Oui à Michaëlle Jean

Depuis quelques jours, Michaëlle Jean ne cache plus son ambition de succéder à Abdou Diouf à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie. À la lumière de ses états de service comme ex-gouverneure générale du Canada, tout porte à croire qu'elle pourrait s'acquitter de ces responsabilités avec intelligence, dignité et sensibilité. LeDroit lui confère ainsi un appui solide et enthousiaste.
Bien plus important, l'ex-journaliste de Radio-Canada doit compter sur les appuis du gouvernement du Canada, du Québec, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick, ainsi que d'une majorité de gouvernements étrangers.
C'est pourquoi Michaëlle Jean courtisait, cette semaine, les participants à l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, à Ottawa. Cette rencontre offre une occasion exceptionnelle de côtoyer plusieurs des représentants des 77 états, gouvernements et observateurs de la Francophonie, afin de se faire connaître, et de tisser des liens avec les plus influents d'entre eux. Ce sont évidemment ceux de la France, de la Suisse et de la Belgique, notamment. Ces pays, avec le Québec et le Canada, sont les principaux bailleurs de fonds de l'OIF, qui compte sur un budget de quelque 100 millions$.
Le Québec s'est clairement rangé derrière Mme Jean. Nous attendons un endossement tout aussi enthousiaste de la part de l'Ontario et de Madeleine Meilleur, la ministre responsable de la Francophonie.
Dans le cas d'Ottawa, la situation est beaucoup plus délicate. L'élection au poste de secrétaire général de la Francophonie s'avère un exercice éminemment politique. Le vote sera tenu lors du prochain sommet de la Francophonie, fin novembre, au Sénégal. C'est dans son pays natal qu'Abdou Diouf, qu'il a présidé entre 1981 et 2000, complétera alors ses 11 années en poste.
Les pays ne confient pas nécessairement leurs votes à la personne la plus compétente, méritante ou populaire. Plusieurs autres facteurs pourraient subtiliser des votes à Mme Jean. Et justement, les positions tranchées du gouvernement de Stephen Harper en politique extérieure pourraient lui nuire. Le Canada a revu ses politiques d'aide financière aux pays en voie de développement et plusieurs pays de l'Afrique francophone ont vu fondre les subsides de l'Agence canadienne de développement international. Ils pourraient voter pour n'importe qui d'autre, en l'occurrence le seul autre candidat, Jean-Claude de l'Estrac, ex-ministre des Affaires étrangères de l'île Maurice.
Christian Paradis, ministre du gouvernement Harper responsable de la Francophonie, endosse la candidature de Michaëlle Jean. «Elle a de bons atouts, elle sait rassembler, fine diplomate. Elle a tout ce qu'il faut», a-t-il confié. Mais le ministre des Affaires étrangères, John Baird, et le premier ministre Harper n'en ont soufflé mot. Nous pourrions leur reprocher leur silence. Cette discrétion pourrait tout aussi bien aider la cause de la Canadienne d'origine haïtienne, qui agit aussi comme chancelière de l'Université d'Ottawa depuis 2012.
C'est plutôt la perspective d'une défaite qui pourrait déteindre sur le gouvernement Harper.
Depuis quelques années, la communauté internationale se gratte la tête pour déchiffrer le virage canadien en politique extérieure. Le Canada ne s'est pas fait des amis sous Stephen Harper. Sa réputation de renégat dans la filière environnementale a terni son lustre. Ses appuis catégoriques envers Israël ont irrité. Il n'a pu remporter l'un des deux sièges au Conseil de sécurité de l'ONU en 2010. En novembre, Michaëlle Jean aura besoin d'une majorité de votes et le difficile souvenir du Canada l'ONU pourrait revenir la hanter.
Michaëlle Jean n'a jamais été élue, contrairement à MM. Diouf et de l'Estrac. Cette «omission» dans son parcours pourrait au contraire être perçue comme un atout au sein d'une organisation parfois trop politisée. Son indépendance d'esprit, son bagage à la fois de femme du sud et femme du nord sont des atouts pour justement faire le pont entre toutes ces communautés d'intérêts qui composent la Francophonie.