Unis et en Europe pointent vers un rééquilibrage des finances publiques. La récompense, comme le prédit le ministre Jim Flaherty, doit survenir en 2015 sous la forme d'un surplus de 3,7 milliards $. Pour se donner une marge de manoeuvre supplémentaire, il a prévu un coussin de 3 milliards $, ce qui fait que le surplus de 2015 pourrait avoisiner les 7 milliards $, si tout va bien. Juste à temps pour la distribution des bonbons électoraux de l'automne 2015.
Entre-temps, il reste l'année 2014 et le budget que Jim Flaherty doit déposer ce printemps. Tous s'attendent à un exercice budgétaire sans éclat ; il garde les feux d'artifice pour l'année prochaine. Cette année, la prudence sera de mise. Vous l'entendrez encore souvent, cette marotte : prudence, prudence !