Marijuana : et la mise en oeuvre ?

ÉDITORIAL / Des milliers de Canadiens partagent d'énormes réserves quant à la légalisation de la marijuana, malgré l'intention bien décidée du gouvernement de Justin Trudeau d'aller de l'avant. Dans les rangs des sceptiques, nous pouvons aussi ajouter les provinces qui se retrouveront sous peu avec plusieurs responsabilités dans le domaine.
Certes, les provinces hériteront du même coup un pouvoir de taxation pour compenser leurs dépenses mais y en aura-t-il assez ? Rien n'est moins sûr. Les provinces sont inquiètes et ont raison de l'être. Elles ont l'habitude de se faire délester des responsabilités sans entrées financières équivalentes... et se dépêchent d'en refiler aux municipalités lorsque l'occasion, à son tour, lui est possible. 
L'inquiétude provinciale vient aussi du peu de collaboration du fédéral dans le domaine. La collaboration fédérale-provinciale ne semble pas dans l'ADN des libéraux de Justin Trudeau. Ils ont pas mal l'attitude de décider des choses en catimini, sans consultation, dans leur tour d'ivoire de la Colline parlementaire, puis d'envoyer le message à leurs « subalternes », les provinces. Du moins, c'est comme ça que ça a l'air. Il a quelques mois à peine, ils ont dicté leurs directives aux provinces dans le renouvellement du financement de la santé, sans un réel effort de négociations avec les provinces. Peut-on blâmer ces dernières d'accueillir sans enthousiasme la future légalisation de la marijuana ?
En plus que dans ce domaine comme dans d'autres, ce sera aux provinces d'avoir le fin mot sur la distribution, sur l'âge légal d'achat (18, 19... 21 ans ?), sur les campagnes de prévention et leur financement, sur les mesures de répression auprès de ceux qui vendent à des mineurs, sur la formation des policiers qui devront dépister les traces de marijuana sans ivressomètre, etc. C'est beaucoup d'angles à couvrir en peu de temps, alors que Justrin Trudeau planifie un commerce légalisé dès le 1er juillet 2018 !
Les provinces ont semblé prises au dépourvu avec cet échéancier. S'attendaient-elles à une année de plus pour la mise en oeuvre ? Est-ce un signe du dialogue de sourds entre le fédéral et les provinces dans ce dossier ?
Au Québec, en tout cas, le gouvernement de Philippe Couillard donne l'impression de s'être traîné les pieds sur cette question. Peut-être que les résistances de certains ont freiné leurs ardeurs - le ministre des Finances, Carlos Leitao, ne semblait pas personnellement favorable à la légalisation. Ce n'est pas une raison pour ignorer cette initiative fédérale. 
Le Parti québécois a lancé la pierre à leurs adversaires libéraux, qui le méritaient bien. Ce sont eux qui forment le gouvernement après tout, et il est de leur devoir d'être prêt à toute éventualité. 
À leur décharge, l'Ontario n'est pas beaucoup plus prêt que le Québec. Quant au PQ, il a vu là un autre exemple du dysfonctionnement fédéral-provincial, et une raison de plus pour la séparation... 
Dommage que personne, dans les rangs des provinces, n'a songé à recourir au Conseil de la fédération. Voilà justement une table de discussion où les provinces auraient pu concerter leur réponse à un gouvernement fédéral qui, s'il n'envahit pas les compétences provinciales, bouscule le statu quo sans chercher le dialogue. 
La légalisation de la marijuana remet en cause des politiques de longue date au Canada, et indispose bien des gens. 
Justin Trudeau respecte sa promesse électorale et son projet de loi C45 paraît bien construit. Quant à la mise en oeuvre...