Philippe Couillard a procédé au plus important remaniement de son gouvernement.

Nouveau vernis à Québec

ÉDITORIAL / La santé et l’éducation sont les deux grandes priorités des électeurs. Et c’est au ministre des Finances de départager les priorités de chacun. Quand ces trois grands ministres conservent leurs postes au sein d’un gouvernement, peut-on parler d’un réel nouveau visage ? Pas vraiment. C’est pourtant ce que tente de faire croire le premier ministre du Québec Philippe Couillard.

Gaétan Barrette, Sébastien Proulx et Carlos Leitao occupent encore aujourd’hui les mêmes postes que la veille. Les deux premiers gèrent des budgets de 18 et 37 milliards $, sommes allouées par le dernier. Les mêmes voix, des proportions similaires : il n’y a que le ton du message qui change. Après l’austérité, le Québec est passé aujourd’hui à la « transformation ». En fait, M. Couillard n’avait pas le choix de vouloir imprimer un nouveau discours pour le Québec. Les contribuables se lassent de voir les mêmes visages livrer les mêmes messages. Aux élections de 2018, cela fera 15 années de règne libéral sur le Québec -- l’intermède de 18 mois du Parti québécois avec Pauline Marois aura été trop court pour marquer les esprits. Le premier ministre a ainsi voulu donner un vernis neuf à son gouvernement et faire dévier toute allusion à une administration usée, fatiguée, en panne d’idées et d’énergie. Comme une couche de peinture sur un vieux mur qui craque...

Certes, il y a de nouveaux visages, cinq en tout. La plus grosse promotion, et la plus inattendue, est sans contredit celle d’André Fortin, le député de Pontiac propulsé ministre des Transports, une tâche importante dans un coin de pays où les routes sont malmenées par le climat... et un passé de corruption dans les industries qui les bâtissent. En Outaouais, les attentes seront grandes pour qu’il apporte les correctifs demandés par la population concernant la sécurité de l’autoroute 50, et prépare le dossier de son élargissement futur. La population n’a pas oublié que l’un de ses prédécesseurs, Robert Middlemiss, n’avait pu livrer la 50 pendant ses quatre années en poste entre 1990 et 1994, bien qu’il n’était que « délégué » aux Transports, avec des responsabilités limitées.

Les rumeurs de promotion entourant M. Fortin étaient toujours liées à la survie de Stéphanie Vallée au sein du cabinet. Ministre de la Justice, elle a été la cible de nombreuses rumeurs de démotion l’an passé, alors que le système de la justice ressentait les effets de son sous-financement et des procès avortés par l’arrêt Jordan. Mais elle a réussi à négocier des réinvestissements majeurs dont nous commençons à voir les bienfaits aujourd’hui. Cela aura grandement contribué à sauver sa peau. 

Son maintien au cabinet signifie au passage que l’Outaouais compte deux voix au conseil des ministres, une situation enviée qui n’est pas arrivée souvent. Souhaitons que ce tandem saura faire pression pour régler LE grand irritant des gens de l’Outaouais, un sous-investissement en santé qui provoque des attentes inacceptables. 

Philippe Couillard a quand même procédé au plus important remaniement de son gouvernement. Il a intégré quelques nouveaux visages, mais dans des postes assez mineurs. La plus intéressante nomination concerne le ministère de la Culture et des Communications. 

Marie Montpetit tiendra-t-elle le même discours sur la taxation de Netflix ?

Pour le reste, le remaniement tient du brassage de cartes. Le premier ministre espérera que des gens connus (Kathleen Weil, Pierre Moreau, Pierre Arcand, David Heurtel, notamment) seront revigorés par leurs nouvelles fonctions. 

Pour l’essentiel, l’atout des libéraux tient à la marge de manœuvre retrouvée sur le plan des finances qui leur permettra de distribuer des chèques un peu partout, et ainsi faire oublier l’austérité de leurs premières années.