Pierre Jury
Il est maintenant assez clair que le vol PS752 de la compagnie Ukraine International Airlines a été abattu, par erreur, par un tir de missile sol-air iranien, si l’on en croit le premier ministre Justin Trudeau.
Il est maintenant assez clair que le vol PS752 de la compagnie Ukraine International Airlines a été abattu, par erreur, par un tir de missile sol-air iranien, si l’on en croit le premier ministre Justin Trudeau.

L’Iran mettra-t-il fin au camouflage ?

ÉDITORIAL / Le choc et la peine ont laissé place à l’incompréhension, jeudi, dans l’affaire de cet avion de ligne qui s’est écrasé peu après son décollage de Téhéran. Il est maintenant assez clair que le vol PS752 de la compagnie Ukraine International Airlines a été abattu, par erreur, par un tir de missile sol-air iranien, si l’on en croit le premier ministre Justin Trudeau.

Il est le plus haut responsable à avoir soulevé cette possibilité, sur laquelle subsistent quelques petits doutes encore. Avant lui, le président Donald Trump, aux États-Unis, y avait fait référence, mais en des termes beaucoup plus nuancés. Il voulait surtout nier toute implication de son gouvernement dans cette tragédie.

Pourquoi le Canada s’intéresse-t-il autant à cette affaire ? Principalement parce que 63 des victimes sont des Canadiens et que 138 personnes à bord étaient à destination du Canada.

Il faut savoir que la compagnie aérienne ukrainienne exploite des vols à prix modique entre Toronto, Kiev et Téhéran, ce qui explique le nombre élevé de Canadiens dans l’avion. Sans compter l’importance de la diaspora iranienne au Canada, avec 210 000 personnes.

C’est pourquoi le Canada s’est aussi évertué à tenter de convaincre l’Iran, avec lequel les relations diplomatiques sont rompues depuis belle lurette, à laisser des inspecteurs du Bureau de la sécurité des transports de participer à l’enquête.

Au départ, il n’y avait que les autorités ukrainiennes qui étaient admises sur le terrain iranien, puisque l’avion porte les couleurs de l’Ukraine. Il semble que l’Iran acceptera la requête du Canada après tout. Ou du moins, en partie. C’est une bonne nouvelle, car cela assure à l’enquête un niveau de transparence inégalé.

Les choses étant ce qu’elles sont, en Iran, il y a des possibilités de camouflage pour diverses raisons politiques. Il y avait des rumeurs que le régime était déjà en train de bulldozer le site de l’accident, hier. Et le responsable de l’aviation civile iranienne niait encore, jeudi, bien après les déclarations de M. Trudeau, qu’un missile ait pu jouer quelque rôle que ce soit dans l’écrasement du vol PS752. Cela n’arrivera pas avec l’implication du BST... Ou à tout le moins d’autres pays, plus neutres, dans la lecture des fameuses «boîtes noires» qui révéleront les échanges entre l’avion et la tour de contrôle, notamment.

Il reste encore plusieurs questions en suspens dans cette histoire, mais la principale demeure: comment les autorités iraniennes, sachant qu’elles déclenchaient des opérations de missiles contre des bases militaires américaines en Irak, ont-elles pu permettre à un vol grand public de prendre son envol? N’était-ce pas risqué, comme les minutes qui ont suivi le décollage l’ont démontré ?

L’accident s’est produit alors que les tensions étaient au paroxysme entre les États-Unis et l’Iran, pris dans un étau diplomatique qui pointait vers une escalade des moyens de pression.

Mais à ce moment-ci, l’Iran doit cesser de pointer du doigt tout un chacun et d’éviter tout blâme à son endroit. Il vaudrait mieux d’avouer l’erreur militaire et de vivre avec la douleur de cette bourde, que de tenter de la camoufler comme il l’a fait jeudi, notamment. Tout cela relève de l’apprentissage rapide pour un régime théocratique comme l’Iran, dirigé par Hassan Rohani.

L’Iran n’a pas le choix maintenant. Mieux vaut jouer la carte de la transparence, car cela ajoutera à sa crédibilité internationale, que celle de la noirceur et du contrôle de l’information.