Michaëlle Jean ne quittera pas sans une bonne bagarre.

Michaëlle Jean s’organise...

ÉDITORIAL / La riposte de Michaëlle Jean pour un second mandat à titre de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie commence à s’organiser. Elle a reçu un appui timide, mais un appui malgré tout, du président du Sénégal, Macky Sall, avant-hier. C’est un premier pas qui fracture l’unité continentale de l’Afrique et qui augmente ses chances de renouveler son mandat, ce que Le Droit souhaite.

Au cours des derniers mois, ses chances de réélection paraissaient minces. On ne lisait que des attaques à son endroit. 

Là, c’est un premier appui public que le premier ministre Justin Trudeau a su obtenir de son vis-à-vis sénégalais, ce qui secoue le nouvel ordre mondial que ses adversaires tentaient de mettre en place. 

Mme Jean n’a pas encore d’adversaire... connu. On chuchote cependant en coulisses que ce pourrait être la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo. Elle a déjà reçu un appui de taille, celui d’Emmanuel Macron, président de la France.

Et la cinquantaine d’autres gouvernements de l’OIF de prendre parti au cours des prochains mois.

Le prétexte du désaveu de Michaëlle Jean ? Les dépenses « somptueuses » : 500 000 $ pour la rénovation de l’appartement de fonction, une note d’hôtel de 50 000 $ du Waldorf Astoria à New York, un piano de 20 000 $ et une facture de 1 million $ pour la randonnée d’une réplique du vaisseau du XVIIIe siècle, l’Hermione. À de telles notes de frais, on peut évidemment faire dire ce que l’on veut. La rénovation de l’appartement aurait mené à des économies de 570 000 $ sur quatre ans, par exemple... Où est la vérité ?

La vérité, c’est que Michaëlle Jean n’a jamais été la candidate de la France, habituée de tout avaliser en ce qui concerne l’OIF. Et voilà qu’au terme d’un mandat, la France besogne fort pour trouver une remplaçante — plutôt qu’un remplaçant — à Mme Jean. 

Ce travail de sape des Français s’avère aussi étonnant qu’il arrive après un seul mandat de Michaëlle Jean. Jamais un secrétaire général n’a été interrompu si vite. Y a-t-il suffisamment dans le passif de Mme Jean pour qu’elle doive s’avouer vaincue après un seul mandat ? 

Outre l’appui de M. Trudeau, il y a celui de Philippe Couillard. Il a été solide jusqu’ici, mais pourrait ne rien vouloir dire lors du prochain sommet de l’OIF, en Arménie, en octobre. Il surviendra une dizaine de jours après l’élection québécoise et François Legault, le chef de la Coalition avenir Québec, est demeuré muet sur cette question. 

Et puis, au Québec, l’appui à Michaëlle Jean est toujours obscurci par la question nationale. Louise Beaudoin, ex-ministre québécoise des Relations internationales, a récemment posé la question ainsi. « Le fait qu’elle soit Québécoise et Canadienne ne devrait pas lui procurer l’appui automatique des libéraux, à Québec comme à Ottawa. Pas plus que ses faits d’armes à titre de gouverneure générale du Canada et son ardent fédéralisme ne devraient la disqualifier automatiquement auprès des indépendantistes québécois. C’est sur son bilan qu’il faut juger la secrétaire générale sortante. » Pour ajouter aussitôt : « Les extravagances de son train de vie aux relents monarchiques, qu’elle a été incapable de défendre, ont eu pour effet de discréditer son action à la tête de l’OIF. » 

Elle, du moins, a clairement établi lequel était son camp. D’autres le feront au cours des prochains mois. 

Mais Michaëlle Jean ne quittera pas sans une bonne bagarre.