La nouvelle ambassadrice des États-Unis au Canada, Kelly Craft

Polis, mais pas d’accord

ÉDITORIAL / Polis, les Canadiens le demeureront avec la nouvelle ambassadrice des États-Unis, Kelly Craft. Mais elle risque de trouver le temps long à défendre les positions extrêmes du gouvernement de Donald Trump.

D’ailleurs, ça n’a pas tardé. Dès sa première entrevue publique sur les ondes de la CBC, Mme Craft a été la cible d’une réplique immédiate de la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna.

À propos des changements climatiques, l’ambassadrice Craft a confié qu’elle « respectait les deux côtés de la science ». Une référence directe à l’effet que si les défenseurs de l’environnement ont leur lot de preuves, les climatosceptiques ont les leurs aussi. 

« Les deux côtés ont leurs propres résultats, tiré de leurs recherches », a-t-elle signalé. 

Au Canada, a rappelé la ministre McKenna, il existe cependant un large consensus que les changements climatiques existent bel et bien, que le rôle de l’homme y est intimement lié — bien qu’il y ait d’autres causes aussi —, et qu’ils ont des conséquences néfastes sur l’environnement. Ces preuves sont particulièrement évidentes dans les régions nordiques du globe.

Mme Craft, dont le mari est présenté comme un riche magnat du charbon du Kentucky, profitera sans aucun doute des tournées organisées par le gouvernement du Canada pour la communauté diplomatique. Cela les familiarise avec l’étendue de notre territoire, et avec la variété de défis du fédéral à desservir ces régions disparates et en unir les intérêts. Cela sert aussi à illustrer de façon très concrète les effets des changements climatiques dans les régions glaciaires. Elle pourra apprécier les effets délétères sur l’environnement qu’a eu l’industrie de son cher mari.

Le président Donald Trump n’en a que faire de l’environnement. Tant que ses terrains de golf sont à l’abri... le reste lui importe peu. Il a signifié que les États-Unis se retireraient de l’Accord de Paris sur les changements climatiques ; comme le premier ministre canadien Stephen Harper avant lui, les politiques sur les changements climatiques ne sont que des contraintes pour le secteur industriel. L’ambassadrice Craft trouvera bien peu d’oreilles sympathiques à ces positions au Canada, sauf peut-être aux réunions du Petroleum Club en Alberta...

Kelly Craft arrive à Ottawa alors que les relations canado-américaines ont atteint un de leurs creux historiques. La dernière fois, c’était lorsque George W. Bush avait fait des pressions pour que le Canada se joigne à l’effort de guerre au terrorisme en participant à une attaque « préventive » en Irak. M. Chrétien avait nettement laissé savoir qu’il n’en était pas question sans la collaboration des Nations Unies. Et les Américains et quelques pays alliés se sont embourbés au Moyen-Orient...

Depuis quelques mois, c’est sur la renégociation de l’Accord sur le libre-échange nord-américain que les discussions achoppent. Les dernières exigences des émissaires de M. Trump ont reçu des fins de non-recevoir très peu subtiles : pas question de revoir les conditions du Pacte de l’automobile, ni d’abandonner le système de gestion de l’offre auquel tiennent tant les producteurs laitiers et de volaille du Canada. 

Le fossé est si grand que les trois pays ont repoussé à 2018 la prochaine ronde de discussions ; cela laissera le temps à chacun des pays d’évaluer leurs positions et de faire les représentations politiques et commerciales nécessaires. 

Kelly Craft a assumé ses nouvelles fonctions lundi. Le climat est tendu. Sa défense à mots couverts des climatosceptiques augure un mandat difficile. Nous lui souhaitons un chaleureux accueil... et une ouverture aux points de vue du Canada qui sont bien différents de ceux auxquels elle a été confrontés jusqu’ici.