T oute la journée, hier, se sont déroulées des cérémonies soulignant l'anniversaire du drapeau franco-ontarien, 42 ans après la première à Sudbury.

Lueurs d'espoir en Ontario français

ÉDITORIAL / Toute la journée, hier, se sont déroulées des cérémonies soulignant l'anniversaire du drapeau franco-ontarien, 42 ans après la première à Sudbury. Plus que jamais, des lueurs d'embellies pointent à l'horizon de l'Ontario français.
Depuis quelques années, on sent que cette journée prend de l'importance. Pendant trop longtemps, elle n'a survécu que grâce à une poignée d'irréductibles Franco-Ontariens, appuyés par une mobilisation dans les milieux scolaires où le travail sur la fierté linguistique et culturelle est bien connu. Maintenant, leurs rangs s'élargissent et recrutent des alliés inattendus.
À Toronto, hier, les chefs des trois grands partis politiques à l'Assemblée législative ont participé au lever du drapeau. Ceux qui soutiennent que cette cérémonie protocolaire change bien peu dans leur vie sous-estiment le message sous-jacent à cette unité derrière le symbole vert et blanc. 
C'est comme si, soudainement, les Franco-Ontariens étaient devenus importants aux yeux de la classe politique. C'est si rafraîchissant ! Il faut se rappeler qu'il y a moins de 20 ans, la francophonie ontarienne n'obtenait aucune faveur du premier ministre Mike Harris. On lui fermait la porte au nez. Si les conservateurs de la Révolution du bon sens lui ont consenti la création d'un réseau de conseils scolaires francophones, c'est que les tribunaux l'en avaient forcé. Si le dossier d'Ottawa bilingue perdure encore aujourd'hui, c'est que le gouvernement Harris avait refusé la proposition de son conseiller sur la fusion municipale, Glen Shortliffe (toutes ses autres idées avaient été acceptées).
Hier, le chef du Parti conservateur Patrick Brown a participé à la cérémonie franco-ontarienne. Peu après, il a fustigé le gouvernement libéral pour sa... lenteur à créer l'Université de l'Ontario français. 
« Depuis 14 ans, ce gouvernement reste les bras croisés. Tout à coup, lors des élections, les annonces commencent à arriver, a déclaré M. Brown. Mais nous ne voyons aucune loi, ni université. Le rapport de l'Université francophone de Dyane Adam (...) était une bonne première étape. Cependant, nous avons besoin d'engagements réels des libéraux, et pas seulement d'une autre stratégie pour se faire réélire. »
Pour un virage, c'en est tout un.
Il faut aussi reconnaître que ces mots auraient pu sortir de la bouche d'Andrea Horwath, la leader du Nouveau Parti démocrate.
Les adversaires des libéraux ont raison. Pendant plusieurs années de gouvernement majoritaire, les libéraux n'ont pas pressé le pas pour faire avancer certains dossiers franco-ontariens alors que c'aurait été facile de le faire. Ils avaient la chance de corriger l'erreur de Mike Harris sur le statut bilingue d'Ottawa en mars 2005, mais ne l'ont fait que timidement. Plusieurs des étapes semblaient équivaloir à un mal de dents. Leur principale motivation correspond trop souvent au calendrier électoral. Et le même manège recommence cette année. 
Faut-il maugréer ? Certainement pas ! La communauté franco-ontarienne doit saisir les occasions lorsqu'elles passent. 
Un monument aux Franco-Ontariens devant Queen's Park ? Après l'infâme Règlement 17, et en plus des excuses officielles prononcées par la première ministre Kathleen Wynne, la communauté franco-ontarienne doit dire : on le prend ! Un projet de loi sur Ottawa bilingue ? On le prend ! C'est encore mieux s'il est proposé par le gouvernement plutôt que seulement par la députée d'Ottawa-Vanier Nathalie Des Rosiers. Un projet de loi pour créer l'Université de l'Ontario français ? On le prend ! L'unanimité des partis politiques au Parlement ontarien ? On la prend !
Amenez-en des projets, l'arbre donne des fruits et c'est enfin le temps de la récolte !