Marijuana : il faut partager

ÉDITORIAL / À un an de la légalisation de la marijuana au Canada, de nombreux débats ont cours: médecins, propriétaires de dépanneurs, travailleurs sociaux, usagers, politiciens, psychiatres, etc. nourrissent la conversation. Ces échanges arrivent à un bon moment. Il ne faut pas attendre à la dernière minute pour se faire entendre et espérer infléchir les politiques publiques. doit se faire maintenant, bien en amont de l'entrée en vigueur de cette politique controversée.
Sous Justin Trudeau, le Parti libéral du Canada ne s'est pas caché de son intention de légaliser la marijuana. Celui qui allait devenir premier ministre l'a répété constamment pendant la campagne électorale de 2015, sans grande réaction dans l'électorat. Comme si les Canadiens s'étaient généralement faits à l'idée que l'opinion publique était rendue là sur cette substance qui a été démonisée pendant des décennies. Pour bien des gens, ce virage idéologique exige de grands efforts d'adaptation.
L'idée était celle de M. Trudeau qui s'en est entre autres servie à des fins politiques pour ravir des votes au Nouveau Parti démocratique, qui jouissait de forts appuis dans les sondages en 2015. Beaucoup de Canadiens semblaient prêts à rejeter le Parti conservateur alors dirigé par Stephen Harper. Les libéraux devaient se démarquer du NPD et ils ont espéré ainsi doper le vote des jeunes, traditionnellement peu enclins à voter, et ravir le pouvoir. Pour cette raison et pour d'autres, la stratégie a fonctionné. Maintenant, il faut concrétiser la promesse, et cela s'avère plus ardu.
Le fédéral a déposé un projet de loi basé sur le solide travail d'un groupe de réflexion dirigé par l'ex-ministre de la Justice Anne McLellan. Majoritaire aux Communes, la première étape d'adoption du projet de loi ne posera pas problème. C'est une fois rendu entre les mains de ce Sénat renouvelé par M. Trudeau, imprévisible parce libre de toute attache partisane, que ce sera plus ardu.
Les provinces ne sont pas friandes de cette initiative non plus. D'abord parce que plusieurs politiciens ne sont pas chauds à l'idée de la légalisation comme tel. Mais surtout, parce que ce nouveau libre-marché du pot leur est tombé du ciel et que ce sont les provinces qui doivent tout l'organiser. Comme pour la santé, le fédéral dresse les grandes lignes mais c'est au provincial que toute la mécanique s'arrime. Où vendre? À quel âge? Quelles sont les mises en garde? Quels moyens utiliser pour contrôler la vente et alerter les usagers des dangers? Comment dépister la mari au volant? 
Sages, quelques provinces consulteront la population. Le Québec amorce son processus sous peu, l'Ontario a promis de le faire aussi. Sa première ministre Kathleen Wynne a aussi confié qu'elle consultera toutes les provinces sur leurs intentions, question de bien s'arrimer au plan national. Car pour celles qui ne seront pas prêtes pour une mise en oeuvre au 1er juillet 2018, Ottawa a déjà son plan. Les libéraux ont de vieux réflexes de fédéralistes centralisateurs et sur cette question comme pour le Transfert national en santé, son idée est déjà faite. 
Dans toute cette redéfinition d'une substance hallucinogène autrefois condamnée et maintenant mieux tolérée, tout le monde doit y trouver son compte. Les provinces n'ont pour l'instant que des soucis et nul gain malgré la collaboration que le fédéral exige d'elles. Justin Trudeau devrait rappeler cette réalité à son ministre des Finances, Bill Morneau, que dans ce fédéralisme de partage, les avantages et les responsabilités doivent échoir également d'un côté comme de l'autre.