Pas sérieux

Au Québec, la Commission de révision permanente des programmes a réglé le cas de la SAQ en 16 pages. Cela a suffi à l'ex-ministre Lucienne Robillard et à son panel pour conclure à l'«effritement» de la société d'État et à proposer un train de mesures pour la réformer.
Ce n'est pas sérieux.
La réforme de composantes majeures de l'État comme la Société des alcools du Québec mérite un examen bien plus serré. C'est bien peu reconnaître le travail que la SAQ (et ses formes précédentes) ont fait pour la commercialisation du vin et des spiritueux dans la Belle province. Si elle doit être démantelée (ce que la commission rejette, sans expliquer pourquoi) ou simplement réformée, un travail bien plus solide et soigné devra être réalisé.
Les comparaisons qui sont faites avec les autres provinces canadiennes, et certains États américains, mènent à quelques interrogations pertinentes... mais une conclusion bâclée, soutenue sur des faits partiels.
La SAQ a des coûts de fonctionnement plus importants qu'ailleurs: 21% de ses revenus, par rapport à autour de 15% dans plusieurs provinces canadiennes, et moins de 10% aux États-Unis. Ses coûts de main-d'oeuvre sont à 13%, par rapport à autour de 5% ailleurs.
Mais il ne suffit pas de lancer des chiffres désincarnés. Qu'est-ce qui explique l'importance des frais au Québec? Est-ce que les employés auxquels ils sont comparés sont aussi syndiqués? De quel genre d'employés voulons-nous pour la SAQ? Des gens qui rangent bêtement des bouteilles sur des tablettes ou des conseillers? La SAQ a pas mal mis fin aux premiers, dont les clients québécois avaient soupé. Ils ont été formés ou remplacés par une nouvelle génération d'amateurs de vins et de spiritueux qui tentent de transmettre leur intérêt pour ces produits. Cela ne se fait pas sans un coût certain.
Les fuites commerciales vers l'Ontario (90 millions$) sont bien observables; sont-elles un si gros problème? Ne sont-elles pas la résultante d'une gamme de prix différenciée? Car si la LCBO parvient à vendre ses vins moins chers en Ontario, c'est en grande partie parce qu'elle tire une plus grande partie de ses revenus de la vente de spiritueux.
Cela dit, la SAQ n'est évidemment pas à l'abri des critiques et des méthodes de gestion. Même si la SAQ est un monopole, elle subit diverses pressions de plusieurs côtés. La vente d'alcool du terroir est difficile, tout comme les importations privées. Son réseau de succursales est lourd et contraignant.
Toutes ces questions, tous ces arguments, le rapport de la commission Robillard ne les approfondit malheureusement pas.
La prémisse de départ de cette commission, la révision des structures de l'État, est souhaitable. Mais le rapport qu'il vient de pondre jette du discrédit sur tout son travail. Cela renforce l'impression que Lucienne Robillard et sa bande répondent en quelque sorte à une directive politique de charcuter l'État québécois afin de dresser la table pour le gouvernement libéral.
Depuis son élection, l'an dernier, le gouvernement de Philippe Couillard a été obnubilé par le redressement des finances publiques quoiqu'en soient les effets sur la population et sur le modèle québécois de services qu'elle s'est donnés. Le gouvernement donne constamment l'impression que son idée est faite sur ces services et sur le rôle de l'État.
Le rapport de commission Robillard ne fait rien pour atténuer cette impression et ne rend pas autant service au gouvernement que ce dernier ne l'espérait.