Loi indigne

Les prochains Jeux olympiques d'hiver s'amorcent dans 10 jours à Sotchi, en Russie. Rarement aura-t-on autant parlé des JO pour des raisons non sportives avant la cérémonie d'ouverture.
Avant les Jeux, chaque pays est préoccupé à choisir et évaluer les chances de ses équipes nationales. D'ordinaire, il y a aussi un bon lot de spéculations sur les infrastructures d'accueil : le stade sera-t-il prêt à temps, comme la question s'est posée pendant des mois avant les Jeux de Montréal en 1976.
Pour ces Jeux à Sotchi, la couverture pré-olympique a pris une tournure inattendue avec la promulgation, en juin 2013, d'une loi interdisant la promotion des pratiques homosexuelles auprès des mineurs. Depuis, de nombreux athlètes, artistes et militants des droits de la personne sont sortis sur la place publique pour décrier cette loi qui, si elle ne criminalise pas l'homosexualité - elle n'est plus un crime en Russie depuis 1993 - en définit les pourtours avec un coup de crayon de criminalisation.
Cette initiative du gouvernement de Vladimir Poutine, si elle l'a rendue impopulaire dans plusieurs régions du monde, n'aurait pas heurté sa cote de popularité auprès de l'électorat russe. L'été dernier, un sondage rapporté par la BBC affirmait que la moitié des Russes sont d'avis que la population homosexuelle ne devrait pas jouir des mêmes droits que les autres...
La dernière personnalité à décrier cette loi inacceptable pour tous ceux qui, comme LeDroit, défendent les droits de la personne, est l'ex-tenniswoman Martina Navratilova. Elle prie le Comité international olympique de défendre les droits des athlètes.
Mais c'est justement la nuance que cette loi ténébreuse du gouvernement Poutine apporte. Les droits des athlètes ne sont bafoués comme tel. Ils ne sont limités que dans la promotion qu'ils pourraient faire de l'homosexualité. Par définition, ils défendent les couleurs de leurs pays, pas une orientation sexuelle qui demeure une affaire privée, comme leurs convictions religieuses par exemple.
Évidemment, plusieurs athlètes libre-penseurs se sentant provoqués cherchent des manières discrètes d'afficher ou leur orientation ou leur appui à la communauté homosexuelle.
Dans ces questions extra-sportives, il est vrai que le CIO tente d'ordinaire de ménager la chèvre et le chou.
Vladimir Poutine a placé le CIO dans une position inconfortable.
La principale porte de sortie du CIO est d'encourager le gouvernement russe d'abroger cette loi. M. Poutine s'est montré sensible à l'opinion publique internationale en libérant récemment les manifestantes du groupe Pussy Riot et le magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski.
Il pourrait aller un pas plus loin en tirant un trait sur cette loi indigne d'un pays du G8.