Le propriétaire des Sénateurs d'Ottawa, Eugene Melnyk

On gaspille le temps de Melnyk

ÉDITORIAL / Sans tout céder pour une bouchée de pain, les fonctionnaires ne doivent pas gaspiller le temps des Sénateurs d’Ottawa et de leur propriétaire Eugene Melnyk.

S’ils ont tout le temps du monde, ce n’est pas le cas de ce dernier. Le temps le gruge, gruge dans son bas de laine au point de mettre en péril l’avenir de la Ligue nationale de hockey à Ottawa. Il ne faudrait pas en arriver là!

La LNH est une grosse entreprise commerciale et chacun de ses clubs gruge une bonne partie des budgets discrétionnaires des familles et des entreprises, en laissant ça de moins pour d’autres activités. Des milliers d’Ottaviens n’ont aucun intérêt pour le hockey professionnel. C’est une question de goût et les soucis des millionnaires du sport — propriétaires comme joueurs — doivent être mesurés à l’aune des autres enjeux sociaux et économiques de la région. Ce n’est pas une raison pour gaspiller les sous du propriétaire en mesures dilatoires qui pourraient l’exténuer.

Ce message doit être compris à la table de négociations qui décide de l’avenir des plaines LeBreton où s’obstinent ceux qui croient en un nouvel amphithéâtre sur ce terrain désaffecté depuis 50 ans, et la Commission de la capitale nationale. La CCN partage avec la Ville d’Ottawa la responsabilité du redéveloppement des plaines LeBreton où ont grandi des générations de Franco-Ontariens, notamment. La CCN est la gardienne, en quelque sorte, des intérêts des contribuables canadiens. Cependant, elle s’est nettement rangée en faveur du projet des Sénateurs d’Ottawa et du groupe RendezVous LeBreton, il y a presque deux ans. Il est temps que ça avance. 

Jeudi, les deux parties ont annoncé qu’elles en étaient venues à une entente-cadre sur la valeur des terrains des plaines LeBreton. Il faudra attendre encore plus d’un an avant l’accord final et global. À ce rythme, ce n’est pas avant 2020 que les premières grues s’activeront sur ces terrains d’une grande valeur, à deux pas du Parlement. Le titre de notre page Une, vendredi, était fort juste: il y a loin de la coupe aux lèvres. On est loin des projets en accéléré, ces fameux «fast-track»!

Bref, ça traîne, ça traîne. Des mois se gaspillent à négocier. On comprend M. Melnyk d’avoir des gestes d’impatience!

Les Sénateurs traversent une passe difficile. La relance du club toussote. Une reconstruction partielle pointe son nez à l’horizon. Ce n’est rien pour stimuler la vente de billets et les revenus du club. Il manque 3000 fans à chaque partie, c’est 100 000 $, 150 000 $ qui n’entrent pas. Ce n’était pas catastrophique à une époque mais M. Melnyk n’a plus les ressources d’avant. Sa fortune au sein de l’entreprise pharmaceutique Biovail, aujourd’hui reprise par Valeant, n’est plus ce qu’elle était. Il semble que l’essentiel de sa fortune consiste justement en le club de hockey et son amphithéâtre de Kanata. M. Melnyk multiplie les manoeuvres pour économiser de l’argent mais ça commence à paraître dans l’expérience des matches à domicile. Il n’a pas trop coupé le budget sur la glace car ce serait suicidaire. Mais il est impatient — on le serait à moins! — et tient des propos maladroits parce qu’il est mal conseillé. Ses menaces voilées de déménager les Sénateurs, il y a six semaines, ont irrité les amateurs sur lesquels il doit compter. 

Eugene Melnyk est coincé entre l’arbre et l’écorce... et voit les mois s’égrener par des fonctionnaires tatillons. S’il ne peut leur dire, disons-le à sa place. Ce temps gaspillé représente autant de revenus perdus pour assurer la survie à long terme des Sénateurs à Ottawa. Tous doivent en être bien conscients.