La nouvelle chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, est d'avis que les plans de Laboratoires nucléaires canadiens sont «une insulte à l'intelligence».

Pourquoi ce silence autour de Chalk River?

ÉDITORIAL / Martine Ouellet est la seule chef de parti à Ottawa qui a osé parler du projet de dépotoir nucléaire à Chalk River, qui pourrait ouvrir dans trois ans. Le cri d'alarme qu'elle a lancé, cette semaine, devrait être repris par ses homologues fédéraux. Jusqu'ici, il n'y a que les élus locaux dans l'Est de l'Ontario qui ont posé des questions. Le processus de consultation bat son plein et la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) donnera son approbation finale, fin 2017 ou en 2018, si elle est satisfaite «que les activités n'auront pas de répercussions graves sur l'environnement».
Rien n'est moins sûr.
À tout le moins, le parrain du projet, Laboratoires nucléaires canadiens fait bien peu pour rassurer la population que Chalk River, à environ 200 km au nord-ouest d'Ottawa, est le meilleur endroit pour stocker du matériel radio-actif pour les générations à venir. 
Le concept génère des interrogations de la part d'élus locaux et de groupes d'intérêts comme le Conseil régional de l'environnement et du développement durable de l'Outaouais (CREDDO) et Sentinelle de la rivière des Outaouais. 
Mme Ouellet les a justement rencontrés, mercredi, ainsi que le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, pour connaître leur position sur le projet. Mais déjà, la nouvelle chef du Bloc québécois était déjà d'avis que les plans de Laboratoires nucléaires canadiens étaient «une insulte à l'intelligence».
De fait, il apparaît insensé d'installer des unités de stockage de résidus nucléaires près d'un cours d'eau crucial comme la rivière des Outaouais. En cas d'accident nucléaire, ce serait toute l'eau de ce cours d'eau qui serait contaminée, et celle du fleuve Saint-Laurent, en aval. Rappelons qu'un cinquième de la population du Canada vit le long de ces deux plans d'eau, entre Ottawa et l'estuaire du Saint-Laurent, ce qui inclut évidemment les agglomérations de Montréal et Québec.
L'alternative la plus sage, comme l'a proposée Mme Ouellet, serait de «trouver un endroit isolé et géologiquement le plus stable possible».
Ce qui signifie le plus loin possible d'un cours d'eau majeur. Spontanément, il faut penser à un endroit dans le nord des Prairies canadiennes, par exemple, où les populations sont clairsemées et les risques de secousses sismiques faibles.
Paradoxalement, ce n'est pas ce qui a été fait jusqu'ici. 
De la douzaine de sites de stockage de déchets nucléaires au Canada, 10 sont à proximité de plans d'eau majeurs, révèlent les cartes de la Commission canadienne de sûreté nucléaire. Six sont en Ontario: un sur le bord du lac Huron, et cinq près du lac Ontario, dans le corridor entre Toronto et Cobourg. Deux sont au Québec: un en Mauricie, près des anciennes centrales de Gentilly, et un existe déjà dans le corridor de la rivière des Outaouais, face à Deep River.
Mais la méfiance de la population s'est accrue avec la croissance du recours à l'énergie nucléaire. Il y a eu l'accident de Tchernobyl, en Ukraine, et en 2011, le tsunami au Japon qui a provoqué la fermeture hâtive de la centrale de Fukushima. Les autorités comme l'Association nucléaire mondiale ont beau rappeler qu'il n'y a jamais eu d'accident impliquant des déchets radio-actifs en plus de 50 ans, une extrême prudence est de mise dans le domaine. Le silence relatif qui entoure cette décision potentiellement cruciale pour la population de l'est du Canada n'est pas bon signe. Et la bloquiste Martine Ouellet ne devrait pas être la seule à tenter de secouer l'opinion publique et les autorités concernées.