Justin Trudeau, premier ministre canadien

Parfum de scandale

ÉDITORIAL / Le gouvernement de Justin Trudeau est coincé avec une patate chaude qui lui collera à la peau pour toute sa vie. Ces bruits à propos de SNC-Lavalin, accusé d’avoir versé des pots-de-vin au régime Khadafi entre 2001 et 2011, le poursuivront même au-delà de l’élection d’octobre. Cela s’ajoutera au passif du gouvernement Trudeau qui comprend déjà la réforme du mode de scrutin et le pipeline de 4,5 milliards $.

Car il y a quelque chose de très suspicieux sur la rétrogradation — car c’en était une à n’en point douter ! — de Jody Wilson-Raybould qui est passée de ministre de la Justice au sein de son gouvernement, à ministre des Anciens Combattants. Lors du remaniement, elle a bien tenté de garder la tête haute mais un froid était bien perceptible entre elle et M. Trudeau. On ne pouvait l’expliquer. Nous venons probablement d’en obtenir la réponse. Mme Wilson-Raybould a poursuivi la ligne dure à l’endroit de SNC-Lavalin, alors que M. Trudeau semblait favoriser une solution mitoyenne baptisée « Régime d’accord de réparation » qui évitait à la multinationale québécoise de subir un procès... et de risquer de perdre le droit de soumissionner des contrats publics au Canada pour une période de 10 ans.

Cette interdiction de soumissionner aurait été un réel camouflet au visage de SNC-Lavalin, et c’est pourquoi l’entreprise a multiplié les démarches — pas moins de 250 contacts de ses lobbyistes — auprès du gouvernement Trudeau afin d’éviter un procès à la faveur du Régime d’accord de réparation. Le gouvernement s’est justement donné ce nouvel outil de discipline en 2018 dans l’espoir que des entreprises puissent déclarer volontairement leur culpabilité, sans pour autant la disqualifier de l’obtention de contrats d’approvisionnement.

Mais voilà, nous soupçonnons maintenant que la ministre Wilson-Raybould s’est opposée à ce Régime d’accord de réparation dans le cas de SNC-Lavalin, préparant la route à un procès.

Il y a là une énorme zone grise. Si le gouvernement s’est doté de ce nouvel outil qu’est le Régime d’accord de réparation, et que SNC-Lavalin s’y qualifie, pourquoi Mme Wilson-Raybould s’y est-elle opposée ? Y a-t-il d’autres faits que le public canadien ignore encore ?

Un procès pourrait coûter cher à cette entreprise de 50 000 employés, et on le voit juste avec le cours de ses actions. Il a atteint un prix plancher depuis 10 ans.

Le pétard est en train d’éclater entre les doigts de M. Trudeau. L’opposition a vu clair dans son jeu et lui demande des comptes. Elle lui propose de lever l’immunité ministérielle à laquelle tous les ministres sont contraints dans le but d’en savoir davantage. Même le commissaire à l’éthique vient de déclencher une enquête sur les allégations de pressions indues sur l’ex-ministre de la Justice.

Pendant ce temps, Judy Wilson-Raybould se terre dans un silence révélateur depuis que l’affaire a éclos.

Peu importe le verdict, cette histoire continuera de sentir mauvais pour le gouvernement Trudeau... et pour SNC-Lavalin. L’impression de pressions indues persistera dans l’entourage du gouvernement. Et cette affaire, qui commence à prendre des odeurs de scandale, lui collera à la peau jusqu’à l’élection d’octobre... et bien au-delà. C’est le prix accessoire que doit payer un gouvernement. Quant à SNC-Lavalin, elle continuera de voir son action être ballotée au vent et sa réputation être ternie pour des années.