La cour d'appel fédérale a bloqué le projet de l'oléoduc Trans Mountain, jeudi dernier.

Oléoduc: c’est le monde à l’envers

ÉDITORIAL / Le gouvernement de Justin Trudeau a misé sur le pipeline Trans Mountain... et a perdu. C’est quasiment 4,5 milliards $ dans le dalot.

Le pire, c’est que ce sont des communautés autochtones — et des inévitables mouvements environnementalistes — qui lui ont servi cette leçon. Lui, le premier ministre qui a le plus fait pour se rapprocher des autochtones du pays, voilà comment ils le remercient.

La décision de la Cour d’appel fédérale a été reçue comme une tonne de briques par l’administration Trudeau, qui en a déjà plein son assiette avec les discussions sur le renouvellement de l’ALÉNA, à Washington. De toute évidence, il ne s’y attendait pas et c’est toute une épreuve pour lui, personnellement et pour son gouvernement. De quoi le faire regretter d’avoir acheté ce pipeline ! 

Mais ce qui est fait est fait. D’ailleurs, la vente a été authentifiée par son propriétaire, Kinder Morgan, ironiquement dans les minutes qui suivaient la décision de la Cour d’appel. Rappelons que ces 4,5 milliards $ paient le pipeline existant, mais pas son projet de prolongation, qui coûterait un autre 7,4 milliards $. Ce second pipeline triplerait la capacité de transport de la ressource pétrolière de 300 000 à 890 000 barils par jour. 

Le Canada s’est impliqué dans cette aventure en croyant que ce ne serait qu’un investissement temporaire, le temps de calmer la donne et de s’assurer que tout baigne. Là, tout ne baigne pas. Cette défaite change la donne : les travaux sont stoppés pendant que l’on considère la prochaine étape.

Le principal reproche au fédéral, c’est l’absence d’une réelle négociation avec les Premières Nations. Cette ronde avait davantage pris la forme d’une consultation plutôt qu’un échange. Venant des libéraux de Justin Trudeau, cela est particulièrement déconcertant. Son gouvernement consulte, consulte et consulte encore, au point où d’importantes décisions sont engluées dans la mélasse bureaucratique. Rappelons les délais de nomination du nouveau commissaire aux langues officielles, par exemple. Là, il s’est fait dire qu’il n’a pas consulté comme il faut ? C’est le monde à l’envers.

Devant un tel constat, il faut que les libéraux le remettent à l’endroit. Parce qu’un vieil oléoduc sans son complément, un oléoduc flambant neuf pour combler ses lacunes, c’est très cher payé. 

Le gouvernement de Justin Trudeau doit donc engager un réel dialogue avec les six communautés autochtones concernées. Il n’y a que par là que s’amorcera un retour à la normalité. Il faudra du temps, mais il n’a pas le choix. 

Ce gouvernement a été élu en tenant le double discours de l’environnement et du développement pétrolier. C’était illusoire. Les observateurs savaient bien qu’un jour, ça ne s’additionnerait pas. Que l’équation pétrole des sables bitumineux et environnement grince comme une vieille bicyclette rouillée sous la pluie. Le refrain a duré trois ans, ce qui demeure prodigieux dans les circonstances. Là, Justin Trudeau doit redémarrer le dialogue avec les communautés autochtones concernées. Il doit aussi ouvrir son jeu et reconnaître l’impact du trafic accru de 600 % dans le détroit de Georgia, particulièrement sur la population d’épaulards menacés. 

Ça prendra du temps, et le gouvernement de Justin Trudeau n’en a pas. Mais par la voie d’un dialogue transparent que s’ouvrira une porte de sortie dans le dossier de l’oléoduc Trans Mountain, la seule viable pour que le gouvernement redonne de la valeur à son investissement de 4,5 milliards $.