Nous pouvons croire que la folie des premiers jours s’estompera rapidement, comme ce fut le cas dans les États américains qui l’ont déjà légalisé.

Marijuana : il ne reste que l’espoir

ÉDITORIAL / À 24 h de la légalisation de la marijuana au Canada, il demeure plusieurs zones grises qui inquiètent beaucoup la population. Cela ne devrait pas être le cas à l’aube d’un des plus profonds changements législatifs au pays. Tout devrait être transparent. Mais il est trop tard pour réagir sur les questions de fond, quoique ce serait bienvenu que nos gouvernements nous rassurent.

Ainsi, il serait souhaitable que le premier ministre Justin Trudeau prenne la parole pour appeler au calme la population... et les usagers. Il devrait rappeler les objectifs de la légalisation dans notre pays où le nombre de consommateurs connaît des records mondiaux, ainsi que les mises en garde concernant le cannabis. Cette substance, qui a été interdite pendant près d’un siècle, ne sera pas légalisée sans une série de conséquences dont certaines sont encore insoupçonnées aujourd’hui. Cela crée de l’inconnu, voire des craintes bien réelles chez certains.

L’une des principales concerne la sécurité routière.

Il demeure de larges pans d’incertitude quant à l’effet du cannabis sur l’organisme, sur le nombre d’heures que la substance reste dans le corps humain. La manière dont elle est consommée, simplement fumée ou bien utilisée sous une autre de ses formes, provoque de larges différences sur le taux de THC, de nombreuses heures après l’inhalation ou l’ingurgitation.

L’Association canadienne des chefs de police a illustré qu’elle pouvait compter sur environ 850 agents de la paix formés pour la détection du cannabis chez les usagers de la route, alors qu’elle estimait en avoir besoin de 2000. Le Canada est un très vaste pays et assurer une couverture complète du territoire relève d’un tour de force impossible dès la première journée de la légalisation du cannabis, voire de la première année !

Dans sa manière bien à lui de faire les choses, le Canada partage avec les provinces et les municipalités la responsabilité de la commercialisation du cannabis. Ainsi, la consommation sera permise ici, mais sera interdite là, selon les préférences des élus. C’est à en perdre son latin.

Par exemple, le Québec permet la consommation dès l’âge de 18 ans, mais le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec pourrait porter la limite à 21 ans, comme il le préfère. En Ontario, ce sera 19 ans. Ce sont autant d’obstacles à la mise en place d’un nouveau régime législatif qui se voudrait simple, ordonné et logique d’un océan à l’autre.

Dans la région d’Ottawa-Gatineau, aucun magasin n’ouvrira ses portes, mercredi matin. Parce que l’Ontario, qui avait prévu l’ouverture d’un nombre limité de dispensaires sous la gouverne de la Société des alcools et des jeux, a changé son fusil d’épaule avec l’élection d’un gouvernement conservateur. Ainsi, il y aura des magasins, mais en avril seulement. Entre temps, seule la vente via Internet sera permise. Dans l’ouest du Québec, tout est en place... mais rien ne sera concrétisé. Le comptoir d’achats le plus proche sera à Mirabel, alors qu’à peine 10 magasins ouvriront leurs portes dans le Québec tout entier. Ainsi, la « ruée vers l’or » que représenteront les magasins de cannabis évitera totalement la région de la capitale. C’est illogique.

Nous pouvons croire que la folie des premiers jours s’estompera rapidement, comme ce fut le cas dans les États américains qui l’ont déjà légalisé. Mais les conséquences d’une marijuana en vente libre prendront des années avant de se vérifier auprès des consommateurs. Nous pouvons croire que les Canadiens, toujours calmes et polis, sauront réagir comme il faut. Cela demande une dose de bonne foi, dont les usagers sauront faire montre eux aussi.