Les conseillers membres du comité d’urbanisme ont bien entendu les arguments de la population, très majoritairement opposée au nouveau centre de services de l’Armée du Salut.

Non à l’Armée du Salut à Vanier

ÉDITORIAL / Ce mercredi, le conseil municipal d’Ottawa doit se prononcer sur le projet d’un refuge de l’Armée du Salut dans le secteur Vanier. Il doit refuser la proposition même si cela signifie aller à l’encontre de l’avis de l’administration et du comité d’urbanisme. Sur la foi de quel argument? Celui voulant que les dés étaient pipés d’avance en faisant de ce déménagement une simple question d’urbanisme et d’aménagement du territoire alors que ce refuge de 350 lits aura des impacts socio-économiques substantiels qui n’ont pas été appréciés à leur juste valeur.

Oh, les conseillers membres du comité d’urbanisme ont bien entendu les arguments de la population, très majoritairement opposée au nouveau centre de services de l’Armée du Salut. Des dizaines et des dizaines de citoyens ont défilé pendant trois jours, la semaine dernière, pour dire aux élus pourquoi ce déménagement de la basse-ville vers Vanier s’avérait une mauvaise idée. 

Mais ces derniers les ont rejetés du revers de la main pas parce qu’ils étaient insensibles mais parce qu’ils n’avaient pas à se préoccuper des conséquences de ce déplacement au sein d’une communauté déjà désavantagée. 

Longtemps un bastion de la population ouvrière francophone à Ottawa, Vanier accueille aujourd’hui une part grandissante de nouveaux arrivants et d’autochtones qui rendent difficile la relance du chemin de Montréal. 

Le conseiller Mathieu Fleury, comme son prédécesseur Georges Bédard, essaie d’appuyer les initiatives d’embellissement du secteur, incluant la réduction des comptoirs de prêteurs sur salaires (payday loans) qui perpétuent les îlots de pauvreté. L’intention de l’Armée du Salut d’acheter un motel du chemin de Montréal pour y concentrer ses services aux démunis va dans le sens contraire des efforts depuis une décennie à Vanier. 

Tous s’entendent que les populations défavorisées qui errent sur la rue York sont une balafre au visage du centre-ville d’Ottawa; déplacer ces services essentiels ne réjouit aucun des quartiers qui pourrait les abriter, Vanier pas plus que les autres sites potentiels dont l’Armée du Salut s’est faite bien discrète de partager. À cet égard, le conseiller Fleury et la communauté qui sera touchée pour des générations ont été bien peu consultés au préalable. Le dossier a été mal engagé et il n’est pas étonnant que les tensions demeurent à la veille du vote du conseil municipal.

Le comité d’urbanisme a voté 6-3 en faveur du déménagement à Vanier. Entre autres, donc, parce qu’il a éliminé les analyses de nature socio-économiques. 

La politique ottavienne cède une grande influence à ses comités et cela tiendra du tour de force de convaincre les 15 autres élus du conseil, qui ne sont pas nécessairement familiers aux arguments des deux parties, de renverser à la fois la recommandation des fonctionnaires et du comité. Le maire Jim Watson a déjà dit qu’il était en faveur du déménagement.

Le temps file pour ceux qui tentent d’influencer le vote. Mais en balayant sous le tapis les raisons de nature sociale et économique qu’encaisseront les résidants, le conseil municipal d’Ottawa ne peut prendre une décision éclairée. Les élus ne peuvent ignorer les impacts socio-communautaires d’un centre de services comme celui de l’Armée du Salut sur le tissu de Vanier. Si le dossier a respecté les règles administratives –  et encore... –, le conseil doit rejeter le projet tel que présenté afin d’en mesurer toutes les conséquences. 

S’il ne le fait pas, il verra son autorité transférée à la Commission des affaires municipales de l’Ontario. Et les conseillers devraient être jaloux de conserver leur pouvoir décisionnel plutôt que de le refiler vers un tribunal administratif formé de non-élus.