La conseillère municipale Nathalie Lemieux

Nathalie Lemieux, bien inconfortable

ÉDITORIAL / La conseillère municipale Nathalie Lemieux s’est placée dans de beaux draps au cours des derniers jours. Il reste à voir quelle suite elle voudra donner à cette histoire. Ce sera sa décision.

Mais la conseillère du quartier Touraine aura de la difficulté à s’extirper de cet imbroglio qui conjugue trois de ses commentaires. Il y a d’abord ceux concernant les musulmans, « ces gens-là », un peuple qui « ne s’intègre pas », « qui font beaucoup de choses mal, avec leurs camions et toutes ces choses-là, et c’est normal d’en avoir peur ». 

Puis, il y a ses excuses à demi-mot : des excuses qui n’en sont pas vraiment. Elle était plutôt « désolée que [ses] propos aient pu choquer ou blesser ». Mais elle reprenait aussitôt sa rhétorique de la victime : « Je trouve très injuste d’être jugée sur quelques mots... » Elle dit avoir demandé un délai au maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, qui lui a refusé. « Cette liberté d’expression est-elle en péril ici, chez nous, à Gatineau ? » 

Enfin, il y a ces mots sur le fait que « c’est possible que la Terre soit plate. Qui a décidé que la Terre était ronde et pourquoi le croire lui ? »

Les premières paroles s’apparentent à une pensée raciste qui n’a pas sa place dans le discours public à Gatineau, pas plus qu’au Canada. C’est la raison pour laquelle il y a eu un tel branle-bas, au cours de la fin de semaine. Plusieurs ont appuyé ses propos qu’ils ont associés à la liberté d’expression. Même si les quelque 8000 musulmans qui vivent à Gatineau s’intègrent plutôt bien. Invoquer la liberté d’expression pour attaquer toute une communauté n’a pas sa place. S’il y a, dans le monde, de nombreux endroits où l’islam provoque des heurts avec les communautés d’accueil, ce n’est pas le cas parmi nous. Il s’agit d’une nuance qu’il est important de faire, et nous nous attendions à ce que la mairesse suppléante fasse les nuances idoines.

Quant à ses phrases sur la rotondité de la Terre, elles posent des problèmes sur les sources d’information que valorise la conseillère Lemieux. Ce sont des sites Internet qui en appellent aux sombres théories du complot et qui ne génèrent de l’intérêt que parmi une minuscule frange de la population avide d’idées bizarres ou loufoques, bâties sur des « preuves » douteuses. 

Nathalie Lemieux se retrouve isolée autour de la table du conseil. Ses prochaines interventions seront teintées d’allusions à peine cachées sur la Terre plate et sur le racisme que ses propos ont déchaîné. Elle trouvera le temps long et sa chaise, bien inconfortable.

+

Le vérificateur général du Canada, Michael Ferguson

MICHAEL FERGUSON

Le vérificateur général du Canada est décédé à 60 ans, samedi. Comme ses prédécesseurs, notamment Sheila Fraser qui l’a précédé, Michael Ferguson s’est illustré par sa probité et la force de ses rapports.

Ses années n’auront pas été marquées par la même verve que Mme Fraser, qui a eu à gérer le scandale des commandites. Mais son audit sur le système de paie Phénix, « un échec incompréhensible de gestion et de surveillance », passera lui aussi à l’histoire. 

Nous nous rappellerons aussi tout particulièrement de la vitesse avec laquelle il a appris le français, à son arrivée à Ottawa. Il ne l’avait pas appris pendant ses années au Nouveau-Brunswick, sa province natale, et sa nomination avait suscité un tollé. Mais moins d’un an après, il se débrouillait déjà fort bien. 

Il prouvait alors à tous les fonctionnaires qu’il était possible d’apprendre une langue officielle au Canada, même dans la cinquantaine.