L'Outaouais méconnu

Quand c'est pas l'un, c'est l'autre. Ou l'autre.
Ou pour décoder : il y a toujours une raison pour que l'Outaouais attende son tour.
Le passage de Pauline Marois à Gatineau, hier, aura surtout rappelé à la population combien l'Outaouais est loin du pouvoir. De celui à Québec.
Évidemment, Gatineau et l'Outaouais sont collés à un autre centre de pouvoir, celui du fédéral à Ottawa. Cette proximité n'est pas anodine ni inutile ; il suffit de lever les yeux pour voir les édifices fédéraux qui ont poussé à Gatineau depuis cinq ans. Mais tous les dossiers ne se règlent pas à Ottawa. Ceux de la santé et de l'éducation, notamment, relèvent des provinces et cela s'adonne que l'Outaouais accuse un retard dans ces deux secteurs, et nulle part autant qu'en santé.
Mme Marois a procédé à quelques annonces au cours de son bref séjour à Gatineau. La plus importante, financièrement parlant, était le feu vert à la construction du Centre multifonctionnel qui doit remplacer le vétuste amphithéâtre Robert-Guertin. La contribution de Québec, à hauteur de 26,5 millions $, permettra à Gatineau d'aller de l'avant avec les appels d'offres, en vue d'une ouverture officielle fin 2015.
Il y a eu deux annonces intéressantes en santé : le réaménagement de l'étage d'obstétrique à l'hôpital de Gatineau et la construction tant attendue d'une nouvelle Maison des naissances à Gatineau. Enfin, Mme Marois en a profité pour confirmer un financement pour les Jeux de la francophonie canadienne à Gatineau, 770 000 $ sur trois ans pour la politique du patrimoine de la Ville de Gatineau, et deux ententes sur le développement culturel.
Sauf pour le Centre multifonctionnel (et encore !), toutes ces annonces, en situation normale, auraient pu être réglées par les ministres titulaires. Évidemment, nous ne sommes pas dans une situation normale : nous sommes à la veille du déclenchement d'élections et le parti au pouvoir essaie de faire le plus de   possible avec la moindre contribution du Québec. C'est de bonne guerre et tous les partis font pareil, à tous les ordres de gouvernement. À ce titre, le Parti québécois n'est plus ni moins vertueux que les autres.
Pauline Marois a donc fait un gros show de contributions du gouvernement qui tombent sous le sens et s'inscrivent dans la gestion normale des dossiers. C'est correct. Mais en tentant d'en tirer tant profit, la première ministre rappelle combien l'Outaouais est loin du pouvoir de Québec. Les raisons en sont multiples.
Depuis l'élection du PQ en septembre 2012, l'Outaouais n'est juste pas du bon bord politique. Avec ses cinq députés libéraux, les messages passent difficilement jusqu'aux officines du pouvoir à Québec. Pour les problèmes de routine, ça va, mais pour tout ce qui sort un peu de l'ordinaire, il faut des pressions constantes et concertées pour qu'un dossier chemine.
On pourrait ainsi croire que lorsque les libéraux sont au pouvoir, c'est le paradis sur terre. Faux. Les libéraux de Jean Charest ont eu « les deux mains sur le volant » de 2003 à 2012... et la population de l'Outaouais ne l'avait pas beaucoup plus facile. En santé, il a fallu convaincre un ministre que les besoins criants dépassaient les cadres des programmes réguliers de développement ; il fallait parler de rattrapage et il n'y a que très rarement de l'argent pour ces dépenses hors-normes.
Et puis même si les libéraux devaient être reportés au pouvoir en 2014, qui sait s'il y aurait de l'Outaouais un (ou une) ministre assez influent au cabinet pour faire avancer les choses ? Car outre le nombre de députés, il y a la valeur de ceux-ci qui importe tout autant.
Enfin, au-delà du parti et des gens, il demeure un autre obstacle : la distance non pas géographique, mais intellectuelle, qui sépare l'Outaouais de Québec. Dans la Vieille Capitale, Gatineau et son secteur rural sont méconnus. Il y a des champions de l'Abitibi, de l'Estrie ou de la Côte-Nord à Québec, mais de Gatineau ? Personne, ou à tout le moins, personne que l'on prenne au sérieux et qui puisse valider le message de l'Outaouais à Québec. Personne depuis Oswald Parent, avancera-t-on.