Leurs cris à l'outrage, aujourd'hui, sonnent plus faux que la soi-disant ouverture libérale que vante la ministre Bardish Chagger.

Mal parties, les réformes libérales

ÉDITORIAL / Libéraux, conservateurs et néo-démocrates sont à couteaux tirés à Ottawa sur un ensemble de mesures qui modifieraient certaines règles sur les travaux parlementaires. Sur le fond, les partis d'opposition ont raison de protester contre l'état des discussions sur les procédures de la Chambre des communes. Au cours des dernières années, Le Droit a souvent rappelé que toute proposition qui modifie l'équilibre parlementaire, qu'il soit procédurier ou financier, doit faire l'objet du plus large consensus d'élus. Un groupe parlementaire ne doit pas utiliser sa place prépondérante au Parlement pour imposer ses vues et défavoriser ses adversaires.
Les libéraux avaient plusieurs idées de réforme démocratique qu'ils ont mises de l'avant lors de la campagne électorale à l'été et à l'automne 2015. Les discussions à ce sujet n'en sont que la suite logique.
L'initiative la plus ambitieuse concernait la réforme du mode de scrutin. Justin Trudeau avait plusieurs fois lancé que l'élection de 2015 serait la dernière sous le régime uninominal à un tour (en anglais : first past the post). En se traînant les pieds, le gouvernement a ruiné cette opportunité et l'a mise à la poubelle. Cela partait bien mal le train de la réforme.
Les libéraux avaient aussi d'autres idées. Ils se rabattent maintenant sur cinq d'entre elles pour remplir au moins une partie de leurs engagements électoraux pour faire avancer nos processus démocratiques. Ce sont le vote électronique en Chambre, la fin des sessions parlementaires du vendredi, la présence du premier ministre qu'un jour par semaine, les bills omnibus et les limites aux débats parlementaires.
L'opposition des conservateurs à certaines mesures est particulièrement odieuse. Sous Stephen Harper, ils ont abusé de chaque règlement qui pouvait leur procurer un avantage et/ou ennuyer leurs adversaires. Leurs cris à l'outrage, aujourd'hui, sonnent plus faux que la soi-disant ouverture libérale que vante la ministre Bardish Chagger.
Au XXIe siècle, s'opposer au vote électronique est dépassé. Comprimer les heures de débats en Chambre sur quatre jours plutôt que quatre et demi ne bouleverse pas la démocratie. Et cela devrait aider les députés qui représentent des circonscriptions éloignées à être plus près de leurs commettants. Quant à la présence du premier ministre, la Chambre fonctionne tout aussi bien lorsqu'il doit s'absenter. L'obliger à être là un jour par semaine semble acceptable. Cela fonctionne très bien au Royaume-Uni.
La fin des projets de loi omnibus, parfois aussi appelés « mammouth » tellement ils contiennent de mesures législatives, est espérée depuis longtemps. Les conservateurs en ont abusé en groupant des initiatives qui n'avaient rien de communes. Il y avait là un vice démocratique criant. Les libéraux montreraient l'exemple en scindant leur projet de réforme démocratique, pour ne pas en faire lui-même une loi omnibus; cela permettrait à tous les élus de débattre de chaque mesure indépendamment...
Le sujet le plus controversé donnerait au gouvernement le droit de limiter les débats. C'est peut-être accommodant pour le gouvernement en place mais notre démocratie ne gagne pas en rognant les échanges à la faveur d'un discutable gain en efficacité. Le Parlement est justement l'endroit où les représentants des Canadiens doivent avoir l'ultime droit et espace pour émettre leurs avis.
Pour le reste, si les libéraux se cherchent d'autres idées, plusieurs se sont déjà attaqués aux abus de la période de questions, et autres hérésies parlementaires. Des élus comme Michael Chong, Brent Rathgeber et Bob Rae, et l'ex-directeur parlementaire du budget, Kevin Page. Ils y trouveront plusieurs pistes de réflexion.