Le premier ministre ontarien, Doug Ford

Lots de questions sur Ron Taverner

ÉDITORIAL / Dans ses rêves les plus fous, Doug Ford aurait planifié qu’un scandale explose ailleurs qu’à l’Assemblée législative. La chance lui a souri : Jane Philpott a démissionné en fin d’après-midi, lundi, en appui à Jody Wilson-Reybould, son ex-collègue et ministre de la Justice au sein du gouvernement de Justin Trudeau. Ainsi, la nouvelle du congédiement de Brad Blair est passée inaperçue.

Mais pas pour longtemps. L’ampleur de ce coup de pied asséné au commissaire adjoint de la Police provinciale de l’Ontario allait rapidement revenir au haut du pavé. Et les allégations d’interférence politique impliquant le premier ministre de l’Ontario reprendraient de plus belle. 

On peut mettre tout ce qu’a fait Brad Blair sous le coup de l’envie, sous le coup des espoirs déçus et sous le coup d’une revanche bien placée. Car il était sur les rangs pour succéder à Vince Hawkes comme commissaire de l’OPP. Aux côtés de Ron Taverner, surintendant de la police de Toronto... et un proche de la famille Ford.

Blair a demandé à la cour de forcer l’ombudsman de l’Ontario à faire enquête sur l’embauche de M. Taverner. Une enquête est en cours.

Il y soulève plusieurs questions. 

Pourquoi Doug Ford a-t-il insisté pour avoir certains officiers bien précis comme membres de son escouade de sécurité ? Était-ce une manière de faire connaître son mécontentement envers Vince Hawkes ?

Pourquoi M. Hawkes a-t-il démissionné en novembre, quatre ans après sa nomination ? 

Pourquoi les critères d’embauche au poste de commissaire de l’OPP ont-ils été modifiés deux jours après leur affichage ? Était-ce pour rendre admissible Ron Taverner, qui ne l’aurait pas été autrement ?

Pourquoi le chef de cabinet Dean French a-t-il été nommé au sein du comité de sélection à la dernière minute ? Était-ce pour faciliter la nomination de Ron Taverner ?

Pourquoi Doug Ford ne s’est-il pas récusé lorsqu’est venu le temps de nommer le nouveau commissaire, compte tenu de ses liens étroits avec Ron Taverner ? Était-ce pour mieux le nommer ?

Sans compter que Doug Ford a demandé, via son chef de cabinet, que l’OPP achète un gros véhicule qui serait modifié selon les ordres de M. Ford, et que la dépense ne devait pas apparaître aux livres de l’OPP...

Cela fait bien des sous-entendus.

Peut-être la nomination (suspendue) de M. Taverner n’est qu’une suite de malencontreux sous-entendus qui sont chaque fois rapportés par les partis d’opposition qui réclament à hauts cris une enquête indépendante sur cette affaire.

Peut-être bien que les intentions du premier ministre sont toutes louables et dénuées de tout soupçon. Ce ne serait pas la première fois qu’un élu est attaqué de façon sournoise, que disons-nous, de façon immorale. Tout ça pour dire que la théorie défendue par Brad Blair pourrait bien n’être qu’un tissu de mensonges et d’approximations prononcées sous le coup de la frustration du candidat écarté. 

En même temps, l’inverse pourrait tout aussi bien être vrai. Toutes les cordes auraient pu être tirées, l’une à la suite de l’autre, de façon plus ou moins discrète, afin de favoriser la candidature de Ron Taverner, qui est tout de même âgé... de 72 ans. 

Ce serait là l’exemple parfait du cafouillage d’un clan autour de Doug Ford qui se sent tout permis. Il aurait agi ainsi avec une franche désinvolture dont il ne se serait pas servi dans la présente réforme de l’éducation, pour mettre la hache dans la santé (incluant les Réseaux locaux intégrés de santé et de services sociaux, les RLISS), pour couper les vivres de l’Université de l’Ontario français et mettre fin au Commissariat aux services en français, etc.

La réponse, tristement, nous ne l’aurons peut-être bien jamais.