Vendredi, M. Trudeau a fait savoir que le Canada avait été averti à l'avance de l'attaque et qu'il appuyait « pleinement » cette intervention « limitée et ciblée ».

Pas mal pour un profane

Personne n'avait vu en Justin Trudeau le grand chef d'État dont l'autorité et la sagesse marqueraient le monde diplomatique. Les observateurs espéraient qu'il soit juste assez bon pour ne pas mettre le Canada dans l'embarras. À l'approche de ses 18 mois au pouvoir, et au lendemain d'une importante crise mondiale avec l'attaque américaine en Syrie, force est de constater que M. Trudeau se débrouille assez bien, en tout cas, bien mieux que les faibles attentes placées en lui.
Le dossier des relations internationales a démarré sur les chapeaux de roue dès les premiers jours après l'élection du 19 octobre 2015, avec le sommet sur les changements climatiques à Paris. La communauté internationale a bien remarqué le vigoureux coup de barre qui s'effectuait sous ce nouveau gouvernement.
Pendant quelques mois, toutes les sorties du premier ministre Trudeau à l'étranger donnaient l'impression des tournées de stars du rock avec des foules d'admiratrices criardes. C'était le Justin Trudeau des selfies. Mais sa politique réussirait-elle à aller au-delà de l'image, au-delà de l'égoportrait viral sur les médias sociaux ? Secouerait-il la réputation que les conservateurs de Stephen Harper voulaient lui coller, celle d'un homme « tout simplement pas prêt à diriger le pays » ?
Hé bien oui. Personne n'a plus de doute maintenant.
Encore une fois, plaçons un bémol. Justin Trudeau n'est pas le chef d'État qui impressionne par sa connaissance de l'actualité internationale. Mais il tire bien son épingle du jeu.
Dans le dossier syrien, il a su tenir le bon ton, le bon équilibre entre l'appui aux frappes américaines ordonnées soudainement par le président Donald Trump, et le durcissement progressif du Canada envers le régime de Bachar Al-Assad. 
Vendredi, M. Trudeau a fait savoir que le Canada avait été averti à l'avance de l'attaque et qu'il appuyait « pleinement » cette intervention « limitée et ciblée ». L'objectif était « d'affaiblir le régime » d'Al-Assad » et de « résoudre la crise en Syrie ». Quarante-huit heures plus tard, l'affaiblissement souhaité avait durci au point de souhaiter la fin du gouvernement de la famille Al-Assad. Ce n'est pas la première fois que le Canada, à l'instar de la communauté internationale, espère et souhaite un « changement de régime » en Syrie. Al-Assad fils ne s'est pas gêné de larguer des bombes sur son propre peuple, d'utiliser d'imparables armes chimiques, tout en tentant de placer la faute sur ses ennemis. 
Justin Trudeau s'est parfois montré malhabile avec les mots. Surtout en français, qui donne l'impression d'une langue seconde dans sa bouche (et pour son entourage de conseillers). Mais dans ce dossier, comme dans d'autres bilatéraux jusqu'ici, il n'a pas trébuché. En Allemagne, il a été le leader inspirant. Il s'est assuré de ratifier l'Accord économique et global avec l'Union européenne et vient d'y placer l'un de ses politiciens les plus brillants, Stéphane Dion. Parallèlement, il a aussitôt ouvert la porte à un accord économique avec le Royaume-Uni lorsque le divorce avec l'Europe sera prononcé. 
Et n'oublions surtout pas la première rencontre que Justin Trudeau a tenue avec le président Trump, le mois dernier. L'incertitude était grande quant au ton que prendrait cet entretien vital pour les relations économiques et politiques du Canada. Trudeau fils a paru charmer M. Trump qui compte aujourd'hui parmi ses partenaires fiables.
Pas mal pour un profane de premier ministre.