Emmanuel Macron (photo) et Justin Trudeau incarnent «l'émergence d'une nouvelle génération de leaders», selon l'auteur.

Macron: des airs de Trudeau

ÉDITORIAL / Emmanuel Macron a remporté l'élection présidentielle en France devant Marine Le Pen, du Front national. Elle n'aura pas subtilisé la victoire comme l'Américain Donald Trump auquel elle était souvent comparée pour son discours nationaliste et anti-immigration.
La candidate frontiste a tout de même faire croître ses appuis à 11 millions de votes, soit 35 % de l'opinion publique, comme l'avaient prédit les sondages d'opinion. Cela représente une avancée pour le Front national et l'indice que ce parti a encore un rôle à jouer sur l'échiquier politique.
L'autre catégorie d'électeurs en croissance a été les abstentionnistes, à 25 %. Cela confirme que bien des Français n'avaient aucun appétit électoral en 2017, ni pour M. Macron ni pour Mme Le Pen.
Il faut dire qu'Emmanuel Macron est venu contrecarrer tous les plans des Français qui voyaient leur politique dans une optique gauche-droite depuis des décennies. L'effondrement des appuis au Parti socialiste pendant le quinquennat de François Hollande, et la déconfiture de la campagne de François Fillon, à la droite, a permis à M. Macron de se faufiler au centre. 
Il y a là une première ressemblance au premier ministre du Canada, Justin Trudeau. En 2015, les Canadiens ont choisi la voie médiane plutôt que la droite du Parti conservateur et la gauche incarnée par le Nouveau Parti démocratique (bien que sous Thomas Mulcair, le programme avait glissé au centre). 
Par leur âge -- 39 ans pour M. Macron et 45 pour M. Trudeau, lors de son élection -- les deux incarnent l'émergence d'une nouvelle génération de leaders qui ont misé sur l'espoir en l'avenir plutôt que la crainte d'autrui et le pessimisme d'une catastrophe annoncée. Ils devraient bien s'entendre, du moins dès le départ, d'autant plus que M. Trudeau avait appuyé l'élection d'Emmanuel Macron, la semaine dernière. Il pourra entre autres lui enseigner comment larguer la promesse de réforme du scrutin...!
Mais pour les Français, rien n'est pour autant gagné avec ce résultat.
Le choix de M. Macron, comme l'aurait été celle de Marine Le Pen d'ailleurs, représente par ailleurs un saut vers l'inconnu. Le centrisme du vainqueur fait en sorte que son programme pige des idées tant à droite qu'à gauche... et porte en lui le germe de mécontenter les Français de toutes les allégeances.
Ainsi, Emmanuel Macron promet de réduire la gigantesque fonction publique française tout en augmentant les dépenses de la police et de l'armée. Il entend accroître la couverture en santé mais hausser l'âge de la retraite et moins taxer les entreprises, etc.
La réalité du budget rattrapera vite ce fidèle à l'idée de l'Union européenne. Il verra vite l'impossibilité de tenir le budget à un déficit plafonné à 3 % du PIB, et une dette totale à moins de 60 % du PIB, ce que la France est déjà loin de réussir.
Et puis, rapidement, le président sera confronté à former un gouvernement à partir d'élus de gauche et de droite. Choisir des députés qui ont été jusque là des adversaires, cela laisse entrevoir un possible gouvernement de cohabitation, comme on les appelle en France. Ce n'est qu'en théorie que la fin des dictatures d'idées partisanes augure pour le mieux pour la République française qui peine à émerger de la crise économique de 2008, une décennie plus tard...
Hier et pour quelques jours, Emmanuel Macron aura le coeur à la fête. Puis la réalité s'installera. Bonne chance quand même !