Le chef de l'Assemblée des Premières nations, Perry Bellegarde

Premières nations: à peine subtiles...

ÉDITORIAL / Comme d’autres organisations, l’Assemblée des Premières nations a fait connaître sa liste d’épicerie à l’aube de la campagne électorale qui doit mener au vote du 21 octobre. L’organisation tente de mener cet exercice de façon apolitique puisqu’elle devra travailler avec n’importe lequel des partis, ou du moins, des deux grands partis qui risquent de former le prochain gouvernement. Ce sont les libéraux et les conservateurs. Tous les autres militent pour la balance du pouvoir, dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire.

Mais Perry Bellegarde et les 634 communautés qu’il représente ne réussissent pas vraiment à demeurer apolitiques. Leur jupon rouge paraît trop. Il fallait le voir tout excité, il y a quatre ans, dans un ralliement politique à Ottawa, pour apprécier qu’il favorise, et de loin, l’élection du Parti libéral du Canada. L’Assemblée des Premières nations sortait d’une décennie difficile dans ses relations avec le fédéral et elle était juste contente de ne plus avoir Stephen Harper dans ses pattes. Cette fois, M. Bellegarde utilise un langage à peine voilé pour passer son message. 

S’il désire gagner des appuis des peuples des Premières nations, ce serait bien qu’il ne copie pas l’approche de M. Harper, a dit en résumé le chef de l’Assemblée des Premières nations.

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Stephen Harper n’avait pas beaucoup de sympathie pour les enjeux des autochtones, et cela s’est ressenti notamment avec l’émergence du mouvement Idle No More, en 2012 et 2013. Les libéraux de M. Trudeau les ont ciblés... avec succès. Huit candidats libéraux issus des Premières nations ont été élus, et leur principale voix au cabinet fut celle de Jody Wilson-Raybould, qui fut ministre de la Justice jusqu’à la débâcle de l’affaire SNC-Lavalin, au début de 2019. Elle se présente comme indépendante cette fois.

M. Bellegarde misait sur sa relation privilégiée avec Justin Trudeau pour établir de nouvelles bases de relations entre les peuples autochtones et le fédéral. M. Trudeau n’a pas seulement misé sur des candidats, il s’était engagé à améliorer la relation avec eux. Il s’était engagé à mieux respecter, les Premières nations, à mieux les consulter, à tenir une enquête sur les femmes disparues et assassinées, à mettre de l’argent dans l’éducation. Il a livré la marchandise à tous les niveaux, injectant 21 milliards $ en nouveaux investissements. Mais le résultat demeure couci-couça. Les relations avec les autochtones sont grandement améliorées, et ça se voit notamment dans les nominations politiques. Il y a eu un grand effort de choisir, dans les processus de nomination, des personnes qui avaient des accointances autochtones. Ce fut un juste retour du balancier qui a servi à effacer un tant soit peu un déséquilibre en place depuis la Confédération.

Sur la nomination d’un juge à la Cour suprême, ce que les autochtones souhaitent ardemment, ce vœu risque de s’opposer à celui des francophones qui désirent une cour pleinement bilingue...

M. Bellegarde désire poursuivre l’effort de rééquilibrage, sans trop vouloir le dire pour ne pas irriter les conservateurs. Il continuera de parler des enjeux autochtones, et ils sont nombreux. Les changements climatiques, la justice et les droits des autochtones seront au premier plan. La déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones sera aussi en tête de lice. Mais dans bien des communautés, l’accès à l’eau potable s’avère encore déficient. Perry Bellegarde devra parler des grands enjeux, tout en misant sur d’autres qui sont très près de la population. En cachant son penchant vers les libéraux en plus !