Le projet préliminaire de transport en commun sur rails pour l’ouest de Gatineau est encore loin d'être réalité.

Préliminaire... mais qui fait rêver

ÉDITORIAL / Le projet préliminaire de transport en commun sur rails pour l’ouest de Gatineau est justement cela : préliminaire. Il ne faut pas se réjouir trop vite. L’échéancier de 10 ans relève carrément de la chimère et il est bien, bien trop tôt pour parler d’un « service fréquent aux 5 minutes aux heures de pointe » et d’une desserte de « 42,6 % des résidences à distance de marche d’une station ». Cela ne sert qu’à épater la galerie et à convertir un peu plus ceux qui le sont déjà.

Il s’agit tout de même d’un « rêve éveillé » qui propose un circuit 100 % électrique qui doit desservir tout l’ouest de Gatineau. Ce qui n’a pas été dit, c’est qu’à terme, ce réseau sur rail rendra le Rapibus caduc. 

Quand les usagers auront apprécié la facilité et la convivialité du transport sur rail, le Rapibus s’avérera dépassé et ses infrastructures pourront alors être converties en réseau sur rail. Mais ne parlons pas trop vite : cela n’arrivera pas avant un bon 20 ans et le Rapibus approchera alors de son quart de siècle d’utilisation. Il sera temps de réfléchir à son avenir et les 255 millions $ qu’il a coûtés jusqu’ici seront de l’histoire ancienne.

Les oh ! et les ah ! de l’auditoire choisi de la Maison du citoyen, la semaine dernière, ont aussi obscurci les trois obstacles majeurs du plan tel que proposé. Ce sont le corridor patrimonial du Vieux-Aylmer, le pont Prince-de-Galles et le pont Alexandra. Chacun a ses caractéristiques propres. 

Le Vieux-Aylmer est toujours un casse-tête en apparence insoluble ; il faudra en repenser l’accès sur des bases nouvelles car les voies actuelles ne peuvent s’accommoder d’un nouveau corridor ferroviaire. 

Le pont Prince-de-Galles est un nœud qui dépend du bon vouloir de la Ville d’Ottawa, à qui il appartient. On l’enrubanne de belles paroles mais il faudra agencer les budgets et les calendriers pour que ça se fasse au moment où la Société de transport de l’Outaouais sera prête. 

Quant au pont Alexandra, c’est le plus gros écueil : certains ont dit, la semaine dernière, que le pont centenaire avait atteint la fin de sa vie utile mais cela reste à voir. Il faudra beaucoup de pressions politiques avant qu’il ne soit rénové. Et tant que cela ne sera pas fait, nous ne voyons pas comment on pourrait ajouter une voie double de transport sur rail... Et on veut faire terminer le transport sur rail à proximité du Centre Rideau ? C’est du délire.

Mais ce projet a du bon malgré tout parce qu’il fixe les choses dans le temps. 

Maintenant qu’il est connu, cela interpelle les élus du Québec et d’Ottawa. Il y a ces années-ci, au fédéral du moins, un gouvernement qui est très ouvert à des investissements en transport en commun. C’est un solide départ et la perspective d’une élection fédérale n’inquiète pas trop le premier ministre Justin Trudeau ni ses députés Greg Fergus et William Amos. 

Pour le Québec par contre, c’est plus difficile à dire. Si les libéraux de Philippe Couillard sont réélus, on sait qu’il y a une bonne entente avec la députée Maryse Gaudreault. Par contre, si la Coalition avenir Québec est choisie, cela ajoute un coefficient de difficulté dans l’équation.

Quant à la facture de 2,1 milliards $, il s’agit d’une « estimation préliminaire » basée sur des coûts dans d’autres régions du pays. Cela coûterait 3 milliards $ que nous ne serions pas surpris. Entretemps, tous les yeux seront rivés sur le futur train léger à Ottawa : outre un retard de quelques mois, la facture globale de 2,1 milliards $ a été respectée. Il reste le test de l’opinion publique : son succès ou son échec pavera la voie à l’opinion publique de Gatineau.