La Ville d'Ottawa a pris une décision raisonnable en permettant l’implantation de magasins de marijuana sur son territoire, selon notre éditorialiste Pierre Jury.

Pot : une décision raisonnable

ÉDITORIAL / La Ville d’Ottawa a pris une décision raisonnable en permettant l’implantation de magasins de marijuana sur son territoire. La substance est légale et il faudra se faire à l’idée que si l’on veut couper l’herbe sous le pied au marché noir, il faut en permettre le commerce légal.

D’autant plus qu’il y aura des comptoirs de vente à Gatineau, à deux pas. Qu’il aurait pu en avoir d’autres en banlieue d’Ottawa. Alors en interdire la vente à Ottawa alors qu’elle est permise à proximité aurait créé un non-sens politique et administratif. 

Cela dit, il faut bien en encadrer le commerce afin d’éviter un laisser-aller potentiellement dommageable.

Le gouvernement progressiste-conservateur en Ontario a effectué un virage à 180 degrés sur ce que proposaient les libéraux avant eux. Ils permettront le commerce dans des établissements privés plutôt que des magasins affiliés à la LCBO, la Société des alcools de l’Ontario. Le Droit avait favorisé l’option des magasins privés, sans succès au départ. Nous soutenions que la vente de substances contrôlées, comme le tabac et l’alcool, se faisait déjà en Ontario, et qu’il n’y avait aucune raison de craindre le privé à ce point. Le gouvernement s’est donc rallié à notre position.

Il y en aura peu au début, que 25 comptoirs en fait. La Commission des alcools et des jeux de l’Ontario devra rapidement en considérer davantage afin de répondre à la forte demande pour les produits de la marijuana. 

Cela dit, pas question d’en permettre plus d’une trentaine dans la seule agglomération d’Ottawa, alors que les autorités municipales estiment que le marché potentiel du pot justifierait l’implantation d’entre 34 et 69 comptoirs dans la seule Ville d’Ottawa. 

Permettre la vente à aussi peu que 150 m d’une école — l’équivalent d’un pâté de maisons — nous semble aussi trop près. Les bannières pourraient être vues des institutions d’enseignement. Il serait sage de les éloigner un tantinet. 

La mécanique d’allocation des permis de vente se fera par tirage au sort, ce qui est bien, mais il est mal avisé de considérer la ville d’Ottawa comme un seul territoire comme le veut la réglementation actuelle. Ainsi, deux ou trois «gagnants» pourraient s’établir sur la même rue Bank, ou sur le chemin Montréal, créant une concentration regrettable de magasins de marijuana. Une situation que veut éviter la ville. Elle ferait bien de diviser son territoire en secteurs et n’y permettre qu’un commerçant chacun, dans un premier temps. 

Ces considérations ne vaudront pas pour le moment puisque les 25 comptoirs à la grandeur de l’Ontario seront loin de répondre à la demande des consommateurs. La procureure générale de l’Ontario, Caroline Mulroney, craint une pénurie : cette prudence est avisée. Nous avons vu les ruptures de stock au Québec. Il serait illusoire de permettre 100 magasins et devoir en interrompre la vente après quelques semaines, faute de matière première. Donc 25, c’est compréhensible dans un premier temps, quitte à les augmenter rapidement au fur et à mesure que la demande tient le coup.

Le commerce du pot implique de profonds changements pour la population, et plusieurs s’y opposent encore. Il faut les entendre et tenir compte de ces points de vue en rendant la substance disponible, mais pas universelle. Le Canada fait figure de pionnier à ce chapitre, mais c’est en écoutant tous les Canadiens que nous intégrerons ces magasins à nos pratiques commerciales et donneront un coup dur au marché noir.