Des milliers de fonctionnaires fédéraux ne sont toujours pas payés en raison des échecs du système de paie Phénix.

Phénix : trois ans de cafouillage

ÉDITORIAL / Le troisième anniversaire de Phénix, si l’occasion appelle à une quelconque réjouissance, a été célébré cette semaine. Le système de paie du gouvernement fédéral est toujours aussi brisé qu’au premier jour. Des milliers de fonctionnaires sont toujours sous-payés, surpayés, ou pas payés du tout. Il s’agit d’une disgrâce que le gouvernement fédéral prend aujourd’hui au sérieux, mais qu’après des années de cafouillage et d’appels au calme.

Ce qui ne signifie pas que Phénix sera réglé sous peu !

Plusieurs sources ont mentionné deux ou trois ans encore avant que le litige ne soit balayé sous le tapis. Radio-Canada a même avancé une extraordinairement longue période de dix années, à partir d’un document interne du gouvernement. Si nous avons tendance à ne pas croire ce dernier estimé, il faudra plus que deux ou trois ans avant que l’aventure Phénix soit bel et bien derrière nous.

Phénix a commencé en 2009 à l’époque de la ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux Rona Ambrose. Le coût du transfert de la technologie vieille de 40 ans est fixé à 310 millions $, et devait mener à des économies récurrentes de 78 millions $.

Mais l’année suivante, la politique s’en mêle. Le premier ministre d’alors, Stephen Harper, promet 550 emplois à Miramichi, qui vient de perdre le registre des armes à feu. Ces emplois doivent remplacer les 2700 emplois de paie qui sont répartis à travers le pays. Bref, on réduit et on concentre : ce sont les premiers indices de cafouillage puisque l’on imposera à Miramichi des conditions que le centre de traitement des paies ne pourra juste pas satisfaire. 

Le transfert débute en 2015 et dès les premiers jours de sa mise en place pour 120 000 employés, en mars 2016, on note des défaillances.

Mais les libéraux, qui ont pris le pouvoir l’année d’avant, encouragent le passage des 170 000 fonctionnaires restants. C’est ce qui fait que les deux gouvernements, conservateur et libéral, ont leur part de responsabilité dans le fiasco Phénix. Le fiasco prend de plus en plus des couleurs libérales, alors que les correctifs apportés à Phénix ne suffisent tout simplement pas à endiguer le problème. Cela affecte principalement les travailleurs temporaires, les étudiants et ceux qui sont en congé.

Depuis, c’est la comédie d’erreurs. De trois mois en six mois, la machine bureaucratique est supposée régler des milliers de litiges. Ce n’est pas le cas. Le coût des correctifs, à ce jour, est de 645 millions $ et le nombre d’employés affectés à mettre en place le nouveau système de paie, dans 14 centres de paie, est rendu à 1500. On ne parle plus d’économies, mais de dépenses nettes pendant que le fédéral met en place un nouveau système de paie. 

Les syndicats crient à l’aide. Ils ont passablement raison quoiqu’un décompte plus précis du nombre de fonctionnaires qui ont des problèmes de paie serait apprécié. Combien ont des erreurs mineures — quelques dizaines de dollars en trop ou pas assez ? Des erreurs majeures ? Parce qu’entre temps, les syndicats donnent l’impression que des dizaines de milliers d’employés sont dans la dèche, ce qui n’est pas tout à fait vrai.

Il n’empêche que les employés de l’État ont raison de demander d’être rétribués à temps et de façon exacte. 

Avec ce troisième anniversaire, les Canadiens réalisent une fois de plus que leurs fonctionnaires ont de la difficulté à se faire payer. Il s’agit d’un rappel douloureux, mais exact de la situation.