Le maire d'Ottawa Jim Watson.

Pourquoi ne se plaint-on plus ?

ÉDITORIAL / Le nombre de plaintes concernant les services en français à la Ville d'Ottawa a baissé de 72 % en 2016, ce qui a rendu le maire Jim Watson très heureux. En effet, à première vue, cela endosse son point de vue à l'effet que, d'un point de vue linguistique, les affaires vont bon train dans la capitale. Et qu'il n'est nullement besoin de modifier quoique ce soit dans le cours des choses.
Mais il est possible de considérer cette statistique, tirée du Rapport sur les services en français 2016, d'un tout autre point de vue. 
La députée d'Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, vient d'ailleurs de déposer devant l'Assemblée législative de l'Ontario, un projet de loi privée qui vise à enchâsser le caractère bilingue dans la loi constituante de la Ville d'Ottawa. Le débat est ouvert sur la réelle portée de cette pièce législative, et de ses chances d'être entérinée par le Parlement ontarien. Les lecteurs pourront se référer à notre éditorial « Un bien petit pas » (1er juin) et à sa réplique « Pourquoi #OttawaBilingue appuie le projet de loi Des Rosiers » (3 juin). 
Mme Des Rosiers espère que la question pourrait être rangée dès l'automne, puisque les travaux parlementaires cesseront sous peu pour la pause estivale. 
Le Rapport sur les services en français 2016 apporte peu d'eau au moulin dans toute cette discussion entre la communauté franco-ottavienne et les élus municipaux.
D'abord, comment expliquer la chute considérable du nombre de plaintes ? Le Rapport vante, sans en être certain, le fruit du travail en amont par les directions générales de la Ville d'Ottawa, tant dans la planification des services en français que dans les services offerts. 
Car il faut tout de même rendre à César ce qui revient à César. Depuis l'élection de M. Watson ont à peu près disparu les erreurs et omissions du français qui étaient constatées lors d'événements publics sous la gouverne de son prédécesseur Larry O'Brien. Ce dernier ne souffrait pas de francophobie, ni la machine administrative non plus, mais il ne soulignait pas l'importance du français. La langue officielle de la minorité à Ottawa ne faisait pas l'objet, semble-t-il, de rappels politiques et administratifs. On ne trébuche plus dans ces fleurs du tapis et le Rapport sur les services en français 2016 souligne plusieurs de ces rappels sous l'administration Watson. La Ville d'Ottawa ne « s'auto-pelure-de-bananise » plus, pour reprendre l'expression de l'ex-premier ministre du Québec Jacques Parizeau. 
Mais une autre théorie existe, et elle est moins tendre. Si les plaintes diminuent, ce serait parce que les citoyens s'en sont lassés. Parce qu'une fatigue collective s'est installée, parce que certains assidus du comptoir des plaintes ne sont plus au rendez-vous, ou encore, parce qu'ils sentent que le processus de plaintes ne provoque pas les changements escomptés. Après plusieurs essais, ils sont passés à autre chose. Le Rapport 2016 ne nous éclaire pas à ce sujet et les preuves ne sont qu'anecdotiques... dans un sens comme dans l'autre.
Cela fait l'affaire du maire Jim Watson. Il a joui d'un vaste appui au sein de la communauté francophone à chacune de ses élections. Il reconnaît la valeur du français, langue officielle, mais refuse d'aller plus loin. Les Franco-Ontariens essaient de le convaincre du contraire. Ils ne trouveront pas dans le Rapport 2016 des munitions en ce sens. Il faudra les chercher ailleurs, et peut-être que le projet de loi Des Rosiers, malgré sa timidité, est celui de la dernière chance en 2017.