Michael Sabia, président et chef de la direction de la Caisse de dépôt, vendredi à Montréal.

Prudence avisée à la Caisse

ÉDITORIAL / Pendant quelques années, les Québécois ont scruté les rendements de la Caisse de dépôt et placement pour comprendre la débâcle de 2008, et pour voir si elle s'en sortait bien. Vendredi, la Caisse a dévoilé une performance en apparence modeste de 7,6 % pour l'année 2016. Surtout que le même jour, OMERS, le fonds des employés municipaux de l'Ontario, annonçait un score de 10,3 % pour la même période.
Y a-t-il raison de s'inquiéter ? Non... presque absolument pas. 
Parce que comme toute chose, les chiffres s'expliquent. Il y a une raison qui sous-tend ces performances assez différentes : grosso modo, c'est qu'OMERS a à plus que la moitié de sa cagnotte de 85 milliards $ investie dans le marché boursier. La bourse canadienne a bien performé l'an passé, et récompensé ses investisseurs. Mais cela avait été l'inverse en 2015. Le rendement d'OMERS joue donc plus au yo-yo que celui de la Caisse. Les retraités d'OMERS devraient d'ailleurs s'interroger ferme sur la stratégie de leurs gestionnaires. Ces actifs, ce sont le bas de laine collectif des déposants et ils doivent servir à payer des rentes à 470 000 retraités et employés du secteur municipal en Ontario. Ils doivent être gérés prudemment.
La prudence, c'est justement la voie qu'emprunte la Caisse depuis l'embauche de son directeur, Michael Sabia, en 2009. Il l'a répété encore vendredi. 
« Nous, c'est le long terme qui compte. Ce n'est pas la performance d'une année à l'autre », a-t-il lancé. 
Sa stratégie fonctionne. Au cours des cinq dernières années, la Caisse a vu ses actifs grimper de 10,2 %, Ceux d'OMERS sont à 7,9 %. Il vaut donc mieux étudier les placements sur une perspective à long terme, sur plusieurs années, que de chercher à faire un gros coup d'argent. 
Boudant un peu la bourse, la Caisse fait une large place aux investissements dans l'immobilier, les infrastructures et les placements privés. Pour bien diversifier son portefeuille, sa division Ivanhoé Cambridge a investi aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Asie-Pacifique. Les ports, ce n'est pas excitant mais ça rapporte et c'est le genre d'actifs que la Caisse considère avec soin.
Cette diversification mondiale nécessaire rappelle cependant que la Caisse, institution québécoise, doit aussi jouer un rôle dans l'économie du Québec. Encore là, tout est question de dosage. S'il y a inquiétude, c'est que le gouvernement de Philippe Couillard a embarqué la Caisse dans son projet de transport en commun REM à Montréal, le Réseau électrique métropolitain. Les administrateurs de la Caisse ont juré que serait rentable ce projet dans lequel ils injectent 3 des 5,5 milliards $ nécessaires. Mais jusqu'à quel point cet investissement est vraiment réalisé pour appuyer l'économie québécoise, pour générer un rendement pour la Caisse... et pas pour satisfaire les désirs du gouvernement de Philippe Couillard ? 
Le rendement, c'est l'indicateur du travail passé des fonds d'investissement. Ce qui importe encore davantage, c'est l'avenir. Vendredi, Michael Sabia a mis en garde ceux qui pourraient avoir de grandes attentes. L'élection de Donald Trump, aux États-Unis, et la décision du Royaume-Uni de quitter l'Union européenne perturberont les économies de ces pays, et parce qu'ils sont si importants, toutes celles de leurs voisins et partenaires. Le Canada est ciblé au premier chef puisque les États-Unis sont de loin notre principal partenaire commercial. Cela obscurcit la boule de cristal de la Caisse. Le message est lancé.